Dissertation · Bac Sciences Économiques et Sociales Polynésie 2021 (jour 1)

Thème : Caractéristiques et facteurs de la mobilité sociale · Tiré du sujet Jour 1 (2021)

Énoncé

Dissertation s'appuyant sur un dossier documentaire

Il est demandé au candidat:

de répondre à la question posée par le sujet;

de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer;

de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier;

de rédiger, en utilisant le vocabulaire économique et social spécifique approprié à la question et en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties.

Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.

SUJET

Comment expliquer les inégalités de réussite scolaire ?

Ce sujet comporte quatre documents.

DOCUMENT 1

Niveau de diplôme des 25-34 ans selon le milieu social, en 2018, en France (en %)

Note: la catégorie socioprofessionnelle d'un retraité ou d'un chômeur est celle de son dernier emploi. La profession du père est privilégiée, celle de la mère y est substituée lorsque le père est absent, décédé, ou n'a jamais travaillé.

Champ: France métropolitaine + DOM (hors Mayotte), données provisoires.

Source: L'état de l'École 2019, Ministère de l'Éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Note: CAP / BEP: Certificat d'Aptitude Professionnelle / Brevet d'Études Professionnelles.

DOCUMENT 2

Les parents [de Lucie, 5 ans, en grande section de maternelle], Pierre et Aline, se sont rencontrés en 1994 et pacsés en 2012. Né en 1964, Pierre a 51 ans au moment de l'enquête. C'est un écrivain connu et reconnu, publiant dans une maison d'édition parisienne renommée [...].

Née en 1974, Aline, la mère, a 41 ans et enseigne actuellement à trois quarts de temps la philosophie dans un lycée de Besançon. Depuis ses maternités, elle a utilisé les congés parentaux et les temps partiels pour être plus présente auprès de ses filles et avoir aussi du temps pour elle. [...]

Des tableaux, essentiellement d'art contemporain, originaux ou simples reproductions, tapissent les murs. Dans toutes les pièces, les livres envahissent les étagères. [...] Les chambres se trouvent à l'étage. Celles des filles, chacune disposant de la sienne, se situent de part et d'autre de celle de leurs parents. Dans la chambre de Lucie, une bibliothèque regroupe des livres pour enfants et des bandes dessinées de toutes sortes [...].

À la maison, le livre est central, et banal. [...] Objets du quotidien, dont la présence est banalisée, ils n'ont plus rien d'exceptionnel pour des enfants qui peuvent quotidiennement en constater l'usage et en mesurer l'importance aux yeux des adultes. Lucie et Élise voient cependant que les livres ne sont pas des objets comme les autres, qu'ils sont destinés à être lu et qu'il faut pour ça acquérir des compétences qui permettent d'entrer en contact avec eux. L'envie de lire est générée presque naturellement chez les enfants vivant une telle situation, tant ils souhaitent pouvoir à leur tour accéder aux mystères contenus par ces objets. À propos de Lucie, Pierre dit: « Parfois, elle prétend presque savoir déjà lire, enfin elle déchiffre quand même. Dès qu'elle peut déchiffrer un mot, elle est toute fière. »

Source: Enfances de classe, sous la direction de Bernard LAHIRE, 2019.

DOCUMENT 3

Attentes des familles en matière de formation et vœu d'orientation en fin de troisième générale, selon qu'au moins un des parents est ou non bachelier

Champ: France métropolitaine, entrants en sixième en 1995.

Source: d'après France, portrait social, INSEE, 2009.

Lecture: quand aucun d'entre eux n'avait le baccalauréat, 14,1 % des parents déclarent que le CAP ou le BEP sont les diplômes les plus utiles pour trouver un emploi.

1: CAP / BEP: Certificat d'Aptitude Professionnelle / Brevet d'Études Professionnelles.

2: Moyenne des notes obtenues par l'élève en français, mathématiques et première langue vivante.

DOCUMENT 4

Effectifs de l'enseignement supérieur en 2018-2019, en France

Filière

Effectifs en milliers

Part des femmes en 2018 (en %)

Part des élèves ayant des parents cadres ou prof. intell. sup. en 2018 (en %)

Part des élèves ayant des parents ouvriers ou inactifs en 2018 (en %)

Université · 1 615 · 57,4 · 33,3 · 18,3

Préparation au DUT · 120 · 40,3 · 30,7 · 18,3

Droit, sciences politiques · 207 · 66,6 · 36,6 · 17,0

Économie, AES · 192 · 53,4 · 28,1 · 22,7

Arts, lettres, langues, SHS · 506 · 69,5 · 27,1 · 21,2

Staps · 57 · 31,0 · 29,7 · 18,4

Santé · 233 · 64,0 · 47,8 · 10,8

Sciences · 270 · 41,1 · 33,6 · 18,6

Formations d'ingénieurs · 31 · 28,8 · 43,2 · 12,3

Formations d'ingénieurs hors université · 133 · 27,4 · 53,9 · 7,6

Écoles de commerce, gestion, vente et comptabilité · 188 · 50,9 · 51,1 · 6,1

Écoles artistiques, d'architecture et de journalisme · 95 · 58,9 · 47,4 · 7,7

Écoles paramédicales et sociales · 135 · 85,6 · 23,0 · 19,0

CPGE et prépas intégrées · 96 · 41,1 · 52,6 · 10,3

STS et assimilés · 263 · 49,0 · 15,6 · 34,3

Autres écoles et formations · 155 · 53,8 · 44,2 · 11,7

Ensemble · 2 679 · 55,3 · 34,3 · 18,1

1. Les proportions sont calculées en excluant les étudiants pour lesquels l'origine sociale n'est pas renseignée, soit 14 % d'entre eux en moyenne. Cette proportion est inférieure à 20 %, sauf dans les écoles de commerce (37 %), les autres écoles et formations (31 %) et les écoles artistiques (45 %).

