Exercice Deuxième partie · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Antilles-Guyane 2026 (jour 1)
Thème : Les expressions de la sensibilité · Tiré du sujet Jour 1 (2026)
Énoncé
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d'hommes et de choses,
il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel
mouvement font les petites fleurs en s'ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des
chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que
5 l'on voyait longtemps approcher, à des jours d'enfance dont le mystère ne s'est pas
encore éclairci, à ses parents qu'il fallait qu'on froissât lorsqu'ils vous apportaient une joie
et qu'on ne la comprenait pas (c'était une joie faite pour un autre), à des maladies
d'enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves
transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des
10 matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui
frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, — et il ne suffit même pas de
savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d'amour, dont
aucune ne ressemblait à l'autre, de cris de femmes en couche, et d'accouchées
endormies, pâles et faibles. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis
15 auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par
à-coups. Et il ne suffit même pas d'avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils
sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d'attendre qu'ils reviennent. Car les
souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n'est que lorsqu'ils deviennent en nous sang,
regard, geste, lorsqu'ils n'ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n'est
20 qu'alors qu'il peut arriver qu'en une heure très rare, du milieu d'eux, se lève le premier
mot d'un vers.
Rainer Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1910,
trad. Maurice Betz modifiée
Deuxième partie: essai philosophique
Faut-il avoir beaucoup vécu pour créer ?

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Faut-il avoir beaucoup vécu pour créer ?
Réponse : Un essai problématisé articulé en trois temps : 1. L'expérience comme terreau indispensable de la création : créer suppose une confrontation intime et dense au monde et à l'existence (comme le soutient Rilke, ou Montaigne pour qui l'expérience instruit l'esprit). 2. La nuance : ce n'est pas tant la quantité d'expériences extérieures qui compte que l'intensité de la perception et la force de l'imagination (exemple de Proust confiné dans sa chambre, ou de poètes précoces comme Rimbaud et Keats qui créent de grands chefs-d'œuvre avec peu d'années vécues). 3. La création comme métamorphose et dépassement du vécu : l'art n'est pas la simple transcription de la vie mais une transfiguration autonome régie par des règles formelles, une pensée et un travail du langage.
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