Sujet 2 · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Amérique du Nord 2021 (jour 1)
Thème : Histoire et violence · Tiré du sujet Jour 1 (2021)
Énoncé
SUJET 2
Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées.
L'humanité en question; entrée: Histoire et violence
Parler de la Shoah, et comment; ou bien ne pas en parler, et pourquoi ? Éternelle question. Le romancier israélien Aharon Appelfeld a écrit plusieurs livres superbes, notamment Histoire d'une vie, où il raconte son évasion du camp, alors qu'il a dix ans, et ses trois ans de cache dans la forêt ukrainienne. Il vient de publier trois discours prononcés en Israël. C'est un livre bouleversant dans lequel il analyse la Shoah en expliquant que ceux qui en ont été les victimes ne s'en sortent jamais. À sa lecture, je me suis rendu compte qu'au fond nous aurons toujours vécu avec cela. Certains répugnent à l'évoquer. D'autres ont besoin d'en parler. Mais tous vivent avec.
Appelfeld énonce les raisons pour lesquelles on ne peut plus s'en détacher. Elles sont terribles, et marquent la différence de nature avec la situation des résistants. Eux sont dans la position des héros, leur combat les couvre d'une gloire qu'accroît encore l'emprisonnement dont ils l'ont payée; ils avaient choisi leur destin. Mais nous, nous n'avions rien choisi. Nous n'étions que des victimes honteuses, des animaux tatoués. Il nous faut donc vivre avec ça, et que les autres l'acceptent.
Tout ce qu'on peut dire, écrire, filmer sur l'Holocauste n'exorcise rien. La Shoah est omniprésente. Rien ne s'efface; les convois, le travail, l'enfermement, les baraques, la maladie, le froid, le manque de sommeil, la faim, les humiliations, l'avilissement, les coups, les cris… non, rien ne peut ni ne doit être oublié. Mais au-delà de ces horreurs, seuls importent les morts. La chambre à gaz pour les enfants, les femmes, les vieillards, pour ceux qui attrapent la gale, qui clopinent, qui ont mauvaise mine; et pour les autres, la mort lente. Deux mille cinq cents survivants sur soixante-dix-huit mille Juifs français déportés. Il n'y a que la Shoah. L'atmosphère de crématoire, de fumée et de puanteur de Birkenau, je ne l'oublierai jamais. Là-bas, dans les plaines allemandes et polonaises, s'étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence; c'est le poids effrayant du vide que l'oubli n'a pas le droit de combler, et que la mémoire des vivants habitera toujours.
Simone Veil, Une Vie, 2007
Première partie
Question d'interprétation littéraire:
De quelles manières Simone Veil fait-elle de la mémoire des vivants aussi une mémoire des morts ?
Deuxième partie
Essai philosophique:
Témoigner de la violence, est-ce un besoin ou un devoir ?
Pour construire votre réponse, vous vous référerez au texte ci-dessus, ainsi qu'aux lectures et connaissances, tant littéraires que philosophiques, acquises durant l'année.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
De quelles manières Simone Veil fait-elle de la mémoire des vivants aussi une mémoire des morts ?
Réponse : Simone Veil montre que la mémoire des vivants ne peut se construire qu'en intégrant celle des morts : elle insiste sur le fait que « rien ne s'efface » et que « seuls importent les morts », rappelant les chiffres précis des victimes (deux mille cinq cents survivants sur soixante-dix-huit mille déportés) pour leur rendre une présence et une identité. Elle oppose la mémoire des résistants, glorifiée, à celle, honteuse et silencieuse, des victimes de la Shoah, et montre que les vivants ont le devoir de porter ce poids à la place de ceux qui ne peuvent plus témoigner. Le texte se clôt sur l'image du vide des plaines polonaises que « la mémoire des vivants habitera toujours » : la mémoire vivante devient ainsi le seul lieu où les morts continuent d'exister, transformant le souvenir individuel en mémoire collective et perpétuelle.
La réponse de la question restante et l’explication pas à pas sont réservées aux membres Premium. Premium
Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.
‹ Sujet 2 · Amérique du Nord 2022 (jour 1)