Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Antilles-Guyane session normale 2025
Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2025)
Énoncé
1- Commentaire (20 points)
Objet d’étude: La poésie du XIX e siècle au XXI e siècle
Vous ferez le commentaire du poème « Spleen » de Jules Laforgue (1880).
Jules Laforgue, Premiers poèmes (1880)
SPLEEN 1
Tout m'ennuie aujourd'hui. J'écarte mon rideau.
En haut ciel gris rayé d'une éternelle pluie,
En bas la rue où dans une brume de suie 2
Des ombres vont, glissant parmi les flaques d'eau.
5 Je regarde sans voir fouillant mon vieux cerveau,
Et machinalement sur la vitre ternie
Je fais du bout du doigt de la calligraphie.
Bah ! sortons, je verrai peut-être du nouveau.
Pas de livres parus. Passants bêtes. Personne.
10 Des fiacres 3, de la boue, et l'averse toujours...
Puis le soir et le gaz 4 et je rentre à pas lourds...
Je mange, et bâille, et lis, rien ne me passionne...
Bah ! Couchons-nous. – Minuit. Une heure. Ah ! chacun dort !
Seul, je ne puis dormir et je m'ennuie encor 5.
7 novembre 1880.
1. spleen: chez le poète Baudelaire (1821-1867), le terme désigne la mélancolie, l'ennui, une vague tristesse.
2. suie: matière noire et épaisse que la fumée dépose là où elle passe.
3. fiacre: voiture à cheval.
4. gaz: à l'époque, l'éclairage public fonctionnait au gaz.
5. encor: forme poétique pour « encore ».

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous ferez le commentaire du poème « Spleen » de Jules Laforgue (1880).
Réponse : Proposition d'organisation du commentaire composé : ### Introduction - Accroche : Jules Laforgue (1860-1887), poète de la fin du XIXᵉ siècle proche du symbolisme et de l'esprit « décadent », hérite de Baudelaire tout en renouvelant l'expression poétique par l'ironie et la familiarité. - Présentation du texte : Daté du 7 novembre 1880 et extrait des *Premiers poèmes*, ce sonnet en alexandrins (deux quatrains, deux tercets) porte le titre « Spleen », hommage direct aux *Fleurs du Mal*. - Problématique : Comment Laforgue réinvente-t-il le spleen baudelairien en traduisant l'ennui existentiel à travers la grisaille du quotidien et une tonalité faussement désinvolte ? - Annonce du plan : I. Le récit d'une journée vide. II. Un paysage urbain dégradé, miroir du néant intérieur. III. Une écriture moderne du désenchantement. ### Axe I – Le récit d'une journée vide : la temporalité circulaire de l'ennui 1. Une chronologie minutieuse mais stérile : le poème suit une journée entière. On passe du matin (« aujourd'hui », « J'écarte mon rideau ») à la sortie (« sortons »), puis au soir (« le soir et le gaz »), au dîner (« Je mange, et bâille, et lis »), au coucher et enfin à l'insomnie (« Minuit. Une heure. »). Aucun événement ne survient et les gestes restent mécaniques (« machinalement », « à pas lourds »). 2. Une syntaxe hachée : les phrases nominales juxtaposées (« Pas de livres parus. Passants bêtes. Personne. ») traduisent le vide. La polysyndète (« et bâille, et lis », « le soir et le gaz et je rentre ») mime l'étirement du temps, et les points de suspension marquent l'enlisement. 3. Une structure circulaire : le premier vers (« Tout m'ennuie aujourd'hui ») fait écho au dernier (« je m'ennuie encor »). L'adverbe « encor », placé à la rime finale, enferme le sujet dans la répétition. ### Axe II – Un paysage urbain dégradé, miroir du néant intérieur 1. La grisaille de la ville moderne : le sujet est cloîtré derrière le rideau et la « vitre ternie ». Dehors, l'atmosphère est sale et délétère (« brume de suie », « flaques d'eau », « boue », « l'averse toujours »). Le « ciel gris rayé d'une éternelle pluie » rappelle le « ciel bas et lourd » et les barreaux de pluie du « Spleen » de Baudelaire. 2. Un monde déshumanisé : les hommes sont réduits à des « ombres » qui glissent, puis jugés avec mépris (« Passants bêtes ») et enfin niés (« Personne »). La ville moderne (fiacres, éclairage au gaz) n'offre aucune nouveauté. 3. Le paysage état d'âme : le « vieux cerveau » qu'on fouille sans rien trouver répond au ciel gris. Le regard est vide (« Je regarde sans voir ») et la « calligraphie » tracée sur la buée n'est qu'une écriture dérisoire et sans contenu. ### Axe III – Une esthétique moderne du désenchantement 1. Un registre familier et prosaïque : l'interjection « Bah ! » revient deux fois, et le texte use d'un lexique banal (« Je mange, et bâille »). Un sonnet en alexandrins accueille ainsi un quotidien trivial : le décalage entre forme noble et contenu prosaïque crée la dérision. 2. L'autodérision et l'échec de l'espoir : « je verrai peut-être du nouveau » est aussitôt démenti par le premier tercet. L'ironie désamorce le pathétique romantique. 3. Une solitude tragique : le dernier vers bascule vers la gravité. Le contraste « chacun dort » / « Seul, je ne puis dormir » isole le poète, et le rejet de « Seul » en tête de vers ainsi que l'insomnie font de l'ennui une condition existentielle sans issue. ### Conclusion Laforgue reprend le thème baudelairien du spleen mais le transpose dans un quotidien banal, avec un ton ironique et familier qui annonce la modernité poétique (*Les Complaintes*, le vers libre). On peut ouvrir sur Baudelaire (« Spleen » LXXVIII) ou sur Verlaine (« Il pleure dans mon cœur »).
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