Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2024

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2024)

Énoncé

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 200 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 180 mots et au plus 220 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Texte de Benoîte Groult, Ainsi soient-elles au XXI e siècle, 2000.

On ne se construit pas sans son passé. J’ignorais tout de ma propre histoire quand parut Le Deuxième Sexe 1 et jusqu’au nom de ces rebelles, de ces féministes avant la lettre qu’avaient été Olympe de Gouges, Pauline Roland, Hubertine Auclert, Marguerite Durand et tant d’autres, qui n’étaient jamais citées dans nos manuels scolaires ni évoquées dans nos livres d’histoire. Un autre des essais fondateurs du féminisme moderne, Une chambre à soi 2, écrit en 1923, n’avait toujours pas été traduit en France. Et Virginia Woolf, qui a dénoncé avec tant de subtilité et d’humour l’hégémonie 3 implacable du mâle, restait pour moi une simple romancière. Sans références, sans mots pour le dire, sans modèles féminins prestigieux auxquels nous identifier, comment définir notre malaise, cette sensation de vivre dans un monde dont on nous refusait le code d’accès ?

Les difficiles années d’après-guerre n’encourageaient pas non plus à remettre en question les fondations de la famille et les relations entre les sexes. Il est difficile de s’indigner d’une situation qui se produit et se reproduit depuis tant de siècles comme la chose la plus naturelle du monde.

J’avais eu vingt ans pendant la guerre, j’étais professeur de latin et je n’avais toujours pas le droit de vote. Mais tout le monde semblait trouver cela normal. Il y avait d’autres priorités, n’est-ce pas ? Et puis j’étais une de ces « jeunes filles rangées » comme on en fabriquait des milliers à l’époque, modelées par les écoles chrétiennes, si aptes à juguler tout mauvais esprit chez les filles et à étouffer toute ambition déplacée. Je soupçonnais bien qu’un carcan de traditions et de préjugés m’emprisonnait et que je portais des menottes jusque dans ma tête. Mais je cherchais en vain avec qui et comment exprimer ma révolte.

Jusqu’au jour où éclata la vague de fond de 68 4, portée par une aspiration violente à la liberté et au rejet de tous les pouvoirs qu’incarnait le système patriarcal 5. Pourtant il faudra attendre le reflux de la vague gauchiste en 70 et la déception des lendemains d’utopie, surtout pour les femmes, traditionnelles flouées 6 de ce genre d’aventure, pour que toute une génération de filles nées après guerre comprennent que le salut ne viendrait que d’elles-mêmes et prennent conscience de la nécessité d’une lutte spécifique.

À toute révolution il faut un acte de naissance symbolique. Le nôtre date du 26 août 1970, jour où quelques militantes anonymes eurent l’idée de déposer à l’Arc de Triomphe une gerbe en hommage à la Femme du Soldat Inconnu. Elles furent aussitôt arrêtées par la police, mais dès le lendemain la presse annonçait « la naissance du M.L.F. 7 ». C’est « la libération des femmes, année zéro ! » titrait une revue. Ce mouvement prétendait compléter l’explosion de Mai 68, non pas en mendiant quelques mesures de faveur pour quelques femmes, mais en exigeant « tout le droit pour toutes les femmes », comme l’avait superbement formulé Olympe de Gouges en 1772. Audace qui allait d’ailleurs lui valoir la guillotine.

En donnant la parole aux femmes, à toutes les femmes, en rompant avec la modération des féministes du passé, en reconnaissant enfin la contribution majeure de Beauvoir à cette prise de conscience qui s’opérait dans une confusion joyeuse et féconde, d’innombrables groupes de réflexion allaient entreprendre une étude originale et hardie des multiples aspects de l’oppression des femmes, que tant d’entre nous ignoraient. Toutes les formes de ce que l’ethnologue Germaine Tillion appelait « la plus massive survivance de l’esclavage » sont brutalement mises en lumière. Des tabous sautent… Le langage est subverti 8 … les fondements de la famille traditionnelle sont ébranlés et mes propres fondements, sur lesquels j’avais vécu tant bien que mal depuis quarante ans, se lézardaient 9 eux aussi. Dans l’effervescence de ces groupes débordant d’énergie, exprimée dans d’innombrables journaux qui semblaient se créer par génération spontanée, je découvrais les bienfaits de la prise de parole et de ce que je ne savais pas encore appeler la « sororité » 10 puisque le mot n’existait pas dans la langue française.

On a reproché aux mouvements de libération des femmes de ne pas s’être ouverts aux hommes. C’était un réflexe de survie. La parole des femmes dans une assemblée mixte, j’avais pu l’observer dans des réunions politiques, qu’elles fussent de droite ou de gauche, était considérée comme nulle et non avenue par des auditoires toujours majoritairement masculins. Comme si elles ne s’exprimaient pas en français, leurs propos flottaient dans l’air, dénués de toute signification et de tout intérêt pour les hommes. Là, soudain, entre femmes, je découvrais la liberté de parler et le bonheur d’être écoutée. Envolés la timidité, le manque d’assurance, le doute sur mes propres capacités, la crainte perpétuelle de ne pas être à la hauteur. Tout cela s’évanouissait par le miracle d’une complicité toute neuve.

800 mots

1 Le Deuxième Sexe: essai écrit par Simone de Beauvoir.

2 Une chambre à soi: essai écrit par Virginia Woolf.

3 L’hégémonie: la domination.

4 La vague de fond de 68: mouvement général de protestation en France depuis mai 1968, d’abord étudiant puis ouvrier.

5 Patriarcal: système fondé sur l’autorité détenue par les hommes.

6 Flouées: trompées.

7 M.L.F.: mouvement de libération de la femme.

8 Subverti: bouleversé.

9 Se lézardaient: se fissuraient.

10 La « sororité »: la solidarité entre femmes.

Énoncé: Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2024

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Contraction de texte : vous résumerez ce texte en 200 mots (+/- 10 %, entre 180 et 220 mots).

Réponse : On ne se construit pas sans connaître son passé. J'ignorais tout des pionnières du féminisme, absentes des manuels scolaires, et les ouvrages fondateurs restaient méconnus en France. Privées de références et de modèles, nous ne pouvions nommer notre malaise ni comprendre un monde qui nous excluait. Après la guerre [50], nul ne songeait à contester une domination masculine séculaire, perçue comme naturelle. Je ne votais pas, et mon éducation chrétienne avait étouffé toute ambition. Je pressentais mes chaînes sans savoir avec qui me révolter. Mai 68 ébranla tous les pouvoirs patriarcaux, mais la déception qui suivit convainquit les femmes que [100] leur salut exigeait une lutte spécifique. Le Mouvement de libération des femmes naquit en 1970 : il réclamait non des faveurs, mais tous les droits pour toutes les femmes, comme Olympe de Gouges. Rompant avec la prudence passée et reconnaissant enfin l'apport de Beauvoir, d'innombrables groupes analysèrent l'oppression [150] féminine sous toutes ses formes. Tabous et certitudes vacillaient, les miennes comprises, tandis que je découvrais la force de la parole et de la solidarité entre femmes. On reprocha à ces mouvements d'exclure les hommes. C'était vital : dans les réunions mixtes, la parole féminine était ignorée. Entre femmes [200], je goûtai la liberté de m'exprimer et d'être écoutée, et mes doutes s'évanouirent. *(Nombre total de mots : 216 mots)*

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