Sujet 3 · Bac STMG Philosophie Antilles-Guyane remplacement 2022
Thème : La vérité · Tiré du sujet Remplacement (2022)
Énoncé
Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets proposés. Voici le Sujet 3.
Sujet 3
Expliquer le texte suivant:
SOCRATE
Voyons ensemble. Ce que tu ne sais pas, mais dont tu sais que tu ne le sais pas, t'égares-tu à ce sujet ? Par exemple en ce qui concerne la préparation des repas, tu sais évidemment que tu n'y connais rien.
ALCIBIADE
Absolument.
SOCRATE
À ce sujet, as-tu de toi-même une idée sur la manière dont il faut faire cette préparation, ou bien t'en remets-tu à celui qui s'y connaît ?
ALCIBIADE
Je fais ainsi.
SOCRATE
Et si tu naviguais sur un bateau, aurais-tu une opinion sur la manière de diriger le gouvernail en dehors ou en dedans, et, faute de le savoir, t'égarerais-tu ou bien t'en remettrais-tu en toute tranquillité au pilote ?
ALCIBIADE
Je m'en remettrais au pilote.
SOCRATE
Donc, au sujet de ce que tu ne sais pas, tu ne t'égares pas si tu sais que tu ne sais pas.
ALCIBIADE
Non, sans doute.
SOCRATE
Remarques-tu donc que les erreurs dans l'action sont causées par cette ignorance qui est de croire savoir ce que l'on ne sait pas ?
ALCIBIADE
Que dis-tu là ?
SOCRATE
Nous entreprenons une action lorsque nous croyons savoir ce que nous faisons ?
ALCIBIADE
Oui.
SOCRATE
Lorsque l'on ne croit pas savoir, on s'en remet à d'autres ?
ALCIBIADE
Pourquoi en ferait-on autrement ?
SOCRATE
De même, de tels ignorants sont sauvés parce qu'ils s'en remettent à d'autres pour ce qu'ils ignorent ?
ALCIBIADE
Oui.
SOCRATE
Qui sont donc les ignorants ? Certes pas ceux qui savent.
ALCIBIADE
Assurément pas.
SOCRATE
Puisque ce ne sont ni ceux qui savent, ni ceux des ignorants qui savent qu'ils ne savent pas, que reste-t-il d'autre sinon ceux qui croient savoir ce qu'ils ne savent pas ?
ALCIBIADE
Ce sont ceux-là.
SOCRATE
C'est cette ignorance qui est la cause de ce qui est mal, c'est elle qui est répréhensible ?
ALCIBIADE
Oui.
PLATON, Alcibiade (IVème siècle av. J.-C.).
Rédaction de la copie
Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l'explication de texte. Il peut: soit répondre dans l'ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l'option n°1
A. Éléments d'analyse
1. D'après les deux exemples du début du texte, que convient-il de faire lorsqu'on est ignorant ?
2. En proposant une définition de l'opinion, expliquez pourquoi il ne suffit pas d'avoir une opinion pour bien agir.
3. Quelle pourrait être l'origine des « erreurs dans l'action » ? Proposez un exemple, ou plusieurs si cela vous semble nécessaire.
4. Quelles sont les deux formes d'ignorance distinguées par Platon dans ce texte ? En quoi consiste la véritable ignorance, et en quoi celle-ci est-elle bien plus dangereuse ?
B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l'auteur tente ici de répondre ?
2. Dégagez les différents moments de l'argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l'idée principale du texte.
C. Commentaire
1. À quelles conditions pouvons-nous nous en remettre à autrui ?
2. À partir de ce texte, demandez-vous ce que la connaissance apporte à la bonne conduite de nos actions.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Expliquer le texte suivant (extrait de l'Alcibiade de Platon)
Réponse : Une bonne explication de texte doit dégager la thèse de Platon : ce n'est pas l'ignorance simple (ne pas savoir) qui cause les erreurs et le mal, mais l'ignorance redoublée, c'est-à-dire croire savoir alors qu'on ne sait pas. L'argumentation progresse par étapes : (1) les exemples de la cuisine et du pilotage montrent que celui qui sait qu'il ne sait pas s'en remet à un expert et évite ainsi l'erreur ; (2) Socrate en déduit que les erreurs dans l'action viennent de l'ignorance qui consiste à croire savoir ce qu'on ne sait pas ; (3) il distingue alors trois catégories : ceux qui savent, ceux qui savent qu'ils ne savent pas (et s'en remettent à autrui), et ceux qui croient savoir sans savoir (les seuls véritables « ignorants » au sens péjoratif) ; (4) cette dernière ignorance est la cause de ce qui est mal et mérite d'être blâmée, car elle empêche de recourir à un savoir extérieur et conduit à l'erreur dans l'action. Sur le plan du commentaire, on peut montrer que s'en remettre à autrui suppose de reconnaître les limites de son propre savoir (docte ignorance) et de s'assurer de la compétence réelle de celui à qui l'on s'en remet ; et que la connaissance, loin d'être un luxe théorique, conditionne la justesse de l'action : bien agir suppose de savoir ce qu'on fait, ou de savoir qu'on ne le sait pas.
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