Exercice 2 - Sujet A - Contraction de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2022
Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2022)
Énoncé
2 - Sujet A - Contraction de texte (10 points)
Objet d'étude: la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Œuvre: Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV - Parcours: La bonne éducation.
Michèle Petit, Pourquoi les enfants ont besoin d'histoires, 2014.
Pourquoi lire des histoires aux enfants ? Ce sont habituellement des arguments « sérieux » et « utiles » qui sont mis en avant: médias, enseignants, chercheurs ou parents expliquent que cette pratique est propice à de meilleures performances dans l'acquisition de la langue, qu'elle contribue à l'élargissement du répertoire lexical, à l'enrichissement de la syntaxe, à la capacité de s'exprimer, à l'accroissement du capital culturel, bref, à une adaptation des enfants et des adolescents aux exigences du monde scolaire, puis professionnel. Les uns ou les autres insistent aussi sur son rôle dans l'exercice futur de la citoyenneté par la formation de l'esprit critique, le partage d'un patrimoine commun ou la connaissance d'autres époques, d'autres cultures, à même de protéger de l'intolérance. Ces dernières décennies, avec le développement des neurosciences, on a aussi beaucoup expliqué que les facultés cognitives seraient stimulées.
Pourtant, celles et ceux qui évoquent des souvenirs de textes écoutés ou lus dans l'enfance ne disent jamais: « Grâce à la lecture, j'ai eu de meilleurs résultats scolaires, j'ai été plus habile dans le maniement de la langue, ça m'a permis d'accroître mon vocabulaire. » Pas plus qu'ils racontent avoir partagé une culture commune ou être devenus des citoyens plus empathiques. […] Par le biais des textes qu'on leur lisait et des illustrations qu'on leur montrait, ils avaient découvert un univers parallèle, invisible, plus vaste, plus intense, et qui pourtant les ancrait plus dans le monde réel quand ils y faisaient retour.
Car écouter une langue littéraire, poétique, un peu chantante, donne aux enfants et aux adolescents la possibilité d'éprouver un bien-être très particulier, une sensation d'appartenance, d'être à sa place, de trouver lieu – sensation momentanée, mais qui s'inscrit dans le corps et l'esprit, et laisse des traces. C'est comme s'ils s'accordaient, au sens musical du terme, avec ce qui les entoure: non seulement la famille, les amis, les humains, mais encore le ciel, la mer, la montagne, la ville, les animaux, auxquels ils se sentent alors reliés. Partie prenante d'un ensemble, d'un tout. Grâce à un texte, ils comprennent, non pas par le raisonnement, mais par une sorte de décryptage inconscient, que ce qui les préoccupe est le lot de tous.
En fait, quand nous faisons la lecture aux enfants, quand nous leur racontons des histoires, le sens de nos gestes est peut-être avant tout celui-ci: je te présente le monde que d'autres m'ont passé et que je me suis approprié, celui que j'ai découvert, construit, aimé. […]
Écouter lire, puis lire, mais aussi regarder des illustrations ou des films, chanter, raconter, dessiner, écrire sont autant d'activités qui permettent d'interposer entre le réel et soi tout un tissu de mots, de connaissances, de récits, de fantaisies, sans lequel le monde resterait indifférent ou hostile. De composer cet univers invisible tout aussi réel que le monde que l'on peut toucher et qui le complète. De transformer l'inquiétant en familier, mais aussi de rendre le familier étonnant. De donner à ce qui nous entoure une coloration symbolique, imaginaire, légendaire, une profondeur à partir de laquelle rêver, associer, penser. […]
Faut-il le rappeler, nous ne sommes pas seulement des variables économiques. Nous ne nous limitons pas non plus à nos rôles sociaux, pour fondamentaux qu'ils soient. Nous sommes aussi, et peut-être avant tout, des animaux poétiques, narratifs: bien avant d'inventer la monnaie ou l'agriculture, les humains ont créé des œuvres d'art et raconté des histoires, plus ou moins complexes et fréquentes selon les contextes culturels. Certains peuples sont plus danseurs, plus conteurs, plus peintres, mais il y a toujours une poétique, l'utilitaire ne nous suffit jamais.
À force de mettre en avant une approche utilitariste et angoissée de la lecture, on a fait une corvée de ce qui pouvait être une fête. On ne juge pas du bien-fondé de chanter des jeunes enfants par le fait que, devenus grands, ils deviendraient des musiciens. Pourquoi mettre sans cesse en avant leur devenir cognitif, scolaire, citoyen, quand il s'agit de la lecture ? Quand ils écoutent une histoire, quand ils ouvrent des livres, ils le font parce qu'ils ont besoin d'une autre dimension, parce qu'il leur faut interposer des mots, des histoires, des métaphores, des images, entre eux-mêmes et ce monde étrange qui est là autour d'eux. Parce qu'ils sont curieux, inquiets, en quête de secrets, joueurs et poétiques. Parce que les livres donnent forme à des désirs ou des craintes qu'ils pensaient être seuls à connaître et qu'ils leur permettent de substituer au chaos un peu d'ordre, de continuité, de beauté.
(744 mots)
Vous résumerez ce texte en 186 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 167 mots et au plus 204 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous résumerez ce texte en 186 mots.
Réponse : Lire des histoires aux enfants est habituellement justifié par des arguments utilitaires : cette pratique enrichirait le vocabulaire, la syntaxe, la culture, formerait de futurs citoyens critiques et tolérants, et stimulerait les capacités cognitives selon les neurosciences. Pourtant, ceux qui se souviennent des histoires de leur enfance n'évoquent jamais ces /50/ bénéfices scolaires, mais le fait d'avoir découvert un univers parallèle dont la trace perdure. Car écouter une langue littéraire procure aux enfants un sentiment d'appartenance et de place, les reliant à l'ensemble du monde qui les entoure. En racontant des histoires, l'adulte transmet à l'enfant /100/ un monde qu'il s'est lui-même approprié. Lire, écouter, raconter, dessiner permettent d'interposer entre le réel et soi un tissu de récits sans lequel le monde resterait hostile, de rendre l'inquiétant familier et le familier étonnant. Nous ne sommes pas que des êtres économiques ou sociaux : nous /150/ sommes, depuis l'origine, des animaux poétiques et narratifs. Réduire la lecture à son utilité en fait une corvée, alors que les enfants, curieux et en quête de sens, ont besoin de mots et d'images pour ordonner le chaos du monde. (192 mots)
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