Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Asie session normale 2022

Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2022)

Énoncé

1- Commentaire [20 points]

Objet d'étude: la poésie du XIX e siècle au XXI e siècle

Les six strophes proposées ci-dessous constituent le début du poème. Vous ferez le commentaire de ce texte.

LA BEAUTÉ DU DIABLE

Jeunes gens le temps est devant vous comme un cheval échappé

Qui 1 le saisit à la crinière entre ses genoux qui le dompte

N'entend désormais que le bruit des fers de la bête qu'il monte

Trop à ce combat nouveau pour songer au bout de l'équipée 2

5

Jeunes gens le temps est devant vous comme un appétit précoce

Et l'on ne sait plus que choisir tant on se promet du festin

Et la nappe est si parfaitement blanche qu'on a peur du vin

Et de l'atroce champ de bataille après le repas des noces

Celui qui croit pouvoir mesurer le temps avec les saisons

10

Est un vieillard déjà qui ne sait regarder qu'en arrière

On se perd à ces changements comme la roue et la poussière

Le feuillage à chaque printemps revient nous cacher l'horizon

Que le temps devant vous jeunes gens est immense et qu'il est court

A quoi sert-il vraiment de dire une telle banalité

15

Ah prenez-le donc comme il vient comme un refrain jamais chanté

Comme un ciel que rien ne gêne une femme qui dit Pour toujours

Enfance Un beau soir vous avez poussé la porte du jardin

Du seuil voici que vous suivez le paraphe noir des arondes 3

Vous sentez dans vos bras tout à coup la dimension du monde

20

Et votre propre force et que tout est possible soudain

Écarquillez vos yeux ne laissez pas perdre cette minute

Je l'entends votre rire au paysage découvert J'entends

Dans votre rire et votre pas l'écho des pas d'antan 4

Une autre fois la clameur des jeux qui devient le cri des luttes [...]

Louis Aragon, extrait de « La beauté du diable », Le roman inachevé, Gallimard, 1956

1 Qui: équivaut à « celui qui le saisit... celui qui le dompte ».

2 L'équipée: l'aventure.

3 Le paraphe noir des arondes: la ligne noire dessinée par les hirondelles.

4 D'antan: d'autrefois.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Commentaire de texte : les six premières strophes du poème « La beauté du diable » de Louis Aragon.

Réponse : Proposition d'axes de lecture et de commentaire rédigé : Introduction : - Accroche / Contexte : Figure majeure du surréalisme puis poète de la Résistance, Louis Aragon publie en 1956 *Le roman inachevé*, recueil autobiographique et lyrique où il revisite sa vie à la lumière des drames du XXe siècle. - Présentation du texte : « La beauté du diable » s'ouvre par une apostrophe à la jeunesse. L'expression proverbiale désigne l'éclat éphémère de la jeunesse. Ces six strophes de vers longs, rimés et sans ponctuation, en forment le début. - Problématique : Comment Aragon, par une adresse vibrante à la jeunesse, mêle-t-il la célébration lyrique de l'élan vital à une mise en garde lucide sur le temps et l'Histoire ? - Annonce du plan : I. Une adresse lyrique aux « jeunes gens », éloge de l'énergie et des possibles. II. Les métaphores d'un temps ambivalent. III. La voix du poète mûr, entre nostalgie et conscience tragique de l'Histoire. I. Une adresse vibrante à la jeunesse : célébration de l'élan vital - L'apostrophe : « Jeunes gens » est repris en anaphore au début des strophes 1 et 2 (v. 1, v. 5). L'apostrophe revient au cœur du vers 13. Le poète se fait la voix d'un aîné bienveillant et instaure un dialogue (vous / je). - L'ouverture au monde : Le seuil franchi (« poussé la porte du jardin », v. 17) marque la sortie de l'enfance. L'espace s'élargit : « dimension du monde », « tout est possible soudain », « paysage découvert ». - L'injonction au présent : Les impératifs (« prenez-le donc », « Écarquillez vos yeux », « ne laissez pas perdre cette minute ») composent un *carpe diem* moderne. Ce présent intense s'oppose à la mesure comptable du « vieillard » qui compte « les saisons » (v. 9-10). II. Les métaphores d'un temps impétueux et ambivalent - La fougue indomptable : La comparaison du « cheval échappé » montre un temps qu'on chevauche sans pouvoir « songer au bout de l'équipée ». - L'appétit et la pureté menacée : L'« appétit précoce » et le « festin » disent la gourmandise de vivre. Mais la « nappe si parfaitement blanche » appelle la « peur du vin ». L'antithèse brutale du v. 8, entre le « repas des noces » et « l'atroce champ de bataille », fait surgir la violence sous la fête. La polysyndète en « Et » (v. 6-8) traduit cet emballement. - Le paradoxe temporel : « immense et [...] court » (v. 13). Le poète interroge avec autodérision la « banalité » de ce constat (v. 14). Les comparaisons finales (« refrain jamais chanté », « ciel que rien ne gêne », la femme qui dit « Pour toujours ») invitent à l'accueillir comme une promesse d'absolu. L'absence de ponctuation crée un flux continu où les contraires coexistent. III. La voix du poète et la pesanteur de l'Histoire - L'émergence du « je » : Dans la dernière strophe, le poète s'implique (« Je l'entends », « J'entends »). Il écoute la jeunesse présente et y reconnaît sa propre jeunesse. Le poème autobiographique devient transmission entre les générations. - La nostalgie et la mémoire : Le « rire » et le « pas » des jeunes portent « l'écho des pas d'antan ». Le temps est cyclique : chaque génération rejoue l'élan des précédentes, comme le feuillage qui revient « à chaque printemps » mais cache « l'horizon » (v. 12). - La conscience tragique : Le dernier vers, « la clameur des jeux qui devient le cri des luttes », fait basculer l'insouciance dans le combat. On y entend les guerres et les engagements du siècle qu'Aragon a traversés (1914-1918, la Résistance). La « beauté du diable » est un éclat fragile, menacé par l'Histoire, déjà annoncée par le « champ de bataille » du v. 8. Conclusion : Ces strophes unissent l'hymne à la jeunesse et la méditation lucide d'un poète mûr. Par les comparaisons, les impératifs et un vers ample et non ponctué, Aragon célèbre l'énergie et les possibles. Il laisse aussi affleurer la fuite du temps et la violence de l'Histoire. Ouverture : on peut rapprocher ce poème du « Mignonne, allons voir si la rose » de Ronsard, ou de la tonalité testamentaire d'autres textes d'Aragon comme « Il n'y a pas d'amour heureux ».

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