Épreuve composée - Sujet B - Deuxième partie · Bac Sciences Économiques et Sociales Centres étrangers (Afrique) 2022 (jour 1)
Thème : Mutations du travail et de l'emploi · Tiré du sujet Jour 1 (2022)
Énoncé
Deuxième partie: Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire
(10 points)
Cette partie comporte trois documents.
SUJET: À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que certaines évolutions de l'emploi peuvent remettre en cause le pouvoir intégrateur du travail.
Document 1
Taux de chômage au sens du BIT selon les caractéristiques des personnes, en pourcentage.
Source: d'après INSEE, France, Portrait social, édition 2019.
Nd: non disponible. Champ: France hors Mayotte, personnes âgées de 15 ans ou plus vivant en ménage ordinaire.
Document 2
Évolution de la précarité selon l'âge.
Champ: part des intérimaires, CDD (Contrats à Durée Déterminée) et apprentis rapportée à l'emploi total. Lecture: 52,6 % des jeunes de 15 à 24 ans qui travaillent ont un contrat précaire en 2020.
Source: d'après INSEE, Observatoire des inégalités, « L'évolution de la précarité de l'emploi selon l'âge », 1er Juillet 2021.
Document 3
[...] De manière générale, les travailleurs sous un régime d'indépendant bénéficient de couvertures obligatoires du même type que celle des salariés concernant les principaux risques: maladie, maternité, retraite de base et complémentaire, invalidité-décès, prestations familiales, formation professionnelle [...]. Il n'en reste pas moins que certaines protections ne sont pas assurées aux travailleurs indépendants.
En premier lieu, la Sécurité sociale des indépendants n'assure pas les accidents du travail et les maladies professionnelles. Tout travailleur indépendant a cependant la possibilité de souscrire auprès de la Sécurité sociale une assurance volontaire et individuelle contre ce risque, moyennant le paiement d'une cotisation. Celle-ci est calculée sur la base d'un revenu annuel de référence qui ne peut être inférieur à 18 575,56 euros au 1er avril 2019 [...].
En deuxième lieu, la généralisation de la complémentaire santé, désormais obligatoire pour tous les salariés et financée à hauteur de 50 % au moins par l'employeur, ne concerne pas les indépendants; il revient donc à ces derniers de souscrire une assurance complémentaire.
En troisième lieu, jusqu'en 2019, les indépendants ne bénéficiaient d'aucune protection contre la perte d'activité, n'étant pas affiliés à l'assurance chômage. Toutefois, depuis le 1er novembre 2019, une allocation aux travailleurs indépendants est versée par Pôle emploi, sous conditions de ressources, de durée d'activité et de revenus antérieurs d'activité, aux non-salariés dont l'activité a cessé du fait d'une liquidation judiciaire ou d'un redressement judiciaire. Ces conditions restrictives excluent de fait la grande majorité des travailleurs de plateformes du bénéfice de ce dispositif [...].
Source: Michel FORISSIER, Catherine FOURNIE, Frédérique PUISSAT, « Travailleurs des plateformes: au-delà de la question du statut, quelles protections ? » Rapport d'information n° 452 fait au nom de la commission des affaires sociales, déposé le 20 mai 2020.

Corrigé
Corrigé établi d’après les éléments de correction officiels
Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que certaines évolutions de l'emploi peuvent remettre en cause le pouvoir intégrateur du travail.
Réponse : Raisonnement possible : Un phénomène de précarisation de l'emploi fragilisant le pouvoir intégrateur du travail. - Constats (utilisation des données du document 2) : le taux d'emploi précaire correspond à la part d'emplois en intérim, en contrat à durée déterminée (CDD) et en apprentissage, rapportée à l'emploi total. L'apprentissage est un contrat précaire, mais assorti d'une formation, ce qui le distingue du CDD et de l'intérim. - Évolution générale de la part de l'emploi précaire en 1982 : 5,3 %, en 2020 : 12,4 % soit une forte augmentation (part multipliée par 2,3 environ). Il s'agit d'un phénomène inégal touchant davantage les jeunes de 15-24 ans. Le taux d'emploi précaire des 15-24 ans qui travaillent est passé de 17,3 % à 52,6 % entre 1982 et 2020, selon l'INSEE. Les jeunes sont bien plus touchés que les autres classes d'âge, même si la précarité de l'emploi a augmenté pour tous : passée de 3 % à 10,4 % chez les 25-49 ans et de 2,3 % à 5,6 % chez les plus de 50 ans sur la même période. Certes, les actifs âgés de moins de 25 ans sont beaucoup moins nombreux que la large tranche des 25-49 ans, mais à eux seuls, les très jeunes actifs représentent un tiers de l'effectif des salariés en contrat précaire. La précarisation de l'emploi des jeunes a été particulièrement forte entre le début des années 1980 et celui des années 2000. Le taux de précarité des 15-24 ans atteint déjà 47,4 % en 2000. Jusqu'à la crise financière de 2008, ce taux semblait stabilisé. Entre 2008 et 