Exercice 2 - Sujet C - Essai · Bac STMG Français Asie 2021 (jour 1)
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Jour 1 (2021)
Énoncé
Sujet C — Œuvre: Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Essai
C – Œuvre: Voltaire, L’Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Texte: Etienne Klein, Le goût du vrai, « République et connaissances », Tracts Gallimard n°17, juillet 2020.
Je n’ai pas les compétences permettant d’énoncer tout ce qu’implique la notion de République comme bien commun. Mais [...] il me semble qu’il y a, entre autres, cette exigence: au sein de la République, les connaissances, notamment scientifiques, doivent pouvoir circuler à l’air libre, se répandre et s’enseigner sans rencontrer trop d’obstacles.
C’est une question de cohérence: les connaissances ont quelque chose de républicain au sens où elles sont « affaire publique ». La République, à défaut d’être elle-même savante, accorde en effet à la connaissance une valeur propre et spécifique, une valeur qu’elle possède du seul fait qu’elle est une connaissance, même si elle n’a a priori pas d’applications pratiques. À ce titre, elle doit pouvoir être connue de tous, au moins en principe: ni le théorème de Pythagore, ni le second principe de la thermodynamique, ni la formule E = mc2 n’appartiennent à quelqu’un en particulier. L’idée de République et la notion de connaissance sont donc intriquées 1 par nature. Leur lien se trouve de surcroît renforcé par ce que Henri Bergson appelle la « politesse de l’esprit », cette sorte de souplesse intellectuelle qui rapproche les hommes et leur permet de s’épanouir en un monde commun et solidaire [...].
Problème: la science n’est pas facile à partager. De multiples causes, certainement toutes fondées, sont régulièrement avancées pour expliquer cette situation. J’en ajouterai une: aujourd’hui, à force de fabriquer de la fugacité 2, puis de la renouveler sans cesse, à force de promouvoir la vétille 3 comme épopée du genre humain, les formes modernes de la communication se transforment en une vaste polyphonie de l’insignifiance. Dès lors, tout travail de discernement, de clarification, de transmission de ce qui est complexe, relève quasiment de l’héroïsme (« Aucune pensée n’est immunisée contre les risques de la communication », disait Theodor Adorno).
Comment refonder, dans un tel contexte, les conditions d’une meilleure diffusion des idées de la science ?
L’affaire est rendue délicate par le fait que circulent dans les mêmes canaux de communication des éléments appartenant à des registres très différents: connaissances, croyances, informations, opinions, commentaires, fake news 4 … Immanquablement, leurs statuts respectifs se contaminent: comment distinguer une connaissance de la croyance d’une communauté particulière ? Une information, d’une fake news ? Dans les esprits se crée une confusion d’autant plus grande que le statut actuel des sciences est devenu ambivalent 5.
D’une part, en effet, la science nous semble constituer, en tant qu’idéalité 6, le fondement officiel de notre société, censé remplacer l’ancien socle religieux: nous sommes gouvernés, sinon par la science elle-même, du moins au nom de quelque chose qui a à voir avec elle. C’est ainsi que dans toutes les sphères de notre vie, nous nous trouvons désormais soumis à une multitude d’évaluations, lesquelles ne sont pas prononcées par des idéologues illuminés ou des prédicateurs religieux: présentées comme de simples jugements d’« experts », elles sont censées être effectuées au nom de savoirs et de compétences de type scientifique, et donc, à ce titre, impartiaux et objectifs. Un exemple ? Sur nos paquets de cigarettes, il est écrit non pas « Fumer déplaît à Dieu » ou « Fumer compromet le salut de votre âme », mais « Fumer tue ». Preuve qu’un discours scientifique portant sur la santé du corps a fini par détrôner un discours théologique qui, lui, aurait porté sur le salut de l’âme.
