Sujet de dissertation 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Nord 2024 (jour 2)

Thème : Histoire et mémoire : notions, enjeux et acteurs de la construction des mémoires · Tiré du sujet Jour 2 (2024)

Énoncé

Sujet de dissertation 2

La construction des mémoires: acteurs et enjeux.

Énoncé: Sujet de dissertation 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Nord 2024 (jour 2)

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La construction des mémoires : acteurs et enjeux.

Réponse : Proposition d'introduction et plan détaillé : Introduction - Accroche : Les commémorations nationales, les débats autour des lois mémorielles ou les controverses sur les statues dans l'espace public témoignent de l'actualité brûlante de la question mémorielle dans nos sociétés. - Définition des termes : La « mémoire » désigne le souvenir collectif, subjectif, pluriel et souvent affectif des événements passés. Elle s'oppose à l'« histoire », qui vise une reconstruction critique et objective. Sa « construction » souligne qu'elle n'est pas un donné spontané : elle résulte de choix, d'occultations et de sélections opérés par divers « acteurs » (États, témoins, associations, historiens, juges). Les « enjeux » recouvrent des dimensions politiques, identitaires, juridiques et géopolitiques. - Problématique : Par qui et pourquoi les mémoires sont-elles construites, et en quoi font-elles l'objet de tensions entre quête de vérité, cohésion nationale et revendications particulières ? - Annonce du plan : 1. Une pluralité d'acteurs engagés dans l'élaboration et la transmission des mémoires. 2. Les enjeux politiques, civiques et identitaires de la mise en mémoire du passé. 3. Des mémoires sources de conflits, entre concurrences mémorielles et tentatives de réconciliation. Axe 1 : Une pluralité d'acteurs aux légitimités et méthodes contrastées - A. Les témoins et les associations de victimes jouent un rôle pionnier dans l'émergence des mémoires refoulées : - mémoire de la Shoah, avec l'« ère du témoin » théorisée par Annette Wieviorka ; - mémoire des combattants d'Algérie et des harkis ; - mémoire des victimes de génocides. - B. Les historiens mènent un travail scientifique : critique des sources et déconstruction des mythes mémoriels, tout en dialoguant avec la demande sociale. - C. Les institutions publiques et la justice : - l'État législateur : lois mémorielles, panthéonisations, musées, manuels scolaires ; - les tribunaux : procès de Nuremberg, TPIY, justice transitionnelle comme la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud. Axe 2 : Les enjeux de cohésion, de reconnaissance et de légitimation politique - A. L'enjeu de cohésion nationale : forger un récit rassembleur (le « mythe résistancialiste » de l'après-guerre en France sous de Gaulle) ou intégrer la diversité des mémoires au risque de la fragmentation. - B. L'enjeu moral et démocratique de justice : reconnaître les crimes d'État et les fautes du passé (discours du Vel' d'Hiv de Jacques Chirac en 1995, reconnaissance du génocide des Tutsis ou du passé colonial). - C. L'instrumentalisation géopolitique et politique : des régimes autoritaires utilisent la mémoire pour légitimer un pouvoir ou une agression (usage de la « Grande Guerre patriotique » par Vladimir Poutine). Axe 3 : Conflits de mémoires, concurrences et voies d'apaisement - A. Les guerres de mémoire et la concurrence des victimes : des groupes mémoriels rivalisent pour la reconnaissance étatique et l'accès à l'espace public. Exemple : les mémoires antagonistes de la guerre d'Algérie (pieds-noirs, harkis, appelés, nationalistes algériens), qualifiées de « guerre des mémoires » par Benjamin Stora. - B. Les limites de l'intervention de l'État et du juge : - débat sur les lois mémorielles : loi Gayssot de 1990, loi Taubira de 2001, article sur le « rôle positif » de la colonisation de 2005 ; - mobilisation des historiens (« Liberté pour l'histoire ») contre une histoire officielle. - C. Les voies d'apaisement : - rapprochement des mémoires : réconciliation franco-allemande, manuel d'histoire franco-allemand ; - travail scientifique sur les archives : rapport Stora en 2021, commission Duclert sur le Rwanda en 2021 ; - justice transitionnelle, comme les tribunaux gacaca au Rwanda. Conclusion - Bilan : Les mémoires sont des constructions sociales et politiques. Elles sont façonnées par des acteurs multiples dont les objectifs divergent : reconnaissance, vérité, cohésion, légitimation. - Réponse à la problématique : Leur construction est un enjeu de pouvoir et d'identité qui suscite des conflits. Le travail critique de l'historien et le dialogue entre mémoires permettent toutefois de dépasser ces tensions. - Ouverture : Le passage de la mémoire vivante à la mémoire transmise, avec la disparition des derniers témoins, pose la question de son avenir dans un espace public numérique et mondialisé.

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