Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Asie 2021 (jour 1)

Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Jour 1 (2021)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

Objet d'étude: La poésie du XIX e siècle au XXI e siècle

Léopold Sédar Senghor dédie les poèmes de Lettres d'hivernage à son épouse, Colette, alors âgée de 47 ans.

TU PARLES

Tu parles de ton âge, de tes fils de soie blanche.

Regarde tes mains pétales de laurier-rose, ton cou le seul pli de la grâce.

J'aime les cendres sur tes cils tes paupières, et tes yeux d'or mat et tes yeux

Soleil sur la rosée d'or vert, sur le gazon du matin

5 Tes yeux en Novembre comme la mer d'aurore autour du Castel de Gorée 1.

Que de forces en leurs fonds, fortunes des caravelles 2, jetées au dieu d'ébène !

J'aime tes jeunes rides, ces ombres que colore d'un vieux rose

Ton sourire de Septembre, ces fleurs commissures de tes yeux de ta bouche.

Tes yeux et ton sourire, les baumes de tes mains le velours la fourrure de ton corps

10 Qu'ils me charment longtemps au jardin de l'Éden

Femme ambiguë, toute fureur toute douceur.

Mais au cœur de la saison froide

Quand les courbes de ton visage plus pures se présenteront

Tes joues plus creuses, ton regard plus distant, ma Dame

15 Quand de sillons seront striés, comme les champs l'hiver, ta peau ton cou ton corps sous les fatigues

Tes mains minces diaphanes 3, j'atteindrai le trésor de ma quête rythmique

Et le soleil derrière la longue nuit d'angoisse

La cascade et la même mélopée 4, les murmures des sources de ton âme.

Viens, la nuit coule sur les terrasses blanches, et tu viendras

20 La lune caresse la mer de sa lumière de cendres transparentes.

Au loin, reposent des étoiles sur les abîmes 5 de la nuit marine

L'Île s'allonge comme une voie lactée.

Mais écoute, entends-tu ? les chapelets 6 d'aboiements qui montent du cap Manuel 7

Et monte du restaurant du wharf 8 et de l'anse 9

25 Quelle musique inouïe, suave comme un rêve

Chère !...

Léopold Sédar Senghor, Lettres d'hivernage, 1972.

1 Castel de Gorée: point de vue panoramique sur l'île de Gorée, au Sénégal.

2 Caravelles: navires utilisés notamment pour les voyages de découverte.

3 Diaphanes: très claires, presque transparentes.

4 Mélopée: chant mélancolique et monotone.

5 Abîmes: espaces sans limites.

6 Chapelets: successions de choses, séries.

7 Cap Manuel: cap situé à l'extrémité de la presqu'île du Cap-Vert, au Sénégal.

8 Wharf: quai, ponton où les bateaux peuvent accoster.

9 Anse: petite baie peu profonde.

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Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Commentaire composé du poème « Tu parles » de Léopold Sédar Senghor (Lettres d'hivernage).

