Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2023

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2023)

Énoncé

C - Œuvre: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») – Parcours: Écrire et combattre pour l'égalité.

Belinda Canonne, La Tentation de Pénélope, 2010.

Regrettable histoire, celle des femmes et de la politique. Il a fallu attendre les années récentes pour que soit clairement exposé le préjudice extravagant 1 que les hommes de la Révolution française avaient porté aux femmes: alors que dans un vaste mouvement d'émancipation générale ils inventaient l'égalité pour tous et pour chacun, les révolutionnaires privèrent les femmes des droits politiques, les excluant de la démocratie naissante. La cause était assez importante pour que l'audacieuse Olympe de Gouges, qui réclamait pour les femmes le droit de monter à la tribune puisqu'elles avaient celui de monter à l'échafaud, fût guillotinée en novembre 1793. [...] « La nature de leur sexe ne leur permet pas de voter », entendait-on couramment. De plus, on superposa la notion de citoyen à celle de « ménage », qui était l'unité civique et dont le mari était le chef, représentant femme et enfants. Rien d'étonnant alors si le droit de vote fut accordé aux femmes françaises si tardivement (1944).

Il en est resté des habitudes mentales qui font que, par exemple, il a été jusqu'il y a peu plus facile pour une femme d'être nommée ministre qu'élue députée. Comme le signalait Geneviève Fraisse, le premier est juste compétent, ce qu'une femme peut être dans les tâches de gouvernement, tandis que le second non seulement écrit des lois (qui valent pour tous) mais est représentatif – or, selon nos préjugés, si un homme peut représenter l'humanité, une femme peut à la rigueur représenter les autres femmes, mais non les hommes. Il faut noter aussi que, selon la vieille idée que les hommes font les lois tandis que les femmes ont en charge les mœurs (bonnes, s'il vous plaît), on a, jusqu'à une époque récente, distingué les tâches en fonction d'un ordre sexué: la plupart des femmes politiques ont occupé des postes qui s'accordaient à leur « nature » - petite enfance, temps libre, famille, santé ou éducation... Pas facile pour les hommes, déjà assez nombreux entre eux à briguer le pouvoir, de se donner plus de rivaux encore !

Mais si les chiffres et les travaux des spécialistes du terrain politique nous apprennent qu'il n'est toujours pas facile aujourd'hui pour les femmes de se hisser aux postes de commandement, on constate que les mentalités ont bougé ces toutes dernières années: une femme a été présente au second tour des élections présidentielles, tandis que d'autres sont ministres des Armées ou de l'Économie.

Restent de fâcheux clichés (les femmes politiques sont souvent ramenées à des figures stéréotypées, courtisanes, femmes – trop – autoritaires ou mamans protectrices) et pas seulement chez les misogynes. Ceux qui soutiennent l'idée de parité politique sont parfois les premiers à affirmer que la pratique du pouvoir par les femmes est différente, et souvent les femmes politiques elles-mêmes prétendent diriger autrement. [...]

Je ne pense pas que les femmes puissent transformer la pratique du pouvoir. D'abord parce que je ne crois guère que ces qualités pour l'instant spécifiquement féminines soient si nombreuses et décisives (sauf à nous considérer comme d'éternelles mères solidaires et attentives), et ensuite parce que le monde violemment concurrentiel de la politique obéit à des règles auxquelles on est bien forcé de se plier avant d'essayer, éventuellement, de les changer de l'intérieur (toujours: il faut aller dans l'arène, car c'est la seule manière digne de vivre). Deuxièmement, comme j'ai toujours cru que, quand on était mécontent de sa situation, il fallait commencer par chercher le responsable dans son miroir et pas seulement à l'extérieur de soi, demandons-nous si nous avons tellement envie de ce pouvoir. Je suis toujours frappée, quand je participe aux comités de rédaction de revues, aux réunions littéraires, à d'éventuelles réunions politiques, de voir combien peu nombreuses y sont les femmes. Il existe, je ne l'ignore pas, un sentiment d'imposture 2 spécifiquement féminin qui tient les femmes éloignées du pouvoir (de toutes sortes de pouvoirs) mais, que diable, il faut faire un effort au lieu de gémir. Les dernières statistiques nous enseignent que les filles obtiennent de meilleurs résultats tout au long de leurs études mais que seulement une petite part d'entre elles rejoint les grandes écoles et les filières élitistes: la faute à qui ? Comme on ne me fera pas croire que les enseignants feraient barrage aux filles, je suppose que la responsabilité de ces choix défavorables revient, aussi, un peu à elles-mêmes et à leurs parents. [...] Nous ne sommes plus tout à fait les pauvres victimes d'un système ancestral de domination, et notre marge de manœuvre est assez grande pour que nous ayons une bonne part de responsabilité dans l'allure de notre vie.

(787 mots)

1 extravagant: considérable, extrêmement important

2 imposture: illégitimité

Contraction

Vous résumerez ce texte en 201 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 181 et au plus 221 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

[10 points]

Énoncé: Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2023

Corrigé

Corrigé établi d’après les éléments de correction officiels

Vous résumerez ce texte en 201 mots.

Réponse : Historiquement, la place des femmes en politique ne va pas de soi. On s'est avisé récemment que la Révolution française, pourtant porteuse d'un projet d'émancipation universelle, a laissé dans l'ombre, a volontairement exclu, la moitié de l'humanité : elle a refusé tout droit politique aux femmes, prétextant leur supposée « nature », et les a réduites à un rôle subalterne sous la dépendance de l'homme, proclamé chef de famille. Cet état de fait explique, aujourd'hui encore, la persistance de solides préjugés : une femme se nomme plus volontiers qu'elle ne s'élit, car elle ne saurait prétendre à représenter l'humanité au même titre qu'un homme. À chaque genre, sa fonction et ses tâches spécifiques : les femmes de pouvoir ont été cantonnées à leurs « domaines réservés », évidemment définis par les seuls stéréotypes masculins, et jugés secondaires. Ainsi, les hommes ont évité une concurrence supplémentaire dans la lutte pour le pouvoir. Cependant, si les statistiques et les politologues confirment la difficulté des femmes à accéder aux plus hautes fonctions régaliennes, l'évolution des représentations a tout récemment permis des progrès incontestables. Les femmes de pouvoir sont souvent réduites à des archétypes dévalorisés, la séductrice, la virago, ou la mère, par les misogynes ; les partisans de l'égalité et les femmes politiques elles-mêmes, parfois, soutiennent que l'exercice du pouvoir par une femme est fondamentalement autre. Cette idée d'une pratique politique différente par les femmes est très incertaine : d'une part parce qu'elle exagère la portée et la réalité des qualités jugées spécifiquement féminines, d'autre part parce qu'elle occulte la brutalité inhérente à la conquête et à la conservation du pouvoir politique. Les femmes ne sont pas foncièrement différentes des hommes face à la politique et à ses lois. En outre, tenir les hommes pour seuls responsables de la situation faite aux femmes en matière de pouvoir est simpliste. Les femmes doivent aussi interroger leur propre motivation, et travailler sur le sentiment d'illégitimité qui les habite parfois, et limite souvent. On préférera le combat à la victimisation : les résultats scolaires des filles devraient leur ouvrir la porte des formations les plus prestigieuses. Or, ce n'est pas le cas. Il convient d'interroger leur propre responsabilité, et celle de leur famille. En somme, le système patriarcal, aujourd'hui partiellement déconstruit, n'interdit plus totalement le pouvoir aux femmes ; cette évolution les rend, davantage qu'autrefois, libres et responsables de leurs choix de vie. (201 mots)

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