2. Comprend notamment les établissements privés d'enseignement universitaire, les ENS, les écoles juridiques et administratives.

Source: d'après INSEE, 2020.

Note: DUT: Diplôme Universitaire de Technologie / AES: Administration Économique et Sociale / SHS: Sciences Humaines et Sociales / STAPS: Sciences et Technique des Activités Physiques et Sportives / CPGE: Classe Préparatoire aux Grandes Écoles / STS: Section de Technicien Supérieur / ENS: École Normale Supérieure.

Énoncé: Dissertation · Bac Sciences Économiques et Sociales Polynésie 2021 (jour 1)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Comment expliquer les inégalités de réussite scolaire ?

Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de réponse attendus : Introduction - Accroche : Malgré la massification scolaire depuis les années 1960, l'origine sociale reste en France un déterminant majeur des parcours scolaires. - Définitions : les inégalités de réussite scolaire sont des écarts de résultats, de diplômes obtenus et de filières suivies selon l'origine sociale, le genre ou la configuration familiale. La démocratisation est quantitative mais ségrégative (P. Merle). - Problématique : Comment l'action de la famille (capitaux, socialisation, stratégies) et celle de l'école se combinent-elles pour produire des inégalités de réussite ? - Annonce du plan : I. Le rôle de la socialisation familiale et des capitaux ; II. Le rôle des stratégies d'orientation, de la socialisation genrée et de l'institution scolaire. I. Des inégalités enracinées dans la socialisation familiale et l'inégale dotation en capitaux - A. Le capital culturel et la proximité avec la culture scolaire (Bourdieu, Lahire) - Les enfants de milieux favorisés héritent d'un capital culturel incorporé : rapport au livre, langage, culture légitime. C'est le cas de Lucie (doc 2), dont les parents sont écrivain et professeure de philosophie et pour qui le livre est « central, et banal ». - L'école valorise implicitement ces codes et transforme l'héritage en « don » (Bourdieu et Passeron, *Les Héritiers*). - Résultat (doc 1) : 65 % des enfants de cadres sont diplômés du supérieur long contre 16 % des enfants d'ouvriers. Inversement, 18 % des enfants d'ouvriers ont au mieux le brevet contre 4 % des enfants de cadres. - B. Les capitaux économique et social et les configurations familiales - Le capital économique joue par les cours particuliers, le logement (une chambre par enfant, doc 2), le matériel et le financement d'études longues. - Les configurations familiales (Lahire) comptent aussi : disponibilité parentale (la mère de Lucie travaille à temps partiel), taille de la fratrie, mobilisation familiale. Elles expliquent aussi les « réussites paradoxales » en milieu populaire. II. Des inégalités renforcées par les stratégies d'orientation, le genre et l'institution scolaire - A. Des choix d'orientation différenciés : le calcul coûts/avantages/risques (Boudon) - À résultats égaux, les familles populaires sous-estiment les bénéfices des études longues et en surestiment les coûts et les risques : c'est l'autosélection. - Doc 3 : - Avec 10 à 12/20 au brevet, 90,3 % des enfants dont au moins un parent est bachelier demandent une seconde GT, contre 70 % quand aucun parent ne l'est. - Avec 10/20 ou plus, 17,4 % des enfants de non-bacheliers choisissent la voie professionnelle, contre 3,3 %. - Les attentes diffèrent aussi : 14,1 % des parents non bacheliers jugent le CAP-BEP le plus utile pour trouver un emploi, contre 1,7 %. - Conséquence (doc 4) : forte sélection sociale des filières. - Les enfants de cadres forment 52,6 % des CPGE et 53,9 % des écoles d'ingénieurs hors université (34,3 % en moyenne). - Les enfants d'ouvriers ou d'inactifs forment 34,3 % des STS, mais seulement 10,3 % des CPGE. - B. La socialisation genrée et le rôle de l'école - Les filles réussissent mieux scolairement : elles représentent 55,3 % des étudiants (doc 4). Leur socialisation valorise en effet docilité et travail scolaire. - Elles s'orientent cependant moins vers les filières prestigieuses scientifiques et techniques : 27,4 % des élèves des écoles d'ingénieurs hors université, contre 85,6 % dans les écoles paramédicales et sociales. - L'institution scolaire contribue aussi à ces inégalités : effet établissement, ségrégation résidentielle, attentes des enseignants (effet Pygmalion) et inégale connaissance des procédures d'orientation par les familles. Conclusion - Les inégalités de réussite scolaire résultent du cumul de plusieurs facteurs : l'inégale dotation en capitaux transmis par la socialisation familiale, des stratégies d'orientation socialement différenciées, une socialisation genrée et le fonctionnement de l'école elle-même. - Ouverture : ces inégalités pèsent sur la mobilité sociale. Les politiques publiques (éducation prioritaire, Parcoursup, quotas de boursiers) parviennent-elles à les réduire ?

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