Sujet 3 · Bac STMG Philosophie Métropole remplacement 2024

Thème : La vérité · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2024)

Énoncé

Sujet 3

Expliquer le texte suivant:

On connaît bien les méthodes qui accroissent le degré de vérité de nos croyances: elles consistent à écouter tous les partis, à essayer d'établir tous les faits dignes d'être relevés, à contrôler nos penchants individuels par la discussion avec des personnes qui ont des penchants opposés, et à cultiver l'habitude de rejeter toute hypothèse qui s'est montrée inadéquate. On pratique ces méthodes dans la science et grâce à elles on a établi un corps de connaissances scientifiques. Tout homme de science dont les idées sont vraiment scientifiques est prêt à reconnaître que ce qui passe pour une connaissance scientifique à un moment donné demandera sûrement d'être corrigé par des découvertes nouvelles; que néanmoins, la science est assez proche de la vérité pour suffire à la plupart des besoins pratiques, mais non à tous. Dans la science, quand il ne s'agit que d'une connaissance qui ne peut qu'être approximative, l'attitude de l'homme est celle de l'expérimentation et elle est pleine de doute.

Tout au contraire en religion et en politique: bien qu'ici il n'y ait encore rien qui approche de la connaissance scientifique, chacun considère qu'il est de rigueur d'avoir une opinion dogmatique 1 qu'on doit soutenir en infligeant des peines de prison, la faim, la guerre, et qu'on doit soigneusement garder d'entrer en concurrence par arguments avec n'importe quelle opinion différente. Si on pouvait seulement amener les hommes à avoir une attitude agnostique 2 sur ces matières, neuf dixièmes des maux du monde moderne seraient guéris; la guerre deviendrait impossible; car chaque camp comprendrait que tous les deux doivent avoir tort. Les persécutions cesseraient. L'éducation tendrait à élargir les esprits et non à les rétrécir.

RUSSELL, Essais sceptiques (1928)

1 « opinion dogmatique »: que l'on affirme et soutient sans la prouver.

2 « attitude agnostique »: l'attitude de celui qui ne prétend pas savoir, qui doute.

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l'explication de texte. Il peut:

soit répondre dans l'ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);

soit suivre le développement de son choix (option n°2).

Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.

Questions de l'option n°1

A. Analyse:

1. Dans cet extrait, quel est le sens du terme « douter » ?

2. Expliquez pourquoi les quatre méthodes énumérées par Russell « accroissent le degré de vérité de nos croyances ».

3. En quoi l'absence de doute en religion et en politique est-elle à l'origine des maux évoqués par Russell ? Analysez cela à partir d'un exemple de votre choix.

B. Éléments de synthèse

1. Quelle est la question examinée par l'auteur dans ce texte ?

2. Dégagez les différentes étapes du raisonnement de l'auteur.

3. Dégagez l'idée principale du texte.

C. Commentaire

1. Pourquoi les domaines qui sont le plus éloignés de la vérité sont-ils ceux où nous doutons le moins ?

2. En prenant appui sur votre compréhension du texte, vous vous demanderez si l'éducation et l'instruction permettent d'apaiser les relations entre les êtres humains.

Consultez la solution proposée pour comparer votre explication de texte.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Expliquer le texte suivant : [Russell, Essais sceptiques, 1928]

Réponse : Sens du texte : Russell oppose deux attitudes face à la croyance. Dans la science, on accroît le degré de vérité de nos croyances de quatre façons : en écoutant tous les partis, en établissant tous les faits pertinents, en confrontant les opinions opposées par la discussion et en rejetant toute hypothèse invalidée. Cette méthode produit un savoir provisoire, approximatif, toujours révisable, et donc empreint de doute. En religion et en politique au contraire, on exige une opinion dogmatique, imposée par la contrainte (prison, faim, guerre) et soustraite à toute discussion contradictoire. Or c'est précisément l'absence de doute (le dogmatisme) dans les domaines les plus éloignés de la certitude qui engendre les pires maux : guerres, persécutions, rétrécissement des esprits. Russell en conclut qu'une attitude agnostique (suspendre son jugement, admettre qu'on peut se tromper) guérirait « neuf dixièmes des maux du monde moderne ». L'éducation devrait donc viser à élargir les esprits plutôt qu'à les enfermer dans des certitudes. Plan possible (option n°2) : 1. La méthode scientifique du doute : écoute de tous les partis, établissement des faits, confrontation des opinions, rejet des hypothèses invalidées -> un savoir approximatif mais fiable, toujours ouvert à la révision. 2. Le contraste avec la religion et la politique : l'exigence de dogmatisme, imposée par la violence, interdit toute discussion rationnelle alors même que la certitude y est la moins fondée. 3. Les conséquences : guerres, persécutions, rétrécissement des esprits ; la portée de l'éducation, qui devrait cultiver le doute plutôt que le dogmatisme, pour apaiser les rapports humains. Réponses aux questions de l'option n°1 (à développer) : A1. « Douter » désigne ici l'attitude de suspension du jugement : on reconnaît qu'une croyance n'est qu'approximative et révisable. Ce n'est pas un scepticisme paralysant, mais une ouverture à la correction. A2. Les quatre méthodes sont l'écoute de tous les partis, la recherche exhaustive des faits, la confrontation des opinions opposées et le rejet des hypothèses invalidées. Elles accroissent la vérité parce qu'elles soumettent la croyance à l'épreuve de la contradiction et de l'expérience, ce qui élimine progressivement l'erreur et les préjugés individuels. A3. L'absence de doute conduit à imposer une opinion par la force plutôt que par la preuve. Exemples possibles : les guerres de religion, ou les totalitarismes politiques du XXe siècle, où le refus de la contradiction a justifié persécutions et conflits. B1. La question examinée porte sur les conditions qui permettent d'accroître la vérité de nos croyances, et sur les effets du dogmatisme dans les domaines où la certitude est la moins fondée. B2. Étapes : (1) présentation des méthodes scientifiques du doute ; (2) opposition avec le dogmatisme religieux et politique ; (3) conséquences néfastes du dogmatisme ; (4) rôle correcteur de l'attitude agnostique et de l'éducation. B3. Idée principale : le doute méthodique, loin d'être un obstacle, est la condition du progrès vers la vérité et de la paix entre les hommes. Le dogmatisme, à l'inverse, est d'autant plus violent qu'il est moins fondé. C1. Là où les preuves manquent (religion, politique), les croyances reposent sur l'appartenance, l'intérêt, la passion et l'identité du groupe, non sur l'examen. Ne pouvant se justifier par des raisons, elles se défendent par la certitude affichée et par la force. Douter y apparaîtrait comme une trahison. En science, au contraire, l'habitude de la preuve rend conscient des limites du savoir. C2. L'éducation peut apaiser les relations humaines si elle forme l'esprit critique : apprendre à examiner, à écouter l'autre, à reconnaître sa faillibilité, ce qui rejoint la tolérance. Mais l'instruction seule ne suffit pas : elle peut servir l'endoctrinement (propagande des régimes totalitaires), et des peuples instruits ont fait la guerre. C'est donc la manière d'éduquer (élargir ou rétrécir les esprits) qui décide, comme le dit Russell.

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