Exercice Étude critique de document · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Nouvelle-Calédonie 2025 (jour 2)
Thème : Le défi de la construction de la paix : traités de Westphalie et sécurité collective · Tiré du sujet Jour 2 (2025)
Énoncé
Étude critique de document
L'ONU au début du XXI e siècle: acteur de la paix en difficulté.
Consigne: En analysant le document, et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez les difficultés auxquelles est confrontée l'ONU au début du XXI e siècle dans son rôle de maintien de la paix mondiale.
DOCUMENT
Le 11 septembre 2001, les attentats d'Al-Qaida contre le World Trade Center de New York ont ébranlé tout le système mondial de sécurité. Désormais, l'ennemi n'est plus une entité identifiable et localisable, en clair, un État, mais une réalité protéiforme en métamorphose permanente: les phénomènes terroristes. Il ne s'agit plus de faire la guerre mais de mener des actions aux dimensions multiples: opérations militaires, police, etc. Par ailleurs, le 11 septembre a convaincu les États-Unis qu'ils sont seuls face aux désordres de la planète, seuls à être conscients des défis et à développer les moyens nécessaires, notamment militaires.
Dans l'esprit de cet unilatéralisme américain, l'ONU est d'abord un obstacle: par l'importance « excessive » qu'elle donne au droit et aux procédures, par la lourdeur et l'inefficacité de la bureaucratie et par ses prétentions moralisatrices. Or, les États-Unis se considèrent engagés dans une lutte à mort où l'efficacité doit primer.
Pourtant l'ONU, ou plus précisément le Conseil de sécurité, a montré sa compréhension de l'anxiété américaine: dès le 12 septembre 2001, le Conseil vote, à l'unanimité, la résolution 1368, reconnaissant que l'agression du World Trade Center place les États-Unis en position de légitime défense et les autorisant à détruire le régime des talibans, qui abrite, en Afghanistan, Al-Qaida.
Mais les États-Unis veulent plus: abattre un État-symbole, anéantir l'Ennemi, l'Irak de Saddam Hussein. Ici, l'administration Bush ne peut éviter un débat: faut-il balayer le régime du dictateur irakien avec ou sans l'aval de l'ONU ?
Le juridisme est profond aux États-Unis: seule la bénédiction de l'ONU garantit une pleine légitimité internationale. D'où, durant l'automne 2002 et l'hiver 2002-2003, la quête par les Américains d'un soutien onusien sous la forme d'une résolution du Conseil de sécurité pour une action armée contre l'Irak. Et leur échec en février 2003: la France, la Russie, la Chine membres permanents et l'Allemagne membre non permanent bloquent l'adoption d'une résolution de soutien. Les États-Unis renverseront donc Saddam Hussein sans l'aval de l'ONU. [...]
Le 2 décembre 2004, un Groupe de personnalités de haut niveau parmi lesquelles Robert Badinter, choisies par le secrétaire général Kofi Annan, a remis son rapport sur l'avenir de l'ONU 1. Ce n'est ni le premier, ni le dernier rapport sur la réforme de l'organisation internationale. En même temps, il s'agit de la première réflexion d'ensemble, dans le cadre onusien, sur la sécurité planétaire au lendemain du 11 septembre 2001.
Le raisonnement part du constat d'une transformation profonde des menaces: la guerre interétatique, autour de laquelle s'organisait toute la sécurité internationale, n'est plus qu'un problème parmi beaucoup d'autres - guerres civiles, guerres à la fois civiles et interétatiques, terrorismes, trafics...
Le rapport s'interroge sur la difficulté centrale de l'ONU: comment peut-elle obtenir le transfert progressif de la force armée des États vers un policier mondial ? Cette ambition se révèle, pour le moment, impossible à matérialiser, les États demeurant persuadés qu'eux seuls et leurs armées peuvent protéger leur territoire et leur population. [...]
Note:
1: « Un monde plus sûr: notre affaire à tous », rapport du Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement, A/59/565 du 2 décembre 2004.
