Épreuve composée - Troisième partie · Bac Sciences Économiques et Sociales Amérique du Nord 2023 (jour 1)

Thème : La lutte contre le chômage · Tiré du sujet Jour 1 (2023)

Énoncé

Troisième partie: Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire

[10 points]

Cette partie comporte trois documents.

Sujet: À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le chômage structurel a plusieurs origines.

DOCUMENT 1 — Top 10 des projets de recrutement par métier en 2022 et difficultés à recruter

Métier · Projets de recrutement · Difficultés à recruter

Viticulteurs, arboriculteurs salariés · 129 700 · 45,8 %

Serveurs de cafés restaurants · 115 980 · 63,7 %

Agents d'entretien de locaux · 111 930 · 53,2 %

Aides et apprentis de cuisine, employés polyvalents de la restauration · 102 990 · 58,0 %

Agriculteurs salariés · 88 050 · 51,6 %

Aides-soignants · 87 040 · 74,4 %

Aides à domicile et aides ménagères · 84 700 · 84,8 %

Professionnels de l'animation socioculturelle · 81 530 · 51,8 %

Ouvriers non qualifiés de l'emballage et manutentionnaires · 79 870 · 47,4 %

Employés de libre-service · 69 060 · 42,9 %

Source: Enquête Besoins en Main-d'œuvre, Pôle emploi, 2022.

Lecture: En 2022, parmi les 129 700 projets de recrutement de viticulteurs, d'arboriculteurs salariés, 45,80 % d'entre eux sont exposés à des difficultés de recrutement.

DOCUMENT 2

Lorsqu'un employeur à la recherche de personnes aptes à occuper un poste donné reçoit plusieurs candidatures, un problème se pose à lui: lequel, parmi tous les candidats, est le salarié le plus productif ? Il n'est en effet pas toujours évident de distinguer la productivité des candidats et il se peut que l'employeur embauche finalement le moins productif des candidats qui se présentent à lui. Supposons cependant qu'il arrive à déterminer lequel est le plus productif et qu'il décide de l'embaucher, un autre problème se présentera alors: il se peut, une fois embauché, que l'employé soit un « tire-au-flanc » et finisse par adopter un faible niveau d'effort. Mettre fin à l'existence de ce type de comportement nécessiterait que l'employeur puisse contrôler le niveau d'effort de sa main-d'œuvre; mais cette opération peut se révéler coûteuse.

Si l'employeur se heurte à ces deux écueils, c'est à cause de l'existence d'asymétries d'informations [...]. Une solution à ces difficultés est trouvée dans le concept de salaire d'efficience [...]. L'introduction d'une augmentation de salaire peut permettre à l'employeur d'augmenter la productivité de la main-d'œuvre tout en réduisant les coûts liés à la rotation de celle-ci (coûts de licenciement, coûts de recherche d'une autre personne pour occuper le poste, etc.). Cette notion est importante, notamment parce qu'elle permet de comprendre en quoi le salaire peut être durablement au-dessus de son niveau d'équilibre, c'est-à-dire le niveau pour lequel on a une égalisation de l'offre et de la demande de travail et donc plein-emploi.

Source: Raphaël MARTIN, www.partageonsleco.com, 30 juin 2020.

DOCUMENT 3 — Part des entreprises citant chaque barrière à l'embauche au deuxième trimestre 2019 (en %)

· Industrie · Bâtiment · Services

Compétence indisponible · 36 · 55 · 29

Coûts liés à l'emploi · 15 · 32 · 15

— Coûts de recrutement · 5 · 11 · 4

— Cotisations sociales trop élevées · 11 · 23 · 11

— Niveau des salaires trop élevé · 6 · 12 · 5

Réglementation · 11 · 19 · 8

— Coûts de licenciement · 5 · 11 · 4

— Risques juridiques associés au licenciement · 7 · 13 · 5

— Pérennité de la législation du travail · 6 · 10 · 4

Note: une même entreprise peut signaler plusieurs types de barrières à l'embauche.

Source: Note de conjoncture, INSEE, juin 2019.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le chômage structurel a plusieurs origines.