2016, il est reparti à la hausse jusqu'à dépasser 50 %. Depuis, il stagne autour de 53 %. - Conséquences de la précarisation de l'emploi sur l'intégration sociale : moindre reconnaissance sociale, plus forte instabilité économique et relationnelle (vulnérabilité accrue des travailleurs avec risque de « désaffiliation »), moindre protection sociale. Un phénomène de bipolarisation de l'emploi, aggravé par la révolution numérique, qui, en augmentant les inégalités salariales, fragilise également le pouvoir intégrateur du travail. - Définition du phénomène de bipolarisation de l'emploi : tendance à une opposition croissante entre des types d'emplois à qualité inégale. - L'évolution de la structure des économies (phénomène de tertiarisation), la démocratisation de l'enseignement et le progrès technique (révolution numérique) conduisent à la bipolarisation du marché du travail entre une minorité ayant des emplois sophistiqués et une rémunération élevée et une majorité ayant des emplois peu sophistiqués, dans les services domestiques, et une rémunération faible, avec la « disparition des emplois intermédiaires ». Cette évolution crée un problème économique, car elle conduit à l'affaiblissement des gains de productivité, et un problème social, car elle accroît les inégalités. - On constate une forte augmentation de la part des cadres dans l'emploi et donc de l'emploi qualifié (tertiarisation, démocratisation de l'enseignement, changements technologiques à l'œuvre/révolution numérique...). En effet, la part des cadres dans l'emploi n'a cessé d'augmenter : elle était de 7,8 % en 1982, est passée à 13,3 % en 2000 et était de 19,3 % en 2019. La part des cadres dans l'emploi a été ainsi multipliée par environ 2,5 entre 1982 et 2019. - On constate, en parallèle, une augmentation des emplois précaires et du nombre de travailleurs pauvres : une forte augmentation de la part des CDD et intérims dans l'emploi entre 1982 et le début des années 2000 surtout pour les 15-24 ans (document 2) et du sous-emploi. Par ailleurs, on assiste à une augmentation du nombre de travailleurs pauvres. Deux millions de travailleurs vivent en dessous du seuil de pauvreté en France. Le nombre de travailleurs pauvres a bondi de 181 000 entre 2016 et 2017 selon les derniers chiffres de l'INSEE. Au total, ils seraient 2,1 millions contre 1,9 million un an auparavant. - La bipolarisation de l'emploi a été accentuée ces dernières années sous l'effet de la révolution numérique mettant un coup d'arrêt à la tendance historique de la baisse de la part des indépendants dans l'emploi total (passant de 18 % en 1982 à 11,4 % en 2018). Depuis le milieu des années 2000, la part des indépendants cesse de diminuer et augmente même très légèrement sous l'effet de la révolution numérique. Apparaît désormais, à côté des travailleurs précaires et pauvres, une nouvelle catégorie de travailleurs : les auto-entrepreneurs aux conditions de travail aussi instables. Ceci est illustré dans le document 3 qui évoque le manque de protection sociale dont subissent les « travailleurs des plateformes » : « la Sécurité sociale des indépendants n'assure pas les accidents du travail et les maladies professionnelles » / « les indépendants ne bénéficiaient d'aucune protection contre la perte d'activité, n'étant pas affiliés à l'assurance chômage » (...). Il s'agit donc d'un nouveau statut faiblement protecteur nuançant l'image d'un travailleur « émancipé ». Le chômage reste un fléau majeur dans notre société et fragilise aussi le pouvoir intégrateur du travail. - Depuis le début des années 2000, il s'agit d'un phénomène structurel et massif ; le taux de chômage étant structurellement supérieur à 7 % et variant ensuite au gré des évolutions conjoncturelles. C'est ainsi que le taux de chômage était de 9,1 % en 2018 et de 8 % en 2020. - Au-delà d'un phénomène de masse, c'est aussi un phénomène inégal touchant plus particulièrement certaines catégories sociales (document 1) : les jeunes de 15-24 ans, les PCS inférieures, les travailleurs non qualifiés, les urbains, les immigrés... - Le chômage a des conséquences importantes sur la construction identitaire des individus remettant en cause la fonction socialisatrice du travail. Il conduit également (et, ce malgré l'assurance chômage) à des pertes de revenu ce qui a des conséquences sur le pouvoir d'achat des individus et leurs modes de vie. L'individu cesse, en tout ou en partie, de s'insérer dans des collectifs ce qui intensifie sa vulnérabilité (économique et relationnelle). - La perte de travail, instance d'intégration par excellence, peut impliquer d'autres conséquences : dépression, divorce, perte de logement... Il s'agit d'un multiplicateur de risques et peut être à l'origine de processus de désaffiliation et de disqualification sociale décrits par R. Castel et S. Paugam.
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