Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Métropole remplacement 2024
Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2024)
Énoncé
Objet d'étude: La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
Vous commenterez le texte suivant:
Anna de NOAILLES, L'Ombre des jours, « Les Regrets », 1902
LES REGRETS
Allez, je veux rester seule avec les tombeaux;
— Les morts sont sous la terre et le matin est beau,
L'air a l'odeur de l'eau, de l'herbe, du feuillage,
Les morts sont dans la mort pour le reste de l'âge...
5 Un jour, mon corps dansant sera semblable à eux,
J'aurai l'air de leur front, le vide de leurs yeux,
J'accomplirai cet acte unique et solitaire,
Moi qui n'ai pas joué seule, aux jours de la terre.
— Tout ce qui doit mourir, tout ce qui doit cesser,
10 La bouche, le regard, le désir, le baiser,
Être la chose d'ombre et l'être de silence
Tandis que le printemps vert et vermeil 1 s'élance
Et monte trempé d'or, de sève et de moiteur.
Avoir eu comme moi le cœur si doux, le cœur
15 Plein de plaisir, d'espoir, de rêve et de mollesse
Et ne plus s'attendrir de ce que l'aube naisse:
Être au fond du repos l'éternité du temps.
— D'autres seront alors vivants, joyeux, contents,
Des hommes marcheront auprès des jeunes filles,
20 Ils verront des labours, des moissons, des faucilles 2,
La couleur délicate et changeante des mois.
Moi, je ne verrai plus, je serai morte, moi,
Je ne saurai plus rien de la douceur de vivre...
Mais ceux-là qui liront les pages de mon livre,
25 Sachant ce que mon âme et mes yeux ont été,
Vers mon ombre riante et pleine de clarté
Viendront, le cœur blessé de langueur 3 et d'envie,
Car ma cendre sera plus chaude que leur vie...
1 Vermeil: d'un rouge éclatant ou d'un éclat doré.
2 Faucilles: outils employés aux champs.
3 Langueur: douce mélancolie.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous commenterez le texte suivant : Anna de NOAILLES, L'Ombre des jours, « Les Regrets », 1902
Réponse : Proposition d'axes de lecture et de commentaire : Introduction : - Accroche : Au tournant des XIXe et XXe siècles, Anna de Noailles (1876-1933) développe un lyrisme vibrant et panthéiste, habité à la fois par l'amour de la vie et par l'angoisse de la mort. - Présentation du texte : « Les Regrets », extrait de *L'Ombre des jours* (1902), est une méditation élégiaque devant les tombeaux. La poétesse y envisage sa propre disparition puis affirme le triomphe de la poésie sur le néant. - Problématique : Comment Anna de Noailles transforme-t-elle l'angoisse de la mort en célébration de la vie et en affirmation du pouvoir immortalisant de l'écriture ? - Annonce du plan : Nous étudierons d'abord la méditation élégiaque sur une mort inéluctable, puis l'éloge sensuel d'une vie dont la perte nourrit les regrets, enfin le renversement final par lequel l'œuvre poétique triomphe de la mort. --- Axe 1 : Une méditation élégiaque sur la fatalité de la mort 1. *Un face-à-face solitaire et solennel :* - L'impératif « Allez » congédie les vivants et isole la poétesse « seule avec les tombeaux ». - La répétition de « Les morts sont » (v. 2 et 4) et le polyptote « morts / mort » martèlent l'irréversibilité du trépas (« pour le reste de l'âge »). 2. *L'anticipation de sa propre mort :* - Le futur prophétique (« sera semblable à eux », « J'aurai l'air de leur front, le vide de leurs yeux ») oppose le « corps dansant » à l'immobilité du cadavre. - La mort est un « acte unique et solitaire », d'autant plus cruel pour celle « qui n'a pas joué seule ». - Elle est vécue comme une dépersonnalisation : « la chose d'ombre », « l'être de silence », « l'éternité du temps ». --- Axe 2 : L'éloge d'une vie sensuelle et le déchirement des regrets 1. *L'effervescence de la nature :* - Une évocation sensorielle : odeurs de « l'eau, de l'herbe, du feuillage », couleurs du « printemps vert et vermeil ». - Un élan vital : « s'élance / Et monte trempé d'or, de sève et de moiteur ». - L'antithèse entre la lumière du matin ou de l'aube et l'ombre souterraine rend la mort plus scandaleuse. 2. *La dépossession et l'exclusion :* - L'accumulation « La bouche, le regard, le désir, le baiser » énumère les plaisirs perdus. - Les infinitifs (« Être », « Avoir eu », « ne plus s'attendrir ») donnent une portée générale à la plainte. - La vie continuera sans elle : « D'autres seront alors vivants, joyeux, contents », couples, travaux des champs, « couleur délicate et changeante des mois ». - L'insistance du pronom tonique (« Moi, je ne verrai plus, je serai morte, moi ») et la négation (« Je ne saurai plus rien de la douceur de vivre ») donnent tout son sens au titre des « Regrets ». --- Axe 3 : Le triomphe final de la poésie sur la mort 1. *Un renversement :* - La conjonction « Mais » (v. 24) introduit une volta : la mort n'a pas le dernier mot. - Le « livre » transmet aux lecteurs futurs « ce que mon âme et mes yeux ont été ». 2. *Une immortalité lumineuse et paradoxale :* - Les oxymores « mon ombre riante et pleine de clarté » et « ma cendre sera plus chaude que leur vie » inversent les valeurs : la morte paraît plus vivante que les vivants. - Les lecteurs, « le cœur blessé de langueur et d'envie », éprouveront à leur tour le regret ; le rapport de force s'inverse. - Le poème rejoint le topos de l'*exegi monumentum* : l'œuvre assure la survie du poète, avec une sensualité propre à Noailles. --- Conclusion : Partant d'une méditation funèbre, le poème dit avec intensité l'amour de la vie et la douleur de la perdre. Il s'achève pourtant sur une affirmation orgueilleuse : grâce à l'écriture, la poétesse survit et rayonne plus que ses lecteurs. Ce lyrisme rappelle Ronsard, qui promettait l'immortalité par ses vers, et l'élégie romantique de Lamartine.
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