Exercice Étude critique de documents 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Métropole 2 remplacement 2021

Thème : Formes de conflits et tentatives de paix dans le monde actuel : typologie et acteurs · Tiré du sujet Métropole France 2 remplacement (2021)

Énoncé

Étude critique de documents 2: Le cyberespace, un espace conflictuel ?

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que le cyberespace constitue un espace de conflictualité.

Document 1

Station d'écoute du réseau Echelon de Morwenstow au Royaume-Uni. Echelon est le nom de code d'un système d'interception de communications privées et publiques, initié par les États-Unis pendant la guerre froide. Cette base est gérée par les services britanniques.

Document 2

Au-delà du plaisir de l'hommage à son auteur, l'analogie à l'ouvrage fondateur d'Yves Lacoste La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre se justifie par le constat, d'une part, de l'explosion de la conflictualité dans le cyberespace, devenu un nouveau vecteur des affrontements géopolitiques et même un nouveau domaine militaire dans les stratégies et doctrines de nombreuses nations et, d'autre part, de sa militarisation – à savoir un jeu de processus sociaux, politiques et économiques visant à l'acceptation d'une approche militaire pour régler un problème – dans une dynamique de prolifération des armes et des menaces qui structurent désormais son évolution et sa régulation. Bien sûr, comme la géographie, le cyberespace n'a pas été inventé pour faire la guerre et ne sert pas seulement à faire la guerre. On pourrait même avancer que les attaques menées jusqu'ici sont restées sous le seuil de ce que l'on qualifie de guerre au sens du droit international. Elles soulèvent néanmoins des difficultés de détermination des seuils de gravité en raison des audaces et des provocations des protagonistes les plus entreprenants. Le cyberespace a complètement révolutionné nos modes de vie, bouleversé nos économies et permis des progrès importants pour nos sociétés. Mais les bénéfices apportés par la révolution numérique sont désormais menacés justement parce que le cyberespace sert, d'abord, à faire la guerre.

Premièrement, l'usage du cyberespace à des fins offensives par de multiples acteurs, notamment les États, entraîne des risques d'escalade des conflits et de déstabilisation des sociétés qui menacent la paix et la sécurité internationales. [...]

Deuxièmement, dans un contexte géopolitique instable marqué par la persistance d'une menace terroriste, l'affaiblissement des instances multilatérales et le clair retour de la compétition stratégique entre grandes puissances, les États se réservent des moyens d'agir et ne sont pas prêts à renoncer à certaines de leurs activités qui mettent pourtant en péril la sécurité et la stabilité du cyberespace. Le contexte de défiance et de rivalités de pouvoir limite la coopération à l'échelle internationale et constitue un frein aux efforts de régulation nécessaires pour assurer la sécurité et la stabilité du cyberespace face au risque systémique, interrogeant la notion même de sécurité dans le cyberespace.

Source: Frédérick Douzet et Aude Géry, « Le cyberespace, ça sert, d'abord, à faire la guerre. Prolifération, sécurité et stabilité du cyberespace », Hérodote, vol. 177-178, 2020

Rédigez votre étude critique de documents en vous appuyant sur les deux documents et sur vos connaissances personnelles.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que le cyberespace constitue un espace de conflictualité.

Réponse : Une étude critique réussie s'organise en introduction (définition du cyberespace, présentation des documents et de leurs limites, problématique, annonce du plan), développement en deux ou trois axes, et conclusion. Introduction : Le cyberespace désigne l'espace numérique mondial constitué des réseaux informatiques, des données et des acteurs qui les utilisent. Le Document 1 est une photographie (capture Google Street View, 2010) de la station d'écoute britannique d'Echelon à Morwenstow, symbole ancien de l'interception des communications ; le Document 2 est un extrait d'un article scientifique de géopolitique (Hérodote, 2020) analysant la militarisation du cyberespace. Problématique possible : en quoi le cyberespace, né d'une révolution technologique civile, est-il devenu un nouvel espace de conflictualité entre États et acteurs non étatiques ? I. Un espace historiquement investi par les États à des fins de surveillance et de renseignement : le Document 1 illustre, avec les paraboles de Morwenstow, l'ancienneté de la surveillance des communications (réseau Echelon né pendant la guerre froide, alliance des Five Eyes) ; cela montre que bien avant l'essor d'Internet grand public, les États ont fait du cyberespace (au sens large des télécommunications) un outil stratégique. II. Une intensification récente de la conflictualité, appuyée sur la militarisation du cyberespace : le Document 2 montre que le cyberespace est devenu un « nouveau domaine militaire » et un « vecteur des affrontements géopolitiques », avec une logique de prolifération des armes numériques et un risque d'escalade des conflits (paragraphe « Premièrement »). On peut mobiliser des exemples de connaissances personnelles : cyberattaques étatiques (Stuxnet contre l'Iran, ingérences russes, attaques chinoises ou nord-coréennes), cyberdéfense (commandement cyber créé par plusieurs États dont la France), guerre informationnelle. III. Les limites de la régulation face à un risque systémique : le Document 2 souligne que le contexte de rivalités entre grandes puissances et l'affaiblissement des instances multilatérales freinent la coopération internationale, alors que le droit international peine à qualifier ces actions de « guerre ». On peut évoquer les tentatives de régulation (ONU, groupe d'experts gouvernementaux, propositions de traités sur la cybersécurité) et leurs limites. Conclusion : le cyberespace, né d'une innovation technologique aux bénéfices considérables, est devenu un espace de pouvoir et de rivalités où États et acteurs non étatiques s'affrontent, sans qu'un cadre juridique international efficace parvienne encore à en réguler les usages conflictuels.

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