Épreuve composée - Troisième partie · Bac Sciences Économiques et Sociales Amérique du Nord 2023 (jour 2)

Thème : La lutte contre le chômage · Tiré du sujet Jour 2 (2023)

Énoncé

Troisième partie: Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire

[10 points]

Cette partie comporte trois documents.

Sujet: À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les institutions ont des effets positifs et négatifs sur le chômage structurel.

Document 1

Note: L'indice OCDE de protection de l'emploi mesure les procédures et les coûts qu'impliquent le licenciement et le recrutement de travailleurs. Il varie de 0 à 6 (6 étant le plus haut niveau de protection).

Document 2

Quand on introduit ou augmente le salaire minimum, [...] certaines entreprises embaucheront moins qu'elles ne l'auraient fait (ou suppriment des emplois) - c'est en quelque sorte l'effet direct coût du travail [...].

Des études [...] qui ont analysé de façon approfondie une grande chaîne de distribution, ont pu déceler dans certains cas un effet positif des hausses du salaire minimum en termes d'incitation, ce qui renvoie au mécanisme de « salaire d'efficience » selon lequel le salaire peut avoir un effet positif sur la productivité. Mais les entreprises peuvent aussi essayer d'accroître la productivité face à une augmentation du salaire minimum simplement en exigeant davantage de leurs salariés: en intensifiant le travail (accroissement des cadences, réduction des temps de pause), en fixant des objectifs plus exigeants, etc. C'est ce que constatent par exemple les auteurs d'une étude comparative de l'impact du salaire minimum dans les fast-foods en Alabama et en Géorgie.

De façon plus positive, une augmentation du salaire minimum peut inciter les entreprises à accroître la productivité de leurs salariés en les formant davantage. Cela suppose que les entreprises n'essaient pas de compenser une hausse du salaire minimum par des baisses de dépense de formation.

Source: Jérôme GAUTIÉ, Le salaire minimum et l'emploi, 2020.

Document 3

Compte tenu du fait que la mobilité est particulièrement basse chez les femmes avec enfants, il nous semble qu'une piste intéressante consisterait à renforcer les aides à la garde d'enfants. [...] Des partenariats avec des haltes-garderies où un parent aurait la possibilité de déposer son enfant le temps d'aller passer un entretien d'embauche pourraient constituer une solution d'urgence décisive pour l'avenir professionnel du parent [...].

Les analyses des zones franches urbaines (ZFU) françaises suggèrent aussi une efficacité limitée des politiques de l'emploi très géographiquement ciblées. Les ZFU ont été créées en 1996. Ce sont des zones où se concentrent les problèmes de pauvreté et de chômage et dans lesquelles les entreprises de moins de 50 employés bénéficient pendant au moins cinq ans d'exemptions 1 fiscales et d'exonérations de cotisations sociales. Ces incitations ont eu un effet globalement positif sur l'emploi local grâce à l'implantation de nouvelles entreprises, mais, dans les zones voisines, l'emploi a diminué [...].

Les politiques locales d'incitation fiscale à la création d'emplois gagneraient probablement à être couplées à des programmes de formation intensive des chômeurs locaux.

Source: Alexandra ROULET, Améliorer les appariements sur le marché du travail, 2018.

1 Dispenses de payer des impôts.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les institutions ont des effets positifs et négatifs sur le chômage structurel.

Réponse : Introduction : Le chômage structurel est la composante du chômage qui ne dépend pas de la conjoncture. Il tient au fonctionnement durable du marché du travail : inadéquation des qualifications ou géographique, coût du travail, appariement difficile. Les institutions du marché du travail (protection de l'emploi, salaire minimum, politiques de l'emploi) en encadrent le fonctionnement. Elles peuvent réduire ce chômage, mais aussi l'accroître. Nous verrons d'abord leurs effets positifs, puis leurs effets négatifs. I. Les institutions peuvent réduire le chômage structurel 1) Salaire minimum et salaire d'efficience (document 2) : une hausse du salaire minimum peut accroître l'effort et la productivité des salariés et réduire le turnover. Le coût salarial supplémentaire est alors compensé, sans destruction d'emplois. 2) Salaire minimum et formation (document 2) : une hausse du salaire minimum peut inciter les entreprises à former davantage leurs salariés. Cela améliore leur employabilité et réduit l'inadéquation des qualifications. 3) Politiques de l'emploi favorisant l'appariement (document 3) : les aides à la garde d'enfants accroissent la mobilité et la disponibilité des femmes avec enfants. Les haltes-garderies pour se rendre à un entretien d'embauche vont dans le même sens. Les ZFU, avec leurs exonérations fiscales et sociales, ont eu un effet globalement positif sur l'emploi local grâce à l'implantation d'entreprises. Plus largement (connaissances), les politiques actives (formation, accompagnement des chômeurs par France Travail) réduisent les frictions et le chômage d'inadéquation. Une protection de l'emploi modérée peut aussi encourager l'investissement en capital humain spécifique. II. Mais les institutions peuvent aussi accroître le chômage structurel 1) Protection de l'emploi (document 1) : sur 2002-2016, on observe une corrélation positive entre l'indice OCDE de protection de l'emploi et le taux de chômage. Le Portugal a l'indice le plus élevé (environ 4,2) et un chômage d'environ 11 %. Les États-Unis ont un indice d'environ 0,3 et un chômage d'environ 6,5 %. Selon l'analyse libérale, des coûts de licenciement élevés dissuadent les embauches et favorisent la segmentation entre insiders et outsiders. Ce lien reste toutefois fragile. Le Danemark (indice ≈ 2,2, chômage ≈ 4 %) a une protection proche de celle de l'Espagne (≈ 2,3, chômage ≈ 16 %). De plus, une corrélation ne prouve pas une causalité. 2) Salaire minimum (document 2) : par l'effet direct « coût du travail », certaines entreprises embauchent moins ou suppriment des emplois. Cela touche surtout les moins qualifiés, dont la productivité peut être inférieure au salaire minimum. Les entreprises peuvent aussi intensifier le travail ou réduire leurs dépenses de formation, ce qui annule les effets positifs. 3) Limites des politiques ciblées (document 3) : les ZFU ont fait baisser l'emploi dans les zones voisines. Il y a donc un effet de déplacement (et des effets d'aubaine) plutôt qu'une baisse globale du chômage structurel, sauf si ces politiques sont couplées à une formation intensive des chômeurs locaux. Conclusion : Les institutions du marché du travail ont des effets ambivalents sur le chômage structurel. Elles peuvent améliorer la productivité, les qualifications et l'appariement. Elles peuvent aussi renchérir le coût du travail, freiner les embauches ou déplacer l'emploi. Leur effet dépend de leur niveau et de leur articulation, comme le montre l'exemple de la flexicurité danoise, qui combine flexibilité, indemnisation et politiques actives.

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