Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Polynésie session normale 2024

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2024)

Énoncé

B - La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte de Laurence Devillairs, « Beau, laid, gros, mince et boiteux », Guérir la vie par la philosophie, 2017.

Contraction de texte

B - La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte de Laurence Devillairs, « Beau, laid, gros, mince et boiteux », Guérir la vie par la philosophie, 2017.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 198 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 178 mots et au plus 218 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Il faut être sincère, on préfère la beauté. La vie est une grande tombola dont le

premier tirage a lieu à la naissance: bonne pioche, on a hérité d'un visage et d'une

silhouette harmonieux; mauvaise pioche, nos traits frôlent la caricature. On

comprend que l'Antiquité gréco-romaine ait imaginé des divinités, les Parques ou les

5 Moires 1, à l'origine de cette bonne ou mauvaise fortune.

Il y a en effet au commencement de la vie, avant toute orientation et décision,

une forme d'élection qui fait naître beau ou laid. C'est comme une lourdeur ou au

contraire une légèreté qui nous échoit 2, sans qu'on l'ait voulue ni méritée. À

l'origine est l'arbitraire absolu de l'apparence 3, la fatalité d'avoir cette tête-là – quels

10 que soient par la suite les arrangements qu'on y apporte. […]

1,74 m, 60 kg, verts, bruns: ce qui nous définit ce sont d'abord des chiffres,

des mensurations, des couleurs, une forme, un corps. Ce qui permet de nous

identifier est paradoxalement ce que nous n'avons pas choisi. Ce qui fait que l'on

nous reconnaît et nous différencie de tout autre est pourtant ce que nous n'avons

15 pas voulu: notre corps, notre visage sont ainsi à la fois nous et pas nous. Nous,

parce que nous sommes ce que nous paraissons, ces yeux et ces mains sont bien à

moi; et pas nous, parce que nous vivons notre apparence physique comme quelque

chose d'extérieur, qui nous a été donné et que nous n'avons ni fabriqué ni décidé:

ces yeux et ces mains sont à moi mais ne sont pas moi, pas tout de moi. Il y a en

20 nous une matière première qui préexiste à tout ce que nous pouvons faire ensuite

pour la façonner – régime, sport, style, chirurgie.

Le culte des apparences est en réalité un refus des apparences: nous faisons

tout pour transformer cette matière première, pour la rendre moins matière et moins

première, plus sophistiquée et comme spiritualisée 4. Tout le monde se maquille, car

25 tout le monde cherche à faire de son corps, de son visage, quelque chose qui lui

ressemble. C'est ainsi que le corps devient allure, les traits charme, les yeux regard,

et le visage expression. Nous ne laissons jamais le corps à sa corporéité, le

physique à sa matérialité. Le culte des apparences est un culte de l'âme, ou de la

personnalité, de ce qui, dans le corps, exprime ce que l'on est ou être. Il nous

30 faut faire parler cette chair muette et parer sa nudité. […]

Que peut la philosophie dans ce domaine ? Elle semble tellement…

métaphysique, c'est-à-dire précisément au-delà du physique. Certains philosophes

ont beau parler d'eux-mêmes, conjuguer leurs idées à la première personne, ils ne

disent jamais à quoi ils ressemblent. C'est là une des différences entre la littérature

35 et la philosophie, qui ne compte pas ou peu de descriptions, de personnages ou

de portraits. « J'avais 45 ans, je m'appelais Descartes, j'avais le nez fort, les yeux

noirs, un rien rapprochés, le cheveu épais, etc. » Rien de tel en ouverture des

Méditations. Le grand penseur des rapports entre l'âme et le corps ne dit rien de ce

que cela fait d'être dans la peau de René Descartes, d'avoir la tête de René

40 Descartes, comme si le physique n'avait aucun intérêt philosophique. Et pourtant,

Socrate prétend s'occuper tout autant des poils et de la crasse que des idées. Et

pourtant, Levinas 5 fait du visage un véritable concept 6, une appréhension unique de

ce qu'est autrui, et de ce qu'est l'homme aussi. Mais le visage revêt alors un sens

moral: il est l'incarnation d'une loi, celle qui commande de ne pas tuer son prochain,

45 qu'il soit ami ou ennemi. Il est la façon dont ce commandement immémorial se rend

visible, et s'impose à moi. Le visage d'autrui est à lui seul un précepte 7 et un interdit

(« Tu ne tueras point »). Il est d'emblée pour moi le visage de l'humanité. Ce ne sont

pas ses yeux, son front, son menton, que je dois voir, rien de ce qui fait son

physique, mais au contraire ce qui fait de ce visage humain un principe moral – et,

50 finalement, désincarné.

Il faut bien admettre que cela n'aide en rien à accepter son physique – comme

celui des autres, d'ailleurs. Car jamais autrui ne se présente à moi de cette façon

désincarnée, abstraite, morale; il a toujours telle ou telle caractéristique,

physionomie, odeur même. C'est bien cela qui est difficile à aimer ou qui, à l'inverse,

55 est objet de passion, et non pas le visage comme loi éthique 8, impliquant de

respecter l'humanité en tout homme. Y a-t-il une seule philosophie qui rende compte

de ce que cela fait d'avoir la tête que l'on a ?

791 mots

1 Les Parques ou les Moires: noms romains et grecs pour désigner les divinités qui décident de la vie des humains, de leur naissance jusqu'à leur mort.

2 Qui nous échoit: qui nous caractérise dès la naissance sans qu'on l'ait décidé.

3 L'arbitraire absolu de l'apparence: une apparence que l'on ne choisit pas.

4 Spiritualisée: transformée selon notre volonté et nos idées.

5 Descartes, Socrate et Levinas sont des philosophes des XVIIe, IVe et XXe siècles.

6 Fait du visage un véritable concept: donne au visage une importance capitale.

7 Précepte: règle morale.

8 Loi éthique: loi morale.

Vous résumerez ce texte en 198 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 178 mots et au plus 218 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Mots écrits:

Contraction terminée. Comparez votre travail avec la proposition de correction ci-dessous ( mots écrits).

Énoncé: Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Polynésie session normale 2024

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous résumerez ce texte en 198 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise : votre travail comptera au moins 178 mots et au plus 218 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Réponse : Soyons francs : nous préférons la beauté. Dès la naissance, la vie nous attribue au hasard un visage harmonieux ou disgracieux, comme si des divinités antiques décidaient de notre sort. Avant tout choix, nous recevons ainsi une apparence imposée, ni voulue ni méritée, qui demeure, quels que soient nos efforts ultérieurs. (50) Paradoxalement, ce qui nous identifie, mensurations, couleurs, silhouette, est ce que nous ne choisissons pas. Notre corps est donc à la fois nous et pas nous : nous sommes ce que nous paraissons, mais nous vivons ce physique comme extérieur, matière première préexistant à tout façonnage par sport, régime ou chirurgie. (100) Ainsi, le culte des apparences est en fait leur refus : nous voulons spiritualiser cette matière brute pour qu'elle nous ressemble. Le corps devient allure, le visage expression ; ce culte est celui de l'âme, que la chair muette doit exprimer. Mais que peut la philosophie, discipline métaphysique qui ignore les portraits ? (150) Descartes tait son physique ; Socrate évoque le corps ; Levinas fait du visage un concept, mais moral, désincarné : le commandement de ne pas tuer. Or autrui se présente toujours avec une physionomie concrète, aimable ou repoussante. Quelle philosophie dira donc ce que signifie avoir sa propre tête ? (Nombre total de mots utilisés : 196 mots)

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