Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Métropole 2022 (sujet 1)

Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Métropole France 1 (2022)

Énoncé

Le candidat traite l'étude critique de document(s) suivante

Étude critique de documents: l'évolution des formes de la guerre

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, caractérisez les différentes formes de guerres.

Document 1

Document 2

Composé en bonne partie de moudjahidines étrangers ayant prêté allégeance à Oussama Ben Laden, mais contrôlé en Irak même par le Jordanien Abou Moussad Al-Zarquaoui, AQI (Al-Qaïda en Irak) est à l'origine d'une campagne d'une extrême violence contre les forces de la coalition, le gouvernement irakien et les chiites du pays. Son objectif avoué consiste à faire voler en éclats le nouvel Irak en vue d'y instituer un califat. Par habitude, nous avons entrepris de cartographier l'organisation en lui attribuant une structure militaire traditionnelle, avec ses échelons et ses rangs. Au sommet se trouvait Al-Zarkaoui, suivi d'une succession de lieutenants et de fantassins. Cependant, plus nous y réfléchissons, plus nous constatons que ce modèle ne fonctionnait pas. Les lieutenants d'AQI n'attendaient pas les directives de leurs supérieurs pour agir, et encore moins les ordres de Ben Laden. Les décisions se prenaient de façon décentralisée, mais rapide, puis étaient transmises horizontalement à travers l'organisation. Les combattants d'Al-Zarkaoui étaient bien adaptés aux régions qu'ils fréquentaient, comme Falloujah et Al-Qaim, dans la province orientale d'Anbar, et grâce à la technologie moderne, ils entretenaient des liens étroits avec le reste de la province et du pays. Argent, propagande et information circulaient à un rythme alarmant, permettant une coordination rapide et efficace. Nous les voyions changer de tactique (passer d'attaques à la roquette à des attentats suicides, par exemple) quasi simultanément dans différentes villes. Ils exécutaient une funeste chorégraphie dont la structure, souvent méconnaissable, était en constante évolution.

1 Combattants engagés dans le Djihad

2 Villes d'Irak

Source: propos tenus en 2011 dans la revue Foreign Policy par le commandant des forces spéciales américaines Stanley McChrystal (2003-2008), in Jérémy Scahill, Dirty Wars. Le nouvel art de la guerre, 2014

Énoncé: Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Métropole 2022 (sujet 1)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, caractérisez les différentes formes de guerres.

Réponse : Introduction Le Document 1 est une estampe de Johann Lorenz Rugendas (1775-1826), *La grande bataille d'Austerlitz*, réalisée au début du XIXe siècle. Elle représente la bataille livrée le 2 décembre 1805 par l'armée de Napoléon Ier contre les armées austro-russes. Elle illustre la guerre européenne classique de l'époque. Le Document 2 rapporte les propos tenus en 2011 dans la revue *Foreign Policy* par Stanley McChrystal, commandant des forces spéciales américaines en Irak (2003-2008). Il y décrit le fonctionnement d'AQI (Al-Qaïda en Irak), dirigé par Abou Moussab Al-Zarkaoui. Ces deux documents permettent de confronter deux formes de guerre séparées par deux siècles : la guerre interétatique classique et la guerre irrégulière contemporaine. Il s'agit de caractériser ces formes de guerre et de comprendre leur évolution. I. La bataille d'Austerlitz : la guerre classique interétatique (Document 1) La gravure montre une bataille rangée et frontale. Des armées régulières s'y affrontent, alignées en ordre de bataille : infanterie en colonnes et en lignes, cavalerie, artillerie au premier plan. Les chefs sont identifiables : Napoléon et son état-major à cheval occupent le centre de la composition. C'est une guerre entre États souverains (la France contre l'Autriche et la Russie). Elle se joue en une journée décisive, sur un espace limité, et recherche une victoire militaire tranchée. Cette victoire a des effets diplomatiques immédiats : elle conduit au traité de Presbourg. Cette guerre obéit à des règles et à une chaîne de commandement verticale. Elle oppose des soldats en uniforme, distincts des civils. Cette conception est celle que théorise Clausewitz : « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ». Le document a une limite : c'est une œuvre de représentation, en partie héroïsante, qui met en scène l'Empereur et estompe la violence subie par les combattants. II. AQI en Irak : une guerre irrégulière, décentralisée et mondialisée (Document 2) À l'inverse, McChrystal décrit un acteur non étatique. Il est composé de combattants étrangers (moudjahidines) qui ont prêté allégeance à Ben Laden, et de combattants locaux. AQI n'a ni front ni bataille rangée. Il mène une campagne de violence diffuse (attentats, guérilla urbaine) contre les forces de la coalition, le gouvernement irakien et les chiites, donc aussi contre des civils. Son objectif est politico-religieux : détruire le nouvel État irakien pour instaurer un califat. Le général reconnaît l'échec du modèle militaire traditionnel, pyramidal, pour comprendre l'organisation. Les décisions sont décentralisées et circulent horizontalement : AQI fonctionne en réseau, ce qui lui donne rapidité d'adaptation et résilience. La technologie moderne permet de coordonner des cellules dispersées (Falloujah, Al-Qaim) : argent, propagande et informations circulent vite. Les tactiques changent en permanence (attaques à la roquette, attentats-suicides). C'est le signe d'une guerre asymétrique : le plus faible compense son infériorité militaire par la mobilité, la clandestinité et la terreur. Le document a lui aussi une limite : c'est le témoignage d'un acteur engagé, qui peut chercher à justifier les difficultés de l'armée américaine. III. Une évolution profonde des formes de la guerre La confrontation des deux documents montre le passage d'une guerre interétatique, symétrique, hiérarchisée et limitée dans le temps et l'espace, à des conflits asymétriques. Dans ces conflits, un État ou une coalition affronte des acteurs non étatiques organisés en réseaux transnationaux. Ils mêlent guérilla, terrorisme et guerre civile. La frontière entre combattants et civils s'efface, de même que la distinction entre guerre et paix. Ces conflits durent : l'Irak en est l'exemple après l'intervention américaine de 2003. Cette évolution s'explique par plusieurs facteurs : - la fin de la bipolarité ; - la mondialisation des idéologies, notamment du djihadisme après le 11 septembre 2001 ; - la diffusion des technologies de communication ; - l'affaiblissement de certains États. Elle oblige les armées régulières à repenser leur doctrine : contre-insurrection, forces spéciales, renseignement, lutte contre les réseaux. Conclusion D'Austerlitz à l'Irak, la guerre est passée d'un affrontement réglé entre armées d'États à des conflits irréguliers, asymétriques et en réseau, menés par des acteurs non étatiques. Le modèle clausewitzien n'a pas disparu, mais il ne suffit plus à penser les conflits contemporains.

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