Réponse : Introduction Le chômage structurel est la part du chômage qui ne dépend pas des fluctuations de la conjoncture. Il résulte de déséquilibres durables sur le marché du travail. Contrairement au chômage conjoncturel, il ne se résorbe pas avec la reprise de l'activité, car il tient à des caractéristiques structurelles de l'économie. Nous montrerons qu'il a plusieurs origines : l'inadéquation entre offre et demande de travail, les asymétries d'information qui conduisent à des salaires d'efficience, et enfin le coût du travail et les rigidités réglementaires. 1. Une inadéquation entre les qualifications offertes et demandées (documents 1 et 3) Le document 1 montre que de nombreux projets de recrutement rencontrent des difficultés, alors même que le chômage persiste. En 2022, 84,8 % des projets de recrutement d'aides à domicile et 74,4 % de ceux d'aides-soignants sont jugés difficiles. C'est aussi le cas de 63,7 % des projets de recrutement de serveurs de cafés-restaurants. Le document 3 le confirme : en 2019, 55 % des entreprises du bâtiment, 36 % de celles de l'industrie et 29 % de celles des services citent l'indisponibilité des compétences comme barrière à l'embauche. Postes vacants et chômeurs coexistent donc. Cela s'explique d'abord par une inadéquation qualitative : les chômeurs n'ont pas les qualifications requises. L'inadéquation peut aussi être géographique, faute de mobilité. Enfin, certains métiers sont peu attractifs, avec des conditions de travail pénibles et des salaires faibles. Ce chômage d'inadéquation (mismatch), auquel s'ajoute le chômage frictionnel lié au temps de recherche, est structurel : il persiste même quand la demande de travail est forte. 2. Des asymétries d'information qui conduisent à des salaires d'efficience (document 2) L'employeur ne connaît pas parfaitement la productivité des candidats avant l'embauche, ce qui crée un risque de sélection adverse. Il ne connaît pas non plus l'effort fourni une fois le salarié en poste, ce qui crée un risque d'aléa moral : le salarié peut se comporter en « tire-au-flanc ». Or contrôler cet effort est coûteux. L'employeur peut alors verser un salaire d'efficience, supérieur au salaire d'équilibre. Ce salaire attire les plus productifs, incite à l'effort et réduit les coûts de rotation de la main-d'œuvre. Mais le salaire se fixe alors durablement au-dessus du niveau qui égalise l'offre et la demande de travail. L'offre de travail excède la demande, ce qui engendre un chômage involontaire et persistant, donc structurel. 3. Le coût du travail et les rigidités réglementaires (document 3) Certaines entreprises renoncent à embaucher en raison des coûts liés à l'emploi. Ces coûts sont cités par 32 % des entreprises du bâtiment et par 15 % de celles de l'industrie et des services. Les cotisations sociales jugées trop élevées sont citées par 23 % des entreprises du bâtiment et 11 % de celles de l'industrie et des services. Le niveau des salaires est cité par 12 % des entreprises du bâtiment. Lorsque le coût du travail dépasse la productivité des moins qualifiés, ces derniers sont exclus de l'emploi. C'est le cas notamment avec le salaire minimum et les cotisations sociales. La réglementation constitue un autre frein, citée par 19 % des entreprises du bâtiment, 11 % de celles de l'industrie et 8 % de celles des services. Elle recouvre les coûts de licenciement, les risques juridiques et l'incertitude sur la pérennité de la législation. La protection de l'emploi rend les ajustements coûteux, ce qui incite les entreprises à limiter leurs embauches. Ces rigidités institutionnelles contribuent elles aussi au chômage structurel. Conclusion Le chômage structurel a donc plusieurs origines : - l'inadéquation entre les qualifications, les métiers et les territoires de l'offre et de la demande de travail ; - les asymétries d'information, qui justifient des salaires d'efficience supérieurs au salaire d'équilibre ; - un coût du travail et une réglementation jugés trop élevés ou contraignants par les entreprises. C'est pourquoi les politiques de lutte contre ce chômage sont elles aussi structurelles : politiques de formation, baisse ciblée du coût du travail et réformes de la réglementation du marché du travail.

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