Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Asie session normale 2023

Thème : Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2023)

Énoncé

Vous traiterez au choix, l'un des deux sujets suivants. Ce sujet est le Sujet 1: Commentaire de texte (20 points).

Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

Texte: Henry Bauchau, Le Boulevard périphérique, 2008.

À Paris, en 1980, le narrateur, devenu un vieil homme, évoque des souvenirs d'escalade au début de la Seconde Guerre mondiale avec son ami Stéphane, mort avant la fin de la guerre après avoir été capturé par un officier nazi.

Je pars, je reprends l'autobus. En face de moi il y a un homme encore jeune, le visage creusé. Je suis frappé par son regard bleu-gris, un regard attentif, concentré, qui semble fait pour scruter le lointain. C'est de ce regard que Stéphane scrutait le rocher avant d'entreprendre une escalade et c'est ce même regard, qui ressemblait un peu alors à celui d'un oiseau de proie, qu'il étudiait les prises possibles en cours 5 d'ascension.

Pendant les premières années de la guerre nous avons souvent grimpé ensemble et une amitié est née entre nous. Un jour il m'a emmené avec un moniteur de sport, Sarquin, très bon grimpeur. À la fin de la journée, Stéphane nous a montré, pendant que nous l'assurions d'en bas, comment faire une voie dominée par un fort surplomb 1 10 sur lequel il fallait faire deux rétablissements difficiles.

Stéphane franchit le premier surplomb assez lentement, puis, ayant repris souffle, il aborde et dépasse le second avec une précision et une rapidité admirables. Redescendu en rappel 2, il assure Sarquin. Celui-ci prend un bon départ, franchit trop 15 vite le premier surplomb, arrive fatigué au second, ne parvient pas à s'élever et soudain dévisse 3.

Stéphane assure sa descente et me dit d'essayer à mon tour. Si Sarquin a échoué, ce n'est pas moi qui vais réussir. Je n'ai pas trop envie de tenter l'entreprise mais je ne puis me dégonfler devant les deux autres.

Je prends le départ plus lentement que Sarquin, je franchis le premier surplomb 20 avec peine, en ménageant mon souffle. Au second surplomb il y a un rapide travail des mains à faire. Face au rocher je me rappelle tous les gestes de Stéphane et l'instinct qui m'habite les exécute. Mes mains se hissent sur des prises minuscules, un élan me soulève et, sans savoir comment, je passe. Au moment où je franchis le 25 premier surplomb, je vois entre mon corps et mon bras le visage attentif de Stéphane en train de m'assurer. Quand, parvenu en haut je me retourne, je vois l'ébauche d'un sourire de satisfaction sur son visage. Son sourire d'Indien, comme disent les hommes de son chantier, et je ressens à travers lui un sentiment de joie, une plénitude totale.

Quand je reviens au sol Sarquin me regarde étonné, ne comprenant pas comment 30 j'ai pu réussir là où lui, plus fort et plus entraîné, a échoué.

À partir de ce regard jeté d'en haut sur le sourire de Stéphane, le vertige, dont j'ai toujours souffert, me quitte. Je n'ai plus affaire qu'à la paroi, à la pesanteur, au travail de mes quatre pattes et je n'ai plus été paralysé par la peur. Quelque chose a eu lieu comme si Stéphane m'avait revêtu de sa force.

Aujourd'hui dans le bus, puis dans le métro qui me ramène à l'Opéra pour y 35 prendre le RER 4, je songe à cet instant qui m'a soulevé pendant des semaines, et qui a compté, je m'en rends compte aujourd'hui, fortement dans ma vie.

C'était une preuve. Une preuve de l'efficacité de mon corps, c'était surtout une preuve de l'amitié de Stéphane. Il lui fallait, il nous fallait une épreuve de vérité. Il en a 40 ménagé très subtilement les conditions. Il a été heureux de ne pas s'être trompé sur moi. C'est ici qu'il y a un doute car cette force dont j'ai disposé à ce moment-là, ce n'était pas ma force mais, par le pouvoir de son regard, la sienne. Pourquoi ce moment de triomphe, pourquoi ces années d'amitié si profonde, presque en dehors de la parole, me reviennent-ils si rarement en mémoire ?

Quelque chose a effacé ces moments heureux, les nombreux instants de risque, 45 de force et de victoire de mes ascensions avec Stéphane. Quelque chose que je n'ai pas vécu, que je suis en train de vivre aujourd'hui et qui est sa mort.