D’autre part – second versant de cette ambivalence –, la science, dans sa réalité pratique, est aujourd’hui questionnée comme jamais, contestée, mise en cause, voire marginalisée. Elle est objet de méconnaissance effective au sein de la société: qui sait en quoi consiste la radioactivité, ce qu’est au juste un OGM, où se trouvent les quarks 7, ce qui différencie un rétrovirus d’un virus ordinaire ? Dans le même temps, elle subit toutes sortes d’attaques, d’ordre philosophique, économique ou politique. La plus importante d’entre elles peut se résumer par un bel oxymore: « relativisme absolu ». Selon cette doctrine, si les sciences ont pris le pouvoir, ce n’est pas en raison d’un lien privilégié avec le « vrai », mais grâce à leur maniement d’arguments d’autorité, ou parce qu’elles seraient l’expression d’un parti-pris culturel. Les discours scientifiques ne seraient au bout du compte ni plus vrais ni plus faux que n’importe quels autres. En somme, « tout serait relatif ». Notons au passage que ce slogan, dont on se gargarise, entre en contradiction avec lui-même: si tout est relatif, la vérité de la phrase proclamant que « tout est relatif » est elle-même relative !
(769 mots)
1 Intriquées: étroitement mêlées.
2 Fugacité: caractère de ce qui est changeant, instable, bref.
3 Vétille: fait ou préoccupation de peu d’importance.
4 Fake news: fausses informations.
5 Ambivalent: complexe et ambigu, car soumis à deux interprétations opposées.
6 Idéalité: caractère de ce qui est idéal.
7 Quarks: en physique, particules élémentaires.
Essai: En quoi la diffusion du savoir et la reconnaissance de sa valeur sont-elles nécessaires à une société éclairée ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte d'Etienne Klein) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e siècle au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
En quoi la diffusion du savoir et la reconnaissance de sa valeur sont-elles nécessaires à une société éclairée ?
Réponse : Proposition de plan détaillé et d'éléments de réflexion : Introduction : - Accroche : Définition des Lumières selon Kant (« la sortie de l'homme hors de l'état de minorité où il se maintient par sa propre faute ») ou référence au projet encyclopédique de Diderot et d'Alembert. - Problématique : Comment la circulation universelle du savoir et l'adhésion collective à la vérité scientifique constituent-elles les piliers indispensables de l'émancipation citoyenne et de la démocratie ? - Annonce du plan : 1. La diffusion du savoir est l'instrument premier de la liberté et du recul critique contre l'obscurantisme. 2. La reconnaissance de la valeur intrinsèque et commune de la vérité fonde le lien civique et le débat démocratique. 3. Cependant, diffuser le savoir ne suffit pas : il faut former l'esprit critique pour surmonter le relativisme et la désinformation contemporains. Axe 1 — Diffuser le savoir pour libérer l'individu des préjugés et de la tyrannie : - *L'Ingénu* de Voltaire : l'enfermement de l'Ingénu à la Bastille avec le janséniste Gordon devient le lieu paradoxal de la libération intellectuelle. Par la lecture des philosophes, des sciences et de l'histoire, le sauvage naïf s'élève à la condition d'homme éclairé. Le savoir détruit les superstitions et permet de contester les abus d'autorité (lettres de cachet, hypocrisie cléricale et courtisane). - Rabelais (*Gargantua*) et les humanistes : l'éducation humaniste libère l'homme de la routine scolastique stérile. Axe 2 — Reconnaître la valeur du savoir pour bâtir un monde commun et républicain : - Texte d'Etienne Klein : la science est une « affaire publique », un bien universel impersonnel (le théorème de Pythagore, ). Partager la rationalité crée la « politesse de l'esprit » évoquée par Bergson, c'est-à-dire un socle commun de référence indispensable à la concorde et à la justice. - L'esprit encyclopédique du XVIIIe siècle : mettre les connaissances techniques et scientifiques à la disposition de tous pour améliorer le sort matériel et moral de la communauté humaine. Axe 3 — Les écueils modernes : réapprendre à distinguer savoir et opinion face au relativisme : - La diffusion massive sans hiérarchisation crée aujourd'hui une « polyphonie de l'insignifiance » et favorise les *fake news* (Klein). - Le danger du « relativisme absolu » qui prétend que toutes les opinions se valent dissout la confiance civique et affaiblit les démocraties. - Nécessité d'une éducation à la méthode scientifique et au discernement, dans la droite ligne du rationalisme voltairien. Conclusion : Bilan récapitulatif montrant que la société éclairée ne dépend pas seulement du volume de connaissances en circulation, mais de la capacité partagée à respecter les faits vérifiés et à exercer un jugement méthodique et tolérant.
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