Sujet 2 · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Nouvelle-Calédonie 2022 (jour 1)
Thème : Histoire et violence · Tiré du sujet Jour 1 (2022)
Énoncé
SUJET 2
Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées.
Toute violence, par-delà le meurtre du prochain, poursuit son propre suicide.
Elle est en effet destruction de soi; les Anciens savaient déjà que la colère est une
courte folie. La violence suppose un échappement au contrôle: l'explosion émotive se
libère en déchaînements paroxystiques, cris et gesticulations, qui attestent l'échec de
5 toutes les disciplines personnelles. Le violent, incapable de se contenir, recherche
dans sa propre frénésie, une sorte d'apaisement magique, comme si, en augmentant
le volume et l'intensité de sa voix, en enflant les muscles, il retrouvait cette majorité
qu'il sent, devant l'obstacle, confusément perdue. La décharge affective et musculaire
peut au surplus procurer le retour au calme, et d'ailleurs le regret de l'excès commis,
10 la honte pour s'être conduit comme un enfant.
Mais il arrive que le violent, une fois hors de soi, ne puisse à nouveau se
posséder. Il fait confiance à la violence, méthodiquement, comme on le voit dans le
domaine de la terreur, instrument jadis et naguère, et aujourd'hui encore, de la fausse
certitude. La violence se fait institution et moyen de gouvernement: dragonnades 1,
15 inquisition, univers concentrationnaire et régimes policiers; il a existé, il existe une
civilisation de la violence, monstrueuse affirmation de la certitude qui rend fou, selon
la parole de Nietzsche. À travers l'histoire, les persécutions et les guerres maintiennent
le pire témoignage que l'humanité puisse porter contre elle-même. Individuelle ou
collective, cette violence n'est d'ailleurs que le camouflage d'une faiblesse ressentie,
20 d'un effroi de soi à soi, que l'on essaie, par tous les moyens, de dissimuler.
Georges GUSDORF, La Vertu de force (1957)
1 Les dragonnades sont des persécutions contre les communautés protestantes du royaume de France durant les années 1680, sous le règne de Louis XIV.
Première partie: interprétation philosophique
Selon Gusdorf, sommes-nous maîtres ou victimes de notre propre violence ?
Deuxième partie: essai littéraire
Que nous révèlent de la violence les représentations littéraires et artistiques que nous en avons ?

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Première partie : interprétation philosophique — Selon Gusdorf, sommes-nous maîtres ou victimes de notre propre violence ?
Réponse : Il s'agit d'une dissertation philosophique argumentée (pas d'une réponse fermée). Une copie réussie construira une problématique à partir de l'ambiguïté du texte de Gusdorf : d'un côté la violence est décrite comme une perte de maîtrise de soi (échappement au contrôle, décharge émotive incontrôlée, « courte folie »), ce qui ferait de nous des victimes de notre propre nature ; de l'autre, Gusdorf montre que la violence peut devenir méthode, institution, instrument de pouvoir (dragonnades, inquisition, régimes policiers), ce qui suppose au contraire une maîtrise calculée mise au service de la domination. La thèse de Gusdorf, soulignée dans la dernière phrase, est que cette violence « instituée » n'est en réalité que le camouflage d'une faiblesse, c'est-à-dire que même la violence la plus maîtrisée en apparence trahit une perte de maîtrise de soi plus profonde (la peur de soi). Une bonne copie montrera donc que l'alternative maîtres/victimes est en réalité dépassée par Gusdorf : nous sommes victimes précisément quand nous croyons être maîtres, la maîtrise de la violence n'étant qu'un masque de notre propre faiblesse.
La réponse de la question restante et l’explication pas à pas sont réservées aux membres Premium. Premium
Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.
‹ Sujet 1 · Nouvelle-Calédonie 2022 (jour 1)