Source: Philippe Moreau Defarges, L'Histoire, numéro 301, septembre 2005
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Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Votre étude critique de document (introduction, développement organisé, conclusion) :
Réponse : Introduction : Le document est un article de l'historien et politiste Philippe Moreau Defarges, paru dans la revue de vulgarisation *L'Histoire* (n° 301, septembre 2005). Il revient sur la période qui suit le 11 septembre 2001 et s'appuie sur le rapport « Un monde plus sûr : notre affaire à tous », remis en décembre 2004. L'ONU, créée en 1945 pour garantir la paix et la sécurité collective, voit ce rôle fragilisé au début du XXIe siècle. Problématique : en quoi l'ONU, au lendemain du 11 septembre 2001, peine-t-elle à assurer son rôle d'acteur central du maintien de la paix mondiale ? Annonce du plan. I. Le 11 septembre 2001 et l'unilatéralisme américain fragilisent l'autorité de l'ONU - Les attentats d'Al-Qaida transforment la nature des menaces. L'ennemi n'est plus un État identifiable mais une menace diffuse et « protéiforme » : le terrorisme international. La réponse doit donc combiner opérations militaires, actions de police et renseignement. - Les États-Unis, hyperpuissance convaincue d'être seule face aux « désordres de la planète », adoptent un unilatéralisme. Pour eux, l'ONU est un obstacle : juridisme, bureaucratie, « prétentions moralisatrices ». - L'ONU montre pourtant sa réactivité. Le 12 septembre 2001, le Conseil de sécurité adopte à l'unanimité la résolution 1368, qui reconnaît le droit de légitime défense. L'intervention en Afghanistan contre les talibans (octobre 2001) est ensuite menée par les États-Unis et leurs alliés. Regard critique : la résolution n'autorise pas explicitement la destruction du régime taliban, et l'auteur simplifie ici. II. La crise irakienne de 2003 révèle les limites de la sécurité collective - L'administration Bush veut abattre l'Irak de Saddam Hussein, « État-symbole » accusé de détenir des armes de destruction massive. Cette accusation s'est révélée infondée. - Le besoin de légitimité internationale (« juridisme ») pousse Washington à chercher une résolution du Conseil de sécurité (automne 2002 – hiver 2003). - C'est un échec en février 2003. La France, la Russie et la Chine (membres permanents) et l'Allemagne (membre non permanent) s'y opposent ; on peut citer le discours de Dominique de Villepin à l'ONU. La menace du veto empêche tout vote. - Les États-Unis interviennent sans mandat en mars 2003. L'ONU apparaît impuissante face à une grande puissance décidée à agir seule, et le Conseil de sécurité est paralysé par les divisions entre membres permanents. III. Une ONU qui cherche à s'adapter, mais dont l'efficacité reste limitée - Le rapport de 2004, commandé par Kofi Annan (avec notamment Robert Badinter), dresse un constat lucide. La guerre interétatique n'est plus qu'une menace parmi d'autres : guerres civiles, terrorismes, trafics. - La difficulté centrale est de transférer la force armée des États vers un « policier mondial ». Cette ambition reste irréalisable, car les États demeurent attachés à leur souveraineté. L'ONU ne dispose d'ailleurs pas d'armée propre et dépend des contributions des États. - Connaissances complémentaires : - les échecs des opérations de maintien de la paix (Rwanda 1994, Srebrenica 1995) ; - la « responsabilité de protéger », adoptée en 2005 ; - les projets d'élargissement du Conseil de sécurité restés bloqués (Allemagne, Japon, Inde, Brésil, Afrique) ; - le veto qui paralyse l'ONU en Syrie depuis 2011 ; - l'intervention en Libye en 2011, dont le mandat a été contesté. - Limites du document : texte de 2005, à chaud, centré sur les États-Unis. Il passe sous silence les réussites partielles de l'ONU (casques bleus, aide humanitaire). Conclusion : L'ONU, conçue en 1945 pour un monde de rapports entre États, peine à s'adapter aux nouvelles menaces du XXIe siècle. L'unilatéralisme américain, révélé par la guerre d'Irak en 2003, la paralysie du Conseil de sécurité et la souveraineté jalouse des États limitent son efficacité. Elle reste néanmoins une source essentielle de légitimité internationale, que même les États-Unis recherchent. Ouverture : la réforme de l'ONU et le multilatéralisme face à la montée de nouvelles puissances.
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Dissertation 2 · Nouvelle-Calédonie 2023 (jour 1) ›