Alors que j'ai vieilli, que mon corps a perdu de sa souplesse et de sa force, Stéphane sera toujours jeune, il aura toujours vingt-neuf ans, ses yeux bleus, ses 50 cheveux blonds et son sourire d'Indien.

1 Surplomb: partie supérieure d'un rocher qui s'avance et qui rend l'escalade très difficile.

2 Descendre en rappel: contrôler sa descente à l'aide d'une corde.

3 Dévisser: lâcher prise et tomber.

4 Le métro et le RER sont deux transports en commun de la région parisienne.

Vous ferez le commentaire du texte extrait du Boulevard périphérique d'Henri Bauchau en vous aidant des pistes de lecture suivantes:

Vous montrerez d'abord comment le texte dépeint une amitié exceptionnelle qui se révèle dans l'épreuve.

Vous montrerez ensuite comment le souvenir de l'ami disparu subsiste avec force dans l'esprit du narrateur.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Asie session normale 2023

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez le commentaire du texte extrait du Boulevard périphérique d'Henri Bauchau en vous aidant des pistes de lecture suivantes : 1. une amitié exceptionnelle révélée dans l'épreuve ; 2. le souvenir de l'ami disparu qui subsiste avec force.

Réponse : Un commentaire réussi pourrait s'organiser ainsi : Introduction : présenter Henry Bauchau et *Le Boulevard périphérique* (2008), situer l'extrait (souvenir d'escalade évoqué par un narrateur âgé, dans le Paris de 1980, en mémoire de son ami Stéphane mort pendant la guerre), annoncer les deux axes (une amitié forgée par l'épreuve physique ; la persistance du souvenir de l'ami disparu). I. Une amitié exceptionnelle qui se révèle dans l'épreuve 1. *Une pédagogie de la confiance et du risque partagé* : Stéphane initie le narrateur et Sarquin à l'escalade, organise lui-même « très subtilement » l'épreuve (« il nous fallait une épreuve de vérité »), démontre sa propre maîtrise (« franchit... avec une précision et une rapidité admirables ») avant de les assurer d'en bas : la cordée matérialise la relation de confiance. 2. *L'épreuve révèle et transmet quelque chose d'invisible* : l'échec de Sarquin contraste avec la réussite inattendue du narrateur, qui l'explique par la présence du regard de Stéphane (« je vois... le visage attentif de Stéphane en train de m'assurer », « Quelque chose a eu lieu comme si Stéphane m'avait revêtu de sa force »). L'amitié se donne moins par la parole que par un regard, un geste, une force transmise (« presque en dehors de la parole »). 3. *Le sourire d'Indien* comme signe de reconnaissance et de satisfaction partagée scelle l'instant de communion entre les deux hommes. II. Le souvenir de l'ami disparu subsiste avec force dans l'esprit du narrateur 1. *Un souvenir qui ressurgit avec insistance* : le passage du passé de l'escalade au présent du bus et du métro parisiens montre que l'instant continue d'agir, des décennies plus tard (« je songe à cet instant qui m'a soulevé pendant des semaines... qui a compté... fortement dans ma vie »). 2. *Une mémoire ambivalente, questionnée* : le narrateur s'interroge sur l'oubli partiel de ces moments heureux (« pourquoi ces années d'amitié si profonde... me reviennent-ils si rarement en mémoire ? »), ce qui suggère la douleur du deuil qui a « effacé » le souvenir et le fait resurgir aujourd'hui sous une autre forme, celle du deuil vécu au présent (« Quelque chose que je n'ai pas vécu, que je suis en train de vivre aujourd'hui et qui est sa mort »). 3. *Stéphane figé dans une jeunesse éternelle* : la dernière phrase oppose le corps vieilli du narrateur à Stéphane qui « sera toujours jeune », fixé à vingt-neuf ans avec ses traits intacts (yeux bleus, cheveux blonds, sourire d'Indien) : la mort a arrêté le temps pour lui, et c'est cette image qui subsiste, intacte, dans la mémoire du narrateur. Conclusion : le texte montre comment une expérience physique partagée (l'escalade) devient le lieu d'une amitié profonde et silencieuse, et comment, des décennies après la mort de l'ami, ce souvenir continue de façonner l'identité et la mémoire du narrateur vieillissant.

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