Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Asie session normale 2023

Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2023)

Énoncé

Objet d'étude: La poésie du XIX e au XXI e siècle

Vous commenterez le texte suivant:

Chien et loup 1

J'étais absent de moi plutôt nuage indécis

un passant pas très sûr d'être vraiment quelqu'un

Quelquefois j'hésitais sur le seuil de la porte

Une légère poussée j'aurais franchi le pas

5 Quelquefois j'étais là et parfois nulle part

Je ne savais plus où Je dormais sans dormir

présent les yeux fermés absent les yeux ouverts

j'habitais en sursis dans l'entre chien et loup

Tenté J'étais tenté de ne plus résister

10 Quel repos de sortir comme on quitte une pièce

où il y a tant de monde que personne n'y prend garde

Mais tu tenais ma main Tu disais Je suis là

J'ouvrais les yeux Le jour Ma vie Toi Oui

Et tu fermais la porte qui donne sur le noir

Maisons-Laffitte

juillet 1982

Claude ROY, À la lisière du temps, Poèmes de « Permis de séjour », 1982

1 Chien et loup: expression qui désigne la tombée de la nuit.

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Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous commenterez le texte suivant : Claude ROY, « Chien et loup »

Réponse : ### Proposition de plan détaillé et éléments de commentaire #### Introduction - Accroche / Contexte : Claude Roy (1915-1997), poète, romancier et essayiste, écrit en 1982 les poèmes de « Permis de séjour », repris dans *À la lisière du temps*. Ce recueil est marqué par l'épreuve de la maladie grave, la fragilité de l'existence et le sentiment du temps compté. - Présentation du texte : « Chien et loup » évoque un état de dépersonnalisation et la tentation de se laisser glisser vers la mort. Cette tentation est interrompue par la présence aimante de l'autre. - Problématique : Comment ce poème met-il en scène le glissement vers le néant et la puissance salvatrice de l'amour qui réancre le poète dans la vie ? - Annonce du plan : 1. L'expérience d'un vertige existentiel : un moi évanescent au seuil du néant. 2. La tentation de l'abandon : la mort perçue comme un doux soulagement. 3. L'irruption salvatrice de l'autre : le retour à la vie par le contact et la parole. --- #### Axe 1 : Un moi évanescent dans l'entre-deux 1. Une identité dissoute et incertaine : - Le vers 1 nie le sujet : « absent de moi ». La métaphore du « nuage indécis » dit l'impalpable et l'instable. - L'allitération en [p] et l'indétermination (« un passant pas très sûr d'être vraiment quelqu'un », v. 2) traduisent l'effacement du sujet lyrique. 2. Un entre-deux paradoxal : - L'absence de ponctuation crée une fluidité indéfinie et une suspension du temps. Les majuscules à l'intérieur des vers marquent seules les ruptures. - Antithèses et paradoxes expriment l'ambivalence : « là » / « nulle part » (v. 5), « dormais sans dormir » (v. 6). Le chiasme « présent les yeux fermés absent les yeux ouverts » (v. 7) va dans le même sens. - L'expression « entre chien et loup » (v. 8), éclairée par la note, désigne une zone crépusculaire. Le mot « sursis » l'associe à une frontière entre veille et sommeil, entre vie et mort. L'imparfait installe cet état dans une durée incertaine. #### Axe 2 : La tentation du lâcher-prise et du passage 1. La métaphore du seuil et du franchissement : - « sur le seuil de la porte » (v. 3), « j'aurais franchi le pas » (v. 4) : la mort n'est pas terrifiante. Elle est un basculement infime (« Une légère poussée »). - Le conditionnel passé dit la proximité du danger, frôlé mais non réalisé. 2. Le désir de repos et d'effacement discret : - L'anadiplose « Tenté J'étais tenté de ne plus résister » (v. 9) insiste sur l'attrait de l'abandon. - La mort est euphémisée par une comparaison familière : « Quel repos de sortir comme on quitte une pièce / où il y a tant de monde que personne n'y prend garde » (v. 10-11). - L'exclamation sans point d'exclamation et le vers 11, plus long, miment cette sortie paisible et anonyme hors du tumulte du monde. #### Axe 3 : La résurrection par l'amour 1. La rupture du vers 12 et la présence incarnée : - La conjonction d'opposition « Mais » (v. 12) introduit l'autre, le « tu », qui s'oppose au « je » solitaire. - Le contact physique (« tu tenais ma main ») ramène le sujet au réel. La parole vive rapportée au discours direct sans guillemets (« Tu disais Je suis là ») y contribue aussi. Le « Je suis là » de l'aimée répond au « j'étais là et parfois nulle part » du poète. 2. L'illumination et la reconquête de l'existence : - Le vers 13 aligne des mots brefs juxtaposés : « J'ouvrais les yeux Le jour Ma vie Toi Oui ». - Cette parataxe mime l'éveil et la gradation vers l'adhésion à la vie. - « Toi » est associé à « Ma vie » et au « jour ». - Le « Oui » final s'oppose aux négations initiales (« ne plus résister », « nulle part »). - La lumière (« Le jour ») remplace la pénombre de l'« entre chien et loup ». 3. La porte refermée : - Le dernier vers est isolé typographiquement : « Et tu fermais la porte qui donne sur le noir ». Il reprend l'image du seuil (v. 3) en l'inversant : c'est l'aimée qui clôt le passage vers la mort. - « le noir » symbolise la nuit et la mort. Le geste simple et domestique fait de l'amour un rempart contre le néant. #### Conclusion - Bilan : Le poème suit un mouvement en trois temps : la dissolution du moi dans un entre-deux crépusculaire, la tentation douce de la mort, puis le retour à la vie grâce à l'autre. Le vers libre sans ponctuation épouse cette expérience de flottement puis d'éveil. - Ouverture : On peut rapprocher ce texte d'autres poèmes où l'amour défie la mort, par exemple chez Éluard (« Je suis né pour te connaître / Pour te nommer », « Liberté ») ou Aragon. On peut aussi évoquer le « Permis de séjour » du titre : la vie y apparaît comme un sursis accordé, rendu habitable par l'amour.

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