Exercice 2- Commentaire · Bac Français (1ère) Métropole remplacement 2021
Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2021)
Énoncé
2- Commentaire (20 points)
Objet d'étude: La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
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Philippe JACCOTTET, « La Promenade à la fin de l'été »
Nous avançons sur des rochers de coquillages,
Sur des socles bâtis de libellules et de sable,
promeneurs amoureux surpris de leur propre voyage,
corps provisoires, en ces rencontres périssables.
5 Repos d'une heure sur les basses tables de la terre.
Paroles sans beaucoup d'écho. Lueurs de lierre.
Nous marchons entourés des derniers oiseaux de l'automne
et la flamme invisible des années bourdonne
sur le bois de nos corps. Reconnaissance néanmoins
10 à ce vent dans les chênes qui ne se tait point.
En bas s'amasse l'épaisseur des morts anciens,
la précipitation de la poussière jadis claire,
la pétrification des papillons et des essaims,
en bas le cimetière de la graine et de la pierre,
15 les assises 1 de nos amours, de nos regards et de nos plaintes,
le lit profond dont s'éloigne au soir toute crainte.
Plus haut tremble ce qui résiste encore à la défaite,
plus haut brillent la feuille et les échos de quelque fête;
avant de s'enfoncer à leur tour dans les fondations,
20 des martinets 2 fulgurent 3 au-dessus de nos maisons.
Puis vient enfin ce qui pourrait vaincre notre détresse,
l'air plus léger que l'air et sur les cimes la lumière,
peut-être les propos d'un homme évoquant sa jeunesse,
entendus quand la nuit s'approche et qu'un vain bruit de guerre
25 pour la dixième fois vient déranger l'exhalaison 4 des champs.
Philippe Jaccottet, L'Ignorant, 1952-1956
1 Assises: sens 1: couche qui sert de base à quelque chose. / sens 2: réunion de personnes ayant des intérêts ou des goûts communs.
2 Martinet: oiseau migrateur, proche de l'hirondelle.
3 Fulgurer: briller d'une lumière éclatante.
4 Exhalaison: émanation, effluve, odeur.

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Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
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Réponse : ### Proposition de parcours de commentaire composé #### Introduction - Accroche / Contexte : Philippe Jaccottet (1925-2021) publie *L'Ignorant* (1952-1956), recueil d'une poésie de l'effacement, de la simplicité et de l'attention au monde sensible. - Présentation du texte : « La Promenade à la fin de l'été » met en scène une déambulation à la fois concrète et méditative. Elle a lieu à un moment charnière, le passage de l'été à l'automne, propice à une réflexion sur la fuite du temps et la finitude. Le poème est écrit en vers longs et libres, avec des rimes ou assonances souples (sable/périssables, terre/lierre, automne/bourdonne). - Problématique : Comment cette promenade méditative permet-elle au poète de dépasser l'angoisse de la mortalité par une quête de sérénité et de lumière ? - Annonce du plan : 1. Une promenade crépusculaire marquée par la conscience de la finitude. 2. Une topographie symbolique : de la pesanteur de la terre à l'appel des hauteurs. 3. Une clarté fragile mais apaisante : le dépassement de la détresse. --- #### Axe I – Une promenade crépusculaire marquée par la conscience de la mortalité 1. Une marche sous le signe de l'éphémère et de la fragilité : - Des images paradoxales d'instabilité : les « rochers de coquillages » et les « socles bâtis de libellules et de sable » sont des fondations précaires faites de restes de vivants. - La désignation des êtres : « corps provisoires », « rencontres périssables ». - La métaphore du « bois de nos corps » consumé par « la flamme invisible des années » qui « bourdonne » : c'est l'usure lente et silencieuse du temps. - Le « nous » des « promeneurs amoureux » fait d'une expérience intime une condition partagée. 2. La transition saisonnière comme métaphore du déclin : - Le titre (« fin de l'été ») et les « derniers oiseaux de l'automne » inscrivent le déclin dans le paysage. - Des phrases nominales brèves (« Repos d'une heure… », « Paroles sans beaucoup d'écho. Lueurs de lierre. ») installent une atmosphère d'atténuation et de silence. - Une première résistance apparaît pourtant : « Reconnaissance néanmoins / à ce vent dans les chênes qui ne se tait point ». --- #### Axe II – Une géographie verticale : l'abîme terrestre et l'essor vers le haut 1. « En bas » : l'enfouissement et le travail de la mort : - L'anaphore de « En bas » (v. 11, v. 14) organise une longue énumération de groupes nominaux : « l'épaisseur des morts anciens », « cimetière de la graine et de la pierre ». - Les nominalisations (« précipitation », « pétrification ») décrivent un processus de sédimentation où le vivant se minéralise. - Le double sens d'« assises » (couche de base / réunion) fait des morts le socle de « nos amours, de nos regards et de nos plaintes ». - Cette terre n'est pas seulement effrayante : c'est un « lit profond dont s'éloigne au soir toute crainte », la mort comme repos. 2. « Plus haut » : les soubresauts de la vie : - L'anaphore opposée (« Plus haut », v. 17-18) marque un sursaut : « ce qui résiste encore à la défaite ». - Des éclats de lumière et de vie apparaissent : la feuille qui brille, les « échos de quelque fête », les martinets qui « fulgurent » (le verbe exprime l'éclat bref). - Cet élan reste provisoire : « avant de s'enfoncer à leur tour dans les fondations ». Le haut est voué à rejoindre le bas. --- #### Axe III – Une clarté fragile mais apaisante : le dépassement de la détresse 1. L'air, la lumière et la voix humaine comme remèdes : - Le dernier mouvement (« Puis vient enfin ») ouvre la possibilité d'un salut : « ce qui pourrait vaincre notre détresse ». Le conditionnel et « peut-être » en soulignent la modestie. - Le polyptote « l'air plus léger que l'air » suggère une transcendance au cœur même du sensible, et « sur les cimes la lumière » achève l'élévation. - Une parole humaine et transmise (« les propos d'un homme évoquant sa jeunesse ») répond aux « paroles sans beaucoup d'écho » du début. La mémoire fait vivre ce qui disparaît. 2. Une sérénité lucide face à l'histoire : - Le « vain bruit de guerre » qui revient « pour la dixième fois » rappelle la violence et la répétition de l'Histoire, jugée dérisoire (« vain »). - Le poème se clôt pourtant sur « l'exhalaison des champs ». Le dernier mot revient à la terre vivante et sensorielle. - Le vers final, ample, mime cet apaisement. La poésie de Jaccottet ne nie pas la mort : elle recueille des éclats de lumière, modestes mais réels. --- #### Conclusion - Bilan : La promenade devient une méditation sur la finitude. Elle passe d'une conscience aiguë de l'éphémère à une topographie verticale (bas/haut), puis à une lumière fragile capable de « vaincre notre détresse ». - Réponse à la problématique : Le dépassement de l'angoisse n'est pas une victoire triomphale. C'est une consolation discrète, faite d'attention au monde et de parole partagée. - Ouverture : On peut rapprocher ce poème de la poésie d'Yves Bonnefoy ou de la méditation lamartinienne (« L'Automne »). Jaccottet s'en distingue par le refus de l'emphase et le choix de l'« ignorance » humble.
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