Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2024

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Remplacement (2024)

Énoncé

B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Discours d'Ivo Andric de 1961, extrait de Tous les discours de réception des Prix Nobel de Littérature, textes édités par Eglal Errera, 2013.

Me voici donc amené à centrer ce bref exposé, comme il se doit à mon sens,

sur le conte et le conteur en général. En des milliers de langues, sous les climats les

plus divers, de siècle en siècle, depuis les très vieilles histoires contées autour de

l'âtre 1 dans les huttes de nos lointains ancêtres, jusqu'aux ouvrages des conteurs

5 modernes qui paraissent à cette heure dans les maisons d'édition des grandes villes

du monde, c'est l'histoire de la condition humaine dont se tisse la trame et que, sans

fin ni trêve, les hommes racontent aux hommes. La manière de conter et la forme du

récit se plient au gré des époques et des circonstances, mais le goût de conter, de

raconter, reste immuable 2, et le récit ne tarit pas. Ainsi,

10 on croirait parfois que, depuis les premières lueurs de sa conscience, et à travers les

temps, au rythme de sa respiration et des pulsations de son sang, l'humanité se

raconte à elle-même, en d'innombrables variantes, toujours la même histoire. Et cette

histoire, on dirait qu'elle s'applique, à l'instar de la légendaire et diserte

Schéhérazade 3, à faire patienter le bourreau, à suspendre l'inéluctable arrêt du sort

15 qui nous menace et prolonger l'illusion de la vie et de la durée. Ou bien le conteur

doit-il par son œuvre aider l'homme à se connaître et à se reconnaître ? Peut-être sa

vocation est-elle de parler au nom de tous ceux qui n'ont pas su ou qui, terrassés par

la vie, n'ont pas pu s'exprimer ? Ou bien ne serait-ce pas le conteur qui se raconte à

lui-même son histoire, pareil à l'enfant qui chante dans l'obscurité pour tromper sa

20 peur ? Ou, enfin, ces récits servent-ils, peut-être, à jeter un peu de lumière sur les

chemins ténébreux où la vie nous lance parfois, et à nous dire sur cette vie que nous

vivons, aveugles et inconscients, quelque chose de plus que ce que, dans notre

faiblesse, nous pouvons apprendre et comprendre ? Et c'est ainsi que, bien souvent,

les paroles d'un bon conteur nous éclairent sur nos actes et nos omissions 4, sur ce

25 qu'il faudrait faire, et sur ce qu'il ne fallait pas faire. De là, on en vient à se demander

si ce n'est pas dans ces récits, oraux ou écrits, que se trouve la véritable histoire de

l'humanité, et si l'on ne pourrait pas, sinon saisir du moins entrevoir, le sens de cette

histoire. Et peu importe que le sujet se situe au présent ou dans le passé.

Cependant, si le récit a pour sujet le passé, d'aucuns vont prétendre que cela

30 signifie ne pas faire cas de l'actuel et, jusqu'à un certain point, tourner le dos au

présent. Un auteur de contes et de romans historiques ne saurait, à mon sens,

admettre un jugement aussi gratuit. Il serait plutôt enclin 5 à confesser qu'il ne sait pas

bien lui-même ni quand ni comment il se transporte de ce qu'on appelle le présent

dans ce que nous disons être le passé, et qu'il franchit sans peine, comme en songe,

35 le seuil des siècles. Mais, en somme, est-ce que le passé, tout comme le présent, ne

nous met pas face à des phénomènes semblables et aux mêmes problèmes ?

Être un homme, être né sans le savoir, sans l'avoir voulu, être jeté dans l'océan de

l'existence. Être obligé de nager, d'exister. Porter une identité. Résister à la pression

environnante, à tous les chocs, aux actes imprévisibles et imprévus – les nôtres et

40 ceux d'autrui –, qui si souvent dépassent nos forces. Et, au surplus, endurer sa propre

pensée sur tout ceci. En un mot, être homme.

Et voici que, au-delà de la ligne imaginaire tracée entre le présent et le passé,

l'écrivain se trouve encore en face de cette même condition humaine qu'il est tenu

d'observer, de comprendre de son mieux, à laquelle il doit s'identifier, lui

45 communiquant la vigueur de son souffle et la chaleur de son sang, faire en sorte qu'elle

devienne la texture vivante du récit qu'il entend traduire aux lecteurs, et que ce soit

beau, et simple, et persuasif au possible.

Comment y parvenir, par quelles voies, par quels moyens ? Certains le font en

donnant libre cours à l'essor de leur imagination, d'autres par une longue et patiente

50 étude des renseignements fournis par l'Histoire et de l'évolution sociale; les uns en

s'astreignant à pénétrer la substance et le sens des époques écoulées, et les autres

avec la légèreté capricieuse et enjouée de ce fécond romancier français qui disait:

« Qu'est-ce que l'Histoire ? C'est un clou auquel j'accroche mes romans. » Bref, il y a

mille manières – mille sentiers – pour l'écrivain de parvenir à son œuvre, mais seule

55 importe, seule est décisive l'œuvre elle-même.

798 mots

1 L'âtre: le feu.

2 Immuable: qui reste identique, ne change pas.

3 La légendaire et diserte Schéhérazade: dans les Mille et une nuits, le sultan des Indes veut mettre à mort Schéhérazade. Celle-ci met en place un stratagème pour se rendre indispensable: lui raconter, chaque soir, une histoire dont elle reporte la fin au lendemain.

4 Nos omissions: nos oublis.

5 Enclin: porté par un penchant naturel à.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 179 mots et au plus 219 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise : votre travail comptera au moins 179 mots et au plus 219 mots.

Réponse : Depuis toujours et partout, les hommes se transmettent des récits. Si les manières de conter évoluent, ce besoin fondamental demeure inaltéré : l'humanité se répète inlassablement la même histoire. Ces contes conjurent notre finitude, donnent une voix aux opprimés et dissipent nos angoisses tout en nous éclairant sur nos devoirs [50] existentiels et moraux. C'est dans cette narration séculaire que se découvre la véritable signification de notre destinée. Or, situer une fiction dans le passé ne signifie aucunement se désintéresser de l'actualité. Présent et passé affrontent en effet les mêmes épreuves fondamentales : l'homme est jeté dans l'existence, contraint [100] de survivre, de préserver son identité et de résister aux aléas tragiques du réel. L'écrivain, en franchissant la frontière temporelle, fait face à cette unique et constante condition humaine qu'il doit explorer et restituer avec force, justesse et limpidité. Pour atteindre ce but, les chemins varient grandement selon les [150] sensibilités : certains auteurs se fient entièrement à leur imagination créatrice, d'autres se consacrent à l'étude scrupuleuse des archives historiques ou adoptent une fantaisie plus libre. Quels que soient les moyens ou la méthode choisis, seule importe en définitive l'authenticité esthétique et spirituelle de l'œuvre elle-même. [199] *(199 mots)*

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