Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Polynésie remplacement 2026

Thème : Commentaire – Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2026)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

Objet d'étude: Le théâtre du XVII e siècle au XXI e siècle

Vous ferez le commentaire du texte suivant:

Jacques Prévert, Le Tableau des Merveilles (1936)

Chanfalla, Chirinos et l'enfant sont des comédiens ambulants qui viennent d'arriver dans une ville pour présenter leur nouvelle pièce: « Le Tableau des Merveilles ». Le préfet, le sous-préfet et le capitaine Crampe viennent à leur rencontre et l'enfant leur joue un morceau de musique censé leur donner un avant-goût du spectacle.

LE PRÉFET

Quel bruit ! Mais c'est une musique de cimetière...

LE SOUS-PRÉFET, trépignant.

On dirait qu'on gratte le dos d'une casserole avec un couteau ébréché...

LE CAPITAINE

C'est pas de la mélodie, c'est du vert de gris 1...

L'ENFANT

Excusez-moi, messieurs, mais c'est la musique de mon enfance. Je ne

5 connais que celle-là... Ma famille est cachée dedans, c'est elle qui pousse le cri du souvenir. Est-ce ma faute si ma famille a la voix du caïman ?

LE PRÉFET, au capitaine.

Allez, enlevez, enlevez cet enfant, enlevez immédiatement, capitaine...

(Le capitaine saisit l'enfant et s'éloigne avec lui en le secouant.)

LE CAPITAINE

Toi, graine de bois de lit, tu vas me faire le plaisir de me foutre le camp...

LE PRÉFET, à Chanfalla.

10 De la musique, tant que vous voudrez, cher Monsieur, mais faites-nous de la musique convenable, de la musique de chambre 2 par exemple. Mais cette musique de terrain vague, jamais ! ( Il hurle.) Jamais, jamais, jamais !...

CHANFALLA

Calmez-vous, l'enfant ne jouera pas pendant le spectacle.

LE SOUS-PRÉFET

C'est fort heureux. Ma fiancée a l'oreille délicate, et j'aimerais lui épargner de

15 tels sons.

CHIRINOS, à Chanfalla.

Ah ! Je te le disais bien, cette musique est terrible, nous n'aurions pas dû adopter cet enfant.

CHANFALLA

Les artistes adoptent toujours des enfants, c'est la coutume...

LE PRÉFET

Jolie coutume, assurément !... ( à Chirinos) Je vous en prie, Madame, passez

20 devant, nous allons donner des ordres pour la bonne ordonnance 3 du spectacle.

CHIRINOS

Trop aimable, Monsieur le Préfet, trop aimable...

(Ils s'éloignent. Le capitaine Crampe entre à nouveau en scène et les suit en traînant la jambe.)

LE CAPITAINE

25 Qu'est-ce qui m'a foutu une musique pareille !...

(Ils sortent. La scène reste vide un instant puis l'enfant revient, hausse les épaules, s'assoit et recommence à jouer. Le mendiant entre et s'approche de l'enfant.)

LE MENDIANT

La voilà bien, la vraie musique saignante, la musique comme quand j'étais

30 petit ! Continue, mon petit, ça me rajeunit, continue la musique... C'est la musique du chien pauvre qui crève à la fourrière, c'est le grincement de la carie dentaire dans la grande gueule de la misère, la gadoue 4, les punaises, le mégot du condamné, les courants d'air, l'ambulance qui vient chercher le noyé et puis le noyé qui n'a pas l'habitude de monter en voiture et qui suit

35 l'ambulance à pied... Il n'ose regarder les passants, le noyé, mais il est tellement content d'être mort qu'il éclate de rire comme jamais il n'éclatait de rire quand il était vivant, si peu vivant... Continue, petit mec, continue. J'ai toujours beaucoup aimé les instruments à corde de pendu...

1. vert de gris: dépôt verdâtre qui se forme à l'air humide sur le cuivre ou certains de ses alliages.

2. musique de chambre: musique classique.

3. ordonnance: organisation.

