Exercice Étude critique de document · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Sud 2024 (jour 1)

Thème : Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités dans l'espace et les océans · Tiré du sujet Jour 1 (2024)

Énoncé

Étude critique de document: l'arrivée de nouveaux acteurs dans la course à l'espace

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez comment l'arrivée de nouveaux acteurs renouvelle les enjeux géopolitiques de la course à l'espace.

Document

Le « New Space » est un terme qui désigne l'ensemble des nouvelles entreprises et technologies liées à l'exploration spatiale, aux applications spatiales et aux services spatiaux. Apparue initialement aux États-Unis, il s'agit d'une industrie en croissance rapide, qui inclut les lanceurs de satellites, les constellations de satellites, les véhicules de service en orbite et les technologies de l'exploration de l'espace, comme les robots et les véhicules autonomes pour ne citer qu'eux. Avec comme slogan « l'accès à l'espace pour tous », le New Space conjugue plusieurs variables: une part grandissante de financement du secteur privé, une baisse tendancielle des coûts, un accès facilité aux technologies spatiales, la création de nouveaux produits et services et l'adoption d'une logique de start-up, qui touchent tous les secteurs du domaine spatial (observation de la Terre, télécommunications, services en orbites, etc....). [Avec le développement du New Space ], l'utilisation de l'espace se banaliserait mais surtout les conditions de son exploitation se normaliseraient au sens où les entreprises spatiales pourraient se comporter et édifier leur business model comme n'importe quelle autre entreprise de n'importe quel autre secteur. Généralement plus petites et plus agiles que les grandes entreprises traditionnelles du secteur spatial, les entreprises du New Space sont souvent considérées comme innovantes et disruptives¹, de par les technologies utilisées et l'adoption de modèles économiques novateurs s'appuyant sur l'agilité, l'innovation et une plus grande prise de risques (technologique et économique). Les start-ups du New Space sont souvent soutenues par des investisseurs qui cherchent à profiter de l'essor de l'industrie spatiale et à soutenir les nouvelles technologies qui peuvent avoir un impact significatif sur notre vie quotidienne. Aujourd'hui, le nombre de projets commerciaux supplante celui des projets institutionnels dans presque tous les aspects de l'utilisation et de l'exploration de l'espace. Les petits satellites et les petits lanceurs sont des constituants majeurs de cette approche sous la conjonction de plusieurs facteurs: miniaturisation des composants électroniques, développement de composants standards [...], commercialisation croissante des services de lancement dont l'objectif est d'abaisser drastiquement les coûts de mise en orbite et dédiés aux petits satellites. Ces nouvelles approches technologiques et industrielles impactent la notion de puissance spatiale et semblent proposer des opportunités pour des nouveaux entrants dans le spatial. [...]

De même, le développement de petits satellites est la voie généralement choisie par un pays désireux de commencer à se doter de technologies spatiales. Cependant, depuis quelques années l'approche américaine, et plus largement occidentale, des petits lanceurs et des petits satellites s'inscrit en rupture et à contre-courant de cette tendance historique en misant sur l'émergence d'une demande pour des services spatiaux low cost, proposant des niveaux de performances limités à des coûts attractifs. [...] Ce sont plutôt les lanceurs lourds destinés à des charges utiles traditionnelles comme Space X et Blue Origin qui attirent l'attention des médias et des experts. Cette transformation en cours, qualifiée par certains observateurs de « révolutionnaire », peut-elle dès lors permettre qu'un pays, quel qu'il soit, puisse se doter de capacités spatiales à moindre coût et accéder à un statut de puissance spatiale ?

Florence Gaillard-Sborowsky, Géopolitique de l'espace, à la recherche d'une sécurité spatiale, éditions le cavalier bleu, p. 73-75, 2023

¹ Disruptive: dans ce contexte, se dit d'une entreprise qui crée une véritable rupture dans son secteur d'activité.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez comment l'arrivée de nouveaux acteurs renouvelle les enjeux géopolitiques de la course à l'espace.

Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de réponse attendus : Introduction : - Accroche : Depuis les débuts de l'ère spatiale (Spoutnik en 1957, Apollo 11 en 1969), l'espace a été l'apanage de quelques grandes puissances étatiques engagées dans la Guerre froide (« Old Space »). - Présentation du document : Extrait de *Géopolitique de l'espace, à la recherche d'une sécurité spatiale* (Le Cavalier bleu, 2023). L'auteure, Florence Gaillard-Sborowsky, est une spécialiste des politiques spatiales. Le texte décrit le « New Space » : financements privés, baisse des coûts, logique de start-up, petits satellites et petits lanceurs. - Problématique : Dans quelle mesure l'irruption de ces nouveaux acteurs, privés et étatiques, redéfinit-elle les équilibres de puissance et les rivalités dans l'espace ? - Annonce du plan : I) Le New Space, une rupture qui diversifie les acteurs ; II) Des enjeux géopolitiques renouvelés, entre ouverture et persistance des hiérarchies. I. L'irruption du New Space : une rupture technologique et économique - La fin du quasi-monopole des agences étatiques : Pendant la Guerre froide, la NASA et le programme soviétique pilotaient seuls l'effort spatial. Aujourd'hui, selon le texte, « le nombre de projets commerciaux supplante celui des projets institutionnels ». - Des modèles disruptifs et low cost : - Des start-ups financées par des investisseurs privés côtoient des géants (SpaceX d'Elon Musk, Blue Origin de Jeff Bezos). - La réutilisation des lanceurs (Falcon 9) fait baisser les coûts de mise en orbite. - La miniaturisation et la standardisation (CubeSats) vont dans le même sens. - La diversification des services : - Constellations de télécommunications (Starlink, Kuiper). - Observation de la Terre (Planet Labs). - Tourisme spatial et projets d'exploitation des ressources des corps célestes. II. Le renouvellement des enjeux géopolitiques de la puissance spatiale - Un accès élargi pour de nouveaux États : La baisse des coûts et l'achat de lancements permettent à des puissances moyennes ou émergentes d'accéder à l'espace sans lanceur lourd national. Exemples : sonde Hope des Émirats arabes unis en 2020, Corée du Sud, Inde, pays africains. C'est la question finale posée par l'auteure. - Des usages stratégiques et une militarisation accrue : - Les acteurs privés deviennent des auxiliaires de la puissance : Starlink soutient l'armée ukrainienne depuis 2022. - Cette dépendance des États envers des entreprises pose question. - Des commandements militaires de l'espace sont créés (US Space Force en 2019, Commandement de l'espace français). - La persistance des hiérarchies et la fragilisation du droit : - Les États-Unis restent les grands bénéficiaires du New Space grâce aux contrats publics de la NASA et du Pentagone. - La Chine développe son propre écosystème : station Tiangong, entreprises privées, constellations. - Le Traité de l'espace de 1967, qui interdit l'appropriation nationale, est mis à l'épreuve. Le Commercial Space Launch Competitiveness Act de 2015 autorise l'appropriation privée des ressources spatiales. Les accords Artemis de 2020 s'opposent au projet sino-russe de station lunaire (ILRS). - L'encombrement orbital et les débris posent la question d'une gouvernance de l'espace. Portée et limites du document : - Intérêt : Le texte est récent et rédigé par une spécialiste. Il analyse avec nuance la « révolution » du New Space grâce à des conditionnels et à une question finale. - Limites : - Il est centré sur les acteurs occidentaux et économiques. - Il évoque peu la dimension militaire, la Chine ou les enjeux environnementaux (débris, pollution lumineuse). - Il présente de façon approximative SpaceX et Blue Origin comme des « lanceurs lourds », alors que ce sont des entreprises. Conclusion : Le New Space démocratise partiellement l'accès à l'espace et multiplie les acteurs. Mais il ne fait pas disparaître la hiérarchie des puissances : il la renouvelle, en associant étroitement États et entreprises. L'espace devient un espace de compétition économique et stratégique accrue, qui appelle une régulation internationale encore à construire.

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