Exercice 2 - Dissertation B · Bac Français (1ère) Antilles-Guyane remplacement 2023

Thème : Dissertation – Œuvres et parcours des programmes nationaux antérieurs · Tiré du sujet Remplacement (2023)

Énoncé

2- Dissertation (20 points)

Objet d'étude: La poésie du XIX e siècle au XXI e siècle

B. Œuvre: Baudelaire, Les Fleurs du Mal

Parcours: Alchimie poétique: la boue et l'or

Réfléchissant à l'acte poétique, un poète ayant connu Baudelaire déclare que « dans tous les contours qui frappent ses yeux, même les plus difformes, [le poète] puise et nourrit incessamment l'amour de la suprême beauté ». Dans quelle mesure cette analyse éclaire-t-elle votre lecture des Fleurs du Mal ?

Vous répondrez dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui sur l'œuvre de Baudelaire au programme, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé et sur votre culture littéraire.

Énoncé: Exercice 2 - Dissertation B · Bac Français (1ère) Antilles-Guyane remplacement 2023

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Dans quelle mesure cette analyse (« dans tous les contours qui frappent ses yeux, même les plus difformes, [le poète] puise et nourrit incessamment l'amour de la suprême beauté ») éclaire-t-elle votre lecture des Fleurs du Mal ?

Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de réponse : Introduction : - Accroche : Dans son projet d'épilogue pour la deuxième édition des *Fleurs du Mal* (1861), Baudelaire résume son dessein poétique : « Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or ». - Analyse du sujet : La citation met en lumière une tension fondamentale entre le réel le plus dégradé, laid ou monstrueux (« les contours [...] les plus difformes ») et l'idéal esthétique (« l'amour de la suprême beauté »). Le poète n'ignore pas la laideur : il s'en nourrit pour atteindre une beauté nouvelle. - Problématique : Comment la poétique baudelairienne parvient-elle à transfigurer la laideur du monde et la déchéance morale en une forme inédite et paradoxale de Beauté ? - Annonce du plan : 1. Le regard baudelairien confronté à la difformité du monde, de la ville et de l'homme. 2. L'alchimie poétique : la transfiguration esthétique de la laideur et de la boue en or poétique. 3. Une « suprême beauté » moderne, ambiguë et inséparable de la douleur et du mal. I. Une poésie ancrée dans le spectacle de la difformité et du péché : - *Laideur physique et décomposition :* Dans « Une charogne », le poète décrit crûment un cadavre en putréfaction sous un soleil torride, bravant les tabous de la poésie classique. - *La difformité urbaine et sociale :* Dans les « Tableaux parisiens » (« Les Sept Vieillards », « Les Petites Vieilles », « Le Cygne »), Baudelaire dépeint des êtres rabougris, grotesques et déchus au cœur d'un Paris moderne et aliénant. - *La misère spirituelle et le Spleen :* Les poèmes du « Spleen » peignent l'angoisse sous des formes visqueuses et étouffantes (chauve-souris, araignées, ciel lourd comme un couvercle). II. L'alchimie poétique : extraire la beauté du difforme : - *Le pouvoir de la forme :* Baudelaire utilise l'alexandrin rigoureux, la musicalité et des formes fixes comme le sonnet pour ordonner le chaos du monde (« La Beauté », « Hymne à la Beauté »). - *La transfiguration par la mémoire et l'art :* Dans « Une charogne », la carcasse devient musique (« Tout cela descendait, montait comme une vague ») et l'art immortalise la forme divine au-delà de la mort physique (« J'ai gardé la forme et l'essence divine / De mes amours décomposés ! »). - *La compassion et le sublime du grotesque :* Dans « Les Petites Vieilles », le poète contemple ces « monstres » avec une infinie tendresse et y décèle des trésors d'héroïsme et d'humanité. III. Une Beauté nouvelle, vénéneuse et moderne, mais une quête jamais achevée : - *Le dépassement de l'Idéal classique :* La beauté baudelairienne n'est plus harmonieuse et apaisée ; elle est bizarre, inquiétante, née de la contradiction entre Spleen et Idéal (« Le beau est toujours bizarre »). L'« Hymne à la Beauté » la dit venue « du ciel profond ou de l'abîme ». - *Les limites de l'alchimie :* L'opération peut échouer ou s'inverser. Dans « Alchimie de la douleur », le poète se dit « Midas, le plus triste des alchimistes », qui change « l'or en fer ». Le Spleen menace sans cesse de l'emporter sur l'Idéal. - *Le salut par l'Inconnu :* Face à la persistance du Mal et de l'ennui, la quête de la suprême beauté conduit jusqu'à l'extrême limite, la Mort, conçue comme voyage ultime : « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? / Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! » (« Le Voyage »). Conclusion : - Bilan : La citation éclaire largement *Les Fleurs du Mal*. Baudelaire puise dans le difforme, le laid et le mal la matière d'une beauté nouvelle, conformément à l'idéal alchimique de la boue changée en or. - Nuance : Cette transmutation reste fragile, toujours menacée par le Spleen. La « suprême beauté » est moins une possession qu'une quête douloureuse et inachevée. - Ouverture : Cette esthétique ouvre la voie à la modernité poétique : Rimbaud et son « alchimie du verbe », ou Apollinaire et Ponge, qui font eux aussi poésie des objets les plus humbles.

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