Exercice 2 - Sujet B : Contraction de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2026

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

Sujet B – Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686 - Parcours: Le goût de la science.

Contraction de texte (10 points)

Sujet B – Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686 - Parcours: Le goût de la science.

Texte d'après Étienne Klein, « Un peu de malice pour redonner du goût aux sciences », L'Express, 10 novembre 2022.

Notre société a beau être façonnée par le savoir, l'écrasante majorité des citoyens

manque d'intérêt pour les questions scientifiques.

Comment ne pas voir que la science est devenue un « fait social total » 1 ? Pourtant,

d'un point de vue strictement intellectuel, elle tend à se marginaliser. En juin 2022, tirant les

5 leçons de ce qu'il appelle « la faillite des clercs 2 » durant la pandémie de Covid-19, le

philosophe Jean-Pierre Dupuy déplorait l'inculture de nombreux intellectuels français en

matière scientifique et technique: « Il est stupéfiant que ceux qui se penchent sur la crise

de nos démocraties ne mentionnent jamais ce fait massif: voici des sociétés profondément

façonnées par le savoir scientifique et technique et dans lesquelles l'écrasante majorité des

10 citoyens n'a qu'un accès médiocre ou nul à ce savoir-là. On pointe et condamne les

inégalités jusque dans les recoins les plus obscurs de l'ordre social, mais de celle-là, nul ne

parle. Dans ce domaine, beaucoup d'intellectuels français font partie de la classe

prolétarienne 3. »

Le jugement est sans doute sévère, mais il faut bien reconnaître que l'indifférence

15 affichée par certains esprits à l'égard de tout ce qui a trait aux connaissances scientifiques

ne fait pas d'elle-même souffler le vent de la pensée: il ne suffit pas d'ignorer la science

pour préserver la culture, ni de la dénigrer pour doper l'intelligence.

Reste que personne ne peut se faire une bonne culture à la fois en physique des

particules, en génétique, en génie nucléaire, en climatologie, en immunologie et en

20 algorithmique. Les scientifiques, qu'on a tendance à opposer au grand public en les

rangeant dans une seule et même case, ne sont en général compétents que localement,

c'est-à-dire dans et aux abords de leur propre discipline. Demandez à brûle-pourpoint 4 à un

physicien de vous expliquer ce qu'est un OGM ou comment fonctionne un vaccin à ARN

messager, il sera bien embarrassé; de même pour un biologiste si vous l'interrogez sur la

25 nucléosynthèse primordiale ou la violation de la symétrie CP dans les interactions faibles.

Pour toutes ces raisons, on ne saurait défendre une conception scolaire de la démocratie:

un citoyen qui se montre indifférent aux sciences n'est pas un moins bon citoyen qu'un autre

qui s'y intéresse.

À première vue, la vulgarisation 5 remporte un franc succès. Vous écrivez des livres ?

30 Ils sont lus, du moins par certains. Vous donnez des conférences ? Des gens s'y rendent.

Mais si l'on fait les comptes, on comprend que le constat de ce succès est fortement biaisé 6

par l'oubli d'un truisme 7: la vulgarisation scientifique n'intéresse a priori que les personnes

qui s'intéressent à… la vulgarisation scientifique ! C'est-à-dire finalement très peu de gens.

La plus grande partie de la population n'a guère de contacts directs avec de véritables

35 contenus scientifiques, qu'il s'agisse de résultats, de démonstrations ou d'expériences. Elle

s'abreuve à d'autres sources.

Cela a pour effet – ainsi que le montrent plusieurs études – que notre pays décroche

dans la maîtrise des connaissances mathématiques et scientifiques, notamment au sein de

la population jeune. Et cela explique la raison pour laquelle notre société a tant de mal à

40 débattre du type de compagnonnage qu'elle souhaite avoir avec les nouvelles technologies.

À l'heure où paraissent ses Œuvres complètes, n'est-il pas temps de nous inspirer

de la vivacité d'esprit de Michel Serres, aussi bien pour l'éducation des plus jeunes que pour

la diffusion des connaissances au sein de la société ? Pour avoir assidûment étudié les

questions scientifiques, lui était bien conscient qu'il y a un réel « érotisme des problèmes 8 »

45 qui crée une véritable fête de l'esprit par l'association jouissive de réflexions, de

connaissances, d'émotions, d'idées de génies… Si l'on veut donner le goût des sciences, il

convient de commencer par donner du goût aux sciences. Par exemple, en saisissant toutes

les occasions d'expliquer – et pourquoi pas avec malice ? – les véritables histoires des

découvertes plutôt que des vulgates 9 plates qui les résument et souvent les trahissent.

50 Comment, au cours de l'histoire des idées, une connaissance scientifique est-elle devenue

une connaissance digne de ce nom ? La Terre est ronde, soit. L'atome existe, c'est entendu.

Les espèces vivantes évoluent, c'est bien certain. Mais grâce à quels arguments,

observations, raisonnements, expériences, errances, les humains ont-ils fini par le savoir ?

744 mots

1 Fait social total: sujet qui concerne toute la société.

2 Clerc: personne instruite.

3 Prolétarienne: qui appartient aux classes populaires.

4 À brûle-pourpoint: spontanément.

5 Vulgarisation: simplification pour faire comprendre au plus grand nombre.

6 Biaisé: déformé.

7 Truisme: vérité d'évidence.

8 « Érotisme des problèmes »: le fait que les questions scientifiques provoquent du désir et du plaisir.

9 Vulgates: discours simplifiés et convenus.

Vous résumerez ce texte en 186 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre texte comptera au moins 167 mots et au plus 205 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Énoncé: Exercice 2 - Sujet B : Contraction de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2026

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Contraction de texte en 186 mots (+/- 10 %)

Réponse : Bien que le savoir forge notre société, les citoyens s'en désintéressent. Pourtant centrale, la science subit une marginalisation intellectuelle. Comme le dénonçait Jean-Pierre Dupuy, l'ignorance scientifique reste massive, y compris chez les élites intellectuelles, sans que cette injustice n'émeuve. L'indifférence envers les sciences ne saurait [50] cependant témoigner d'une pensée féconde. Néanmoins, personne ne peut maîtriser toutes les disciplines : les chercheurs eux-mêmes sont hyperspécialisés. Ainsi, l'abstention scientifique ne fait pas d'un individu un mauvais citoyen. En apparence florissante, la vulgarisation ne touche en réalité qu'un public déjà acquis. Cet isolement intellectuel [100] aggrave le décrochage national dans les disciplines scientifiques et entrave le débat démocratique sur les nouvelles technologies. Pour remédier à cela, inspirons-nous de Michel Serres en stimulant le plaisir intellectuel. Susciter l'attrait pour la science exige d'en valoriser la saveur propre. Plutôt que de diffuser des résumés [150] simplificateurs qui la dénaturent, racontons avec piquant la genèse concrète des découvertes. Rappelons par quelles hypothèses, controverses, démarches et péripéties humaines les connaissances fondamentales ont été historiquement forgées. [178 mots]

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