4. gadoue: boue.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

1- Commentaire (20 points) : Jacques Prévert, Le Tableau des Merveilles (1936)

Réponse : Proposition de plan détaillé et axes de lecture pour le commentaire composé : Introduction - Accroche / Contexte : Jacques Prévert, poète et dramaturge engagé, écrit en 1936 *Le Tableau des Merveilles*, inspiré de l'intermède de Cervantès, pour le groupe Octobre (théâtre d'intervention sociale et politique d'inspiration communiste et populaire). - Présentation de l'extrait : La scène met en présence des comédiens ambulants et les représentants de l'autorité municipale et militaire (le préfet, le sous-préfet, le capitaine Crampe), avant de basculer vers un tête-à-tête entre l'enfant musicien et un mendiant. - Problématique : En quoi cette scène théâtrale oppose-t-elle, à travers la réception d'une musique singulière, la violence ridicule des puissants et la poésie subversive des exclus ? - Annonce du plan : 1. Une satire féroce des figures d'autorité bourgeoise et militaire. 2. Deux réceptions antithétiques de la musique : le rejet violent des puissants contre la reconnaissance fraternelle du mendiant. 3. Une poétique prévertienne subversive : la musique comme voix des opprimés et triomphe du grotesque surréaliste. --- Axe 1 : La satire féroce des notables et de l'autorité - Des archétypes caricaturaux : Le préfet, le sous-préfet et le capitaine représentent les piliers de l'ordre établi. Leurs réactions sont excessives et grotesques (le sous-préfet qui « trépigne », le préfet qui « hurle », le capitaine Crampe au nom ridicule et à la démarche infirme « en traînant la jambe »). - L'hypocrisie et l'étroitesse bourgeoise : Le préfet exige de « la musique convenable, de la musique de chambre », révélant un conformisme esthétique et social. Le sous-préfet invoque « l'oreille délicate » de sa fiancée, formule précieuse et ridicule face au monde réel. - La brutalité autoritaire : Face à ce qui dérange leur vision ordonnée, le recours immédiat est la violence : injonctions répétées du préfet (« enlevez, enlevez cet enfant »), insultes populaires et vulgaires du capitaine (« graine de bois de lit », « me foutre le camp »), brutalité physique (« en le secouant »). --- Axe 2 : Deux écoutes irréconciliables : rupture esthétique et fracture sociale - Le dégoût des notables : Pour eux, la musique de l'enfant n'est que « bruit », « musique de cimetière », assimilée à des bruits ménagers dégradants (« gratte le dos d'une casserole ») ou à une altération toxique (« vert de gris »). Elle est reléguée à la marginalité honnie (« musique de terrain vague »). - L'adhésion jubilatoire du mendiant : Dès le départ des notables, l'enfant rejoue et le mendiant l'accueille avec enthousiasme : « La voilà bien, la vraie musique saignante », « ça me rajeunit ». Pour lui, elle est vivante précisément parce qu'elle porte la souffrance et l'expérience populaire. - L'enfant comme trait d'union poétique : L'enfant défend son art avec innocence et gravité : « musique de mon enfance », habitée par sa famille qui a « la voix du caïman ». L'image insolite et surréaliste souligne une altérité irréductible aux codes bourgeois. --- Axe 3 : Une poétique de la révolte et de l'imaginaire populaire - Le lyrisme noir et carnavalesque du mendiant : Longue tirade poétique en prose accumulant les images frappantes du dénuement (« chien pauvre qui crève », « carie dentaire dans la grande gueule de la misère », « la gadoue, les punaises, le mégot du condamné »). - L'humour noir et le surréalisme émancipateur : L'anecdote absurde du « noyé qui suit l'ambulance à pied » et qui « éclate de rire d'être mort » inverse les valeurs conventionnelles : la mort devient libération face à une vie misérable. La chute sur les « instruments à corde de pendu » scelle cette fraternité dans la révolte. - Le théâtre dans le théâtre : La scène prépare le spectacle subversif à venir, affirmant le rôle de l'art populaire contre le mensonge et l'arrogance des dominants. --- Conclusion - Bilan : Ce passage illustre la verve dramaturgique de Jacques Prévert, qui met le comique farcesque et le lyrisme noir au service d'un théâtre de combat social. - Ouverture : On peut rapprocher ce texte du théâtre de Bertolt Brecht ou de la tradition cervantine d'origine, où le spectacle itinérant met à nu les préjugés et la bêtise des puissants.

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