Réponse : Une proposition de plan de commentaire composé structuré : Introduction : - Accroche / Contexte : Léopold Sédar Senghor, chantre de la négritude et poète de la célébration, publie *Lettres d'hivernage* en 1972. Il dédie ce recueil à son épouse Colette, alors âgée de 47 ans. - Présentation du texte : « Tu parles » s'ouvre sur l'inquiétude de la femme face au vieillissement (« tes fils de soie blanche »). Le poète y répond par un chant d'amour lyrique et apaisant. - Problématique : Comment Senghor parvient-il à transfigurer le vieillissement en une célébration amoureuse et poétique, inscrite dans le paysage africain ? - Annonce du plan : 1. Un dialogue amoureux contre l'angoisse du temps : l'éloge d'une beauté mûrissante. 2. La transfiguration poétique et spirituelle du vieillissement. 3. L'inscription de l'amour dans une nuit africaine harmonieuse et musicale. --- I. Un dialogue amoureux contre l'angoisse du temps : l'éloge d'une beauté mûrissante - La réponse à l'inquiétude féminine : Dès l'attaque (« Tu parles de ton âge »), le poème se fait dialogue. À la plainte implicite, le poète oppose le regard admiratif : l'impératif « Regarde » (v. 2) et l'anaphore de « J'aime » (v. 3 et 7). - La réhabilitation des marques de l'âge : - Les cheveux blancs deviennent de précieux « fils de soie blanche ». - Les rides sont qualifiées par l'oxymore « jeunes rides » (v. 7). - La maturité est sublimée par des métaphores végétales et saisonnières (« pétales de laurier-rose », « sourire de Septembre », « yeux en Novembre »). - Un blason sensuel : - L'éloge porte sur les mains, le cou, les yeux et le sourire. - Les métaphores tactiles (« les baumes de tes mains le velours la fourrure de ton corps ») et les images lumineuses (« d'or mat », « Soleil sur la rosée d'or vert ») montrent une sensualité intacte. - Les juxtapositions sans ponctuation créent un flux d'admiration. - L'antithèse « toute fureur toute douceur » (v. 11) fait de la « Femme ambiguë » une figure complète et vivante. --- II. La transfiguration poétique et spirituelle du vieillissement - L'anticipation de la vieillesse : Introduite par la conjonction « Mais » et la métaphore de « la saison froide », elle est évoquée au futur (« Quand les courbes de ton visage plus pures se présenteront »). Les comparatifs (« plus pures », « plus creuses », « plus distant ») font de l'altération physique une épure, non une déchéance. L'apostrophe courtoise « ma Dame » renoue avec l'amour chevaleresque. - La vieillesse assimilée au paysage nourricier : La comparaison avec « les champs l'hiver » (v. 15) ancre la femme dans la terre et dans le cycle des saisons, promesse de renouveau. - La poésie comme quête d'absolu : - « j'atteindrai le trésor de ma quête rythmique » (v. 16) : l'amour et l'écriture se confondent. - L'antithèse « le soleil derrière la longue nuit d'angoisse » (v. 17) dit le triomphe de la lumière. - Les images aquatiques (« La cascade », « la même mélopée », « les murmures des sources de ton âme ») spiritualisent l'amour et lui donnent une dimension mystique et musicale. --- III. L'inscription de l'amour dans une nuit africaine harmonieuse et musicale - Une invitation à la communion : - L'impératif « Viens » puis le futur « et tu viendras » (v. 19) expriment la certitude de la réunion des amants. - Le décor nocturne est paisible et personnifié : « la nuit coule », « La lune caresse la mer ». - L'expression « lumière de cendres transparentes » fait écho aux « cendres sur tes cils » (v. 3) : la femme et le paysage se répondent. - Un paysage sénégalais réel et cosmique : - Des toponymes précis enracinent le poème au Sénégal : le Castel de Gorée, le cap Manuel, le wharf, l'anse. - Ils évoquent aussi l'histoire (les « caravelles », Gorée et la mémoire de la traite, le « dieu d'ébène »). - Le paysage s'élargit à l'infini : « étoiles », « abîmes de la nuit marine », « L'Île s'allonge comme une voie lactée ». - Une musique qui transfigure le réel : - L'injonction « écoute, entends-tu ? » ouvre sur une dimension sonore. - Même les « chapelets d'aboiements » et les bruits du restaurant deviennent « musique inouïe, suave comme un rêve » (v. 25). - Le verset ample, les répétitions et les allitérations (« Que de forces en leurs fonds, fortunes ») font du poème un chant rythmé, fidèle à la poétique senghorienne. - Le poème s'achève sur l'apostrophe suspendue « Chère !... » : l'émotion dépasse les mots. --- Conclusion : - Bilan : Senghor transforme l'inquiétude de son épouse face à l'âge en un hymne d'amour. Les marques du temps y deviennent beauté, puis épure spirituelle, puis harmonie avec la nuit africaine. - Portée : Le poème illustre une poésie de la célébration, où le rythme et l'image réconcilient l'amour, le temps et le monde. - Ouverture : On peut le rapprocher de « Quand vous serez bien vieille » de Ronsard. Mais là où Ronsard menace la femme de la vieillesse pour la convaincre, Senghor en fait un accomplissement amoureux.

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