Exercice Deuxième partie · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Amérique du Nord 2025 (jour 2)
Thème : Histoire et violence · Tiré du sujet Jour 2 (2025)
Énoncé
Le dernier volume de la trilogie Auschwitz et après, écrit en 1970, évoque le retour des survivantes et des survivants des camps, dont l'autrice Charlotte Delbo a fait partie.
Rentrer du camp rentrer dans le rang
après l'histoire
le tous les jours
après le maquis (1)
5 le traintrain de la vie.
Nous disions
que la vie sera belle quand elle sera libre
que la vie sera ardente quand nous serons libres
tout sera simple
10 transparent
tout nous sera rendu avec la liberté
la beauté l'amour l'amitié
tout
la liberté
15 c'est tout
il n'y aura qu'à vivre
quoi de plus simple
de plus facile
à celui qui sait souffrir
20 à celui qui sait mourir ?
Rentrer
Qui de nous osait penser plus loin ?
Rentrer
c'était déjà demander l'impossible
25 c'était tout demander
oserait-on demander davantage ?
Rentrer
tout nous serait rendu.
Revenir, ce n'est pas tout
30 c'est revenir pour se remettre à vivre
à vivre le tous les jours
à travailler et à faire des dettes
à faire des économies pour payer ses dettes
à vendre du savon
35 parce qu'on ne sait pas faire autre chose
à retourner au bureau
parce qu'on ne sait pas faire autre chose
dans la vie de tous les jours
à chercher un logement
40 parce qu'on ne peut pas vivre autrement
à être à l'heure
parce qu'au travail il faut être à l'heure.
...
De quoi vous plaignez-vous
45 la vie c'est la vie
de quoi rêviez-vous dans votre là-bas ?
De manger à votre faim
de dormir à votre sommeil
d'aimer à votre amour
50 À manger à dormir à aimer
vous l'avez
depuis que vous êtes rentrés.
L'histoire
c'est fini
55 soyez heureux comme tout le monde
l'histoire
c'est un moment
maintenant
c'est la vie.
60 Et pourquoi donc vouliez-vous revenir ?
Sortir de l'histoire
pour entrer dans la vie
essayez donc vous autres et vous verrez.
Charlotte DELBO, Mesure de nos jours (1971)
(1) Maquis: lieu où se réunissaient les résistants à l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.
Deuxième partie: essai philosophique
Suffit-il de ne plus subir la violence pour y échapper ?

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Suffit-il de ne plus subir la violence pour y échapper ?
Réponse : Pistes de problématisation et plan dialectique possible : Introduction : - Définition des termes : « subir la violence » renvoie à l'agression directe, matérielle ou institutionnelle ; « y échapper » suppose une véritable libération, un retour à l'autonomie et à l'intégrité de soi. - Problématique : La fin de l'agression extérieure met-elle un terme à son emprise, ou la violence continue-t-elle de hanter le sujet sous la forme du traumatisme, de la mémoire blessée et de l'aliénation ? I. En première approche, la cessation de la violence semble être la condition nécessaire et première de la libération - L'arrêt de la contrainte physique et de la menace vitale permet le rétablissement de la sécurité juridique et matérielle (Hobbes, la sortie de l'état de guerre). - Retrouver la liberté d'action, les besoins fondamentaux (se nourrir, dormir, circuler sans crainte) constitue le premier seuil indispensable pour réintégrer la communauté humaine. II. Cependant, la violence survit intérieurement à son interruption matérielle - La permanence du traumatisme psychique : comme en témoigne Charlotte Delbo (ou Primo Levi dans *Les Naufragés et les rescapés*), l'expérience de la déshumanisation altère le rapport au monde. La mémoire maintient vivante la destruction subie. - La culpabilité du survivant et la perte des repères du quotidien : le monde ordinaire (« vendre du savon », « être à l'heure ») paraît absurde ou inauthentique après l'effondrement éthique vécu. - La violence invisible et structurelle : ne plus subir une violence ouverte n'exclut pas d'être assujetti à des violences économiques, sociales ou symboliques insidieuses. III. Dès lors, échapper à la violence exige un travail actif de reconstruction éthique, politique et narrative - Le travail de la parole et de la transmission (Ricœur, *La mémoire, l'histoire, l'oubli*) : pour échapper à la répétition mortifère du traumatisme, le sujet doit pouvoir mettre en récit son épreuve et trouver une écoute dans la communauté. - La reconnaissance et la justice : l'institution d'un cadre juridique et réparateur est indispensable pour que la violence ne reste pas une blessure solitaire mais trouve une signification collective. Conclusion : Ne plus subir la violence n'en est qu'une cessation négative ; pour y échapper véritablement, une reconquête positive de son existence et de son humanité est nécessaire.
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