Exercice 1- Commentaire · Bac Français (1ère) Antilles-Guyane remplacement 2022
Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2022)
Énoncé
1- Commentaire (20 points)
Objet d'étude: La poésie du XIX e siècle au XXI e siècle
Marceline Desbordes-Valmore, Poésies (1830)
Chant d'une jeune esclave
Il est un bosquet sombre où se cache la rose,
Et le doux rossignol y va souvent gémir;
Il est un fleuve pur dont le cristal l'arrose:
Ce fleuve, on l'a nommé le Calme Bendemir 1.
5 Dans ma rêveuse enfance, où mon cœur se replonge,
Lorsque je ressemblais au mobile roseau,
En glissant sous les fleurs comme au travers d'un songe,
J'écoutais l'eau fuyante et les chants de l'oiseau.
Je n'ai pas oublié cette musique tendre,
10 Qui remplissait les airs d'un murmure enchanté;
Dans ma chaîne 2 souvent il m'a semblé l'entendre:
J'ai dit: le rossignol là-bas a-t-il chanté ?
Penchent-elles encor leurs têtes couronnées,
Ces belles fleurs dans l'eau que j'écoutais gémir ?
15 Non, elles étaient fleurs; le temps les a fanées,
Et leur chute a troublé le Calme Bendemir.
Mais lorsqu'elles brillaient dans l'éclat de leurs charmes,
Avant de s'effeuiller sur l'humide tombeau 3,
On puisa dans leur sein ces odorantes larmes 4,
20 Qui rappellent l'été dont le règne est si beau !
Ainsi le souvenir rend à mes rêveries
Les chants du rossignol que j'écoutais gémir;
Et ma chaîne s'étend jusqu'aux rives fleuries
Où je crois voir couler le Calme Bendemir.
1. Bendemir: fleuve de Perse, situé dans l'actuel Iran.
2. « dans ma chaîne »: dans ma situation d'esclave.
3. « L'humide tombeau » désigne le fleuve Bendemir.
4. La culture des roses pour leur parfum est une tradition ancestrale.
Vous ferez le commentaire de ce texte poétique en organisant votre réflexion selon des axes de lecture pertinents.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Commentaire du poème « Chant d'une jeune esclave » de Marceline Desbordes-Valmore
Réponse : Proposition d'organisation du commentaire : Introduction : - Accroche : Marceline Desbordes-Valmore, figure majeure du romantisme, explore l'expression des sentiments intimes, la mémoire et la douleur de l'exil. - Présentation du poème : « Chant d'une jeune esclave », paru dans les *Poésies* (1830), donne la parole à une captive. Elle évoque avec nostalgie son enfance passée sur les rives du fleuve persan Bendemir. Le poème compte six quatrains d'alexandrins à rimes croisées. - Problématique : Comment ce chant élégiaque parvient-il, par la force du souvenir poétique, à transcender la condition douloureuse de l'esclavage ? - Annonce du plan : 1. L'évocation nostalgique d'un Éden perdu. 2. L'épreuve de la captivité et la mélancolie du temps qui passe. 3. Le pouvoir libérateur de la mémoire et du chant poétique. --- Axe 1 : L'évocation d'un Éden perdu : un tableau orientalisant et harmonieux - Un cadre exotique et féerique : - Le poème mobilise des topoï orientaux : la rose, le rossignol, le « Calme Bendemir ». - L'anaphore « Il est un… » (v. 1 et 3) installe un lieu presque légendaire, hors du temps. - La nature y est douce et pure : « doux rossignol », « fleuve pur », « cristal ». - L'harmonie de l'enfance : - La « rêveuse enfance » est vécue « comme au travers d'un songe ». - La comparaison avec le « mobile roseau » traduit la souplesse, l'innocence et la fusion avec la nature (« glissant sous les fleurs »). - Un univers sensoriel et musical : - Les sons dominent : « eau fuyante », « chants de l'oiseau », « musique tendre », « murmure enchanté ». - Ils s'associent aux impressions visuelles : « cristal », « éclat » des fleurs. - La fluidité des alexandrins et les sonorités douces (allitérations en [m], [l]) créent une musicalité berceuse. --- Axe 2 : La douleur de l'exil et le sentiment de la fuite du temps - La rupture de la servitude : - « Dans ma chaîne » (v. 11) tranche avec l'univers enchanteur, et le motif revient au v. 23 (« ma chaîne s'étend »). - L'esclavage est suggéré avec pudeur, par métonymie. - Une antithèse forte oppose l'immobilité de la captive à la liberté fluide de son passé. - L'illusion et le doute : - La question « le rossignol là-bas a-t-il chanté ? » (v. 12) dit la distance spatiale (« là-bas ») et le caractère incertain du souvenir (« il m'a semblé »). - L'interrogation des v. 13-14 reçoit une réponse brutale : « Non, elles étaient fleurs ». - Le motif élégiaque de la dégradation : - Le vocabulaire de la mort domine : « le temps les a fanées », « chute », « s'effeuiller sur l'humide tombeau ». - La fin des fleurs fait écho à la perte de la jeunesse et de la liberté. - Le « Calme Bendemir » est « troublé » (v. 16) : même le paradis est atteint. - Le chant comme plainte : - Le verbe « gémir » revient à la rime (v. 2, 14, 22). - Il instaure une lamentation partagée entre la nature et la locutrice. --- Axe 3 : La transfiguration par le souvenir et la puissance de la poésie - La permanence de l'essence : - Malgré la destruction des roses, leur parfum subsiste : « On puisa dans leur sein ces odorantes larmes ». - Ces « larmes » sont le parfum distillé ; la métaphore unit douleur et beauté. - Ce parfum « rappelle l'été dont le règne est si beau ». - Le souvenir agit de même : il distille la souffrance en beauté. - L'illusion salvatrice du souvenir : - Le connecteur conclusif « Ainsi » (v. 21) fait de la mémoire une force active : « le souvenir rend à mes rêveries / Les chants du rossignol ». - L'image paradoxale « ma chaîne s'étend jusqu'aux rives fleuries » transforme le lien de servitude en lien imaginaire avec la patrie perdue. - « Je crois voir » montre que l'imagination abolit la distance. - Le poème comme chant : - Le titre « Chant » et les reprises en refrain (« Calme Bendemir » à la rime des v. 4, 16 et 24, « gémir ») donnent au texte la forme d'une romance. - La captive devient elle-même rossignol : la poésie est un espace de liberté intérieure. --- Conclusion : - Bilan : Desbordes-Valmore compose une élégie romantique où l'orientalisme sert l'expression d'une douleur intime. - Mouvement du poème : Le paradis de l'enfance est perdu, le temps fane les fleurs, la chaîne retient la captive. Pourtant, la mémoire et le chant restituent ce que la réalité a détruit. - Ouverture : On peut rapprocher ce poème des « Souvenirs » de Nerval ou de « Parfum exotique » de Baudelaire, où l'odeur et la rêverie font ressurgir un ailleurs idéal.
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