Épreuve composée - Sujet B - Deuxième partie · Bac Sciences Économiques et Sociales Amérique du Nord 2022 (jour 1)
Thème : Mutations du travail et de l'emploi · Tiré du sujet Jour 1 (2022)
Énoncé
Deuxième partie: Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire
(10 points)
Cette partie comporte trois documents.
Sujet: À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les évolutions des formes d'emploi rendent plus incertaines les frontières entre emploi, chômage et inactivité.
DOCUMENT 1
DOCUMENT 2
En 2018, en moyenne, parmi les personnes âgées de 15 à 64 ans en emploi au sens du Bureau international du travail [...], 95,9 % le sont encore trois mois après, 1,9 % se retrouvent au chômage et 2,2 % deviennent inactives. Parmi les personnes occupant un emploi à durée limitée [...], 75,9 % sont toujours dans cette situation trois mois après, 7,7 % occupent un emploi à durée indéterminée et 9,5 % deviennent chômeuses. Les personnes qui sont au chômage changent davantage de situation que celles qui sont en emploi: d'une part, 22,8 % sont en emploi trois mois après, pour plus des deux tiers sur un emploi à durée limitée; d'autre part, 20,7 % deviennent inactives, [...].
Dans 90,0 % des cas, les personnes inactives âgées de 15 à 64 ans sont encore inactives trois mois après [...]. Le risque de perdre son emploi ou les chances d'en retrouver un sont sensiblement les mêmes pour les femmes et pour les hommes. Les différences sont en revanche plus marquées entre les classes d'âge. Ainsi, les jeunes en emploi [...] sont plus souvent au chômage trois mois plus tard (5,8 % pour les 15-24 ans, contre moins de 2,0 % pour les autres tranches d'âge). Mais les jeunes chômeurs accèdent aussi plus souvent à l'emploi: 28,1 % des 15-24 ans au chômage sont en emploi trois mois plus tard, contre 23,3 % pour les 25-49 ans et 15,8 % pour les 50-64 ans. Les cadres ont un risque très faible de perdre leur emploi d'un trimestre à l'autre (0,9 %), alors que ce risque s'élève à 5,5 % pour les ouvriers non qualifiés. Le retour à l'emploi des chômeurs est un peu plus fréquent pour les cadres (28,4 %) et les professions intermédiaires (25,4 %) que pour les employés ou les ouvriers (entre 21 % et 23 %).
Parmi les personnes inactives en 2017, 10,6 % sont en emploi un an après et 5,9 % sont au chômage. Les transitions sont là aussi plus nombreuses pour les inactifs relevant du halo autour du chômage: 22,5 % d'entre eux sont au chômage un an après et 25,9 % occupent un emploi, pour la moitié d'entre eux à durée limitée. Parmi les personnes de 15 à 64 ans en emploi à un instant donné en 2017, 92,1 % y sont encore un an plus tard. Cette part n'est que de 76,9 % pour les personnes en emploi à durée limitée, qui connaissent plus de transitions en dehors de l'emploi: un an plus tard, 12,5 % sont au chômage et 10,6 % sont inactives.
Source: INSEE, 2019.
1: halo autour du chômage: le halo est constitué d'inactifs n'étant pas au chômage au sens du Bureau international du travail mais étant dans une situation qui s'en approche.
DOCUMENT 3
Nombre de personnes en situation de sous-emploi et appartenant au halo autour du chômage par composante de 2003 à 2019 (en milliers)
Champ: France hors Mayotte, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus.
Source: INSEE, enquête Emploi, 2020.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Montrez que les évolutions des formes d'emploi rendent plus incertaines les frontières entre emploi, chômage et inactivité.
Réponse : Introduction Le Bureau international du travail (BIT) distingue trois statuts sur le marché du travail. L'emploi (avoir travaillé au moins une heure pendant la semaine de référence), le chômage (être sans emploi, disponible et en recherche active) et l'inactivité. Or, depuis les années 1980, les formes d'emploi se diversifient : CDD, intérim, temps partiel, nouvelles formes d'indépendance comme la micro-entreprise. Des situations intermédiaires, comme le halo autour du chômage et le sous-emploi, se développent. On montrera d'abord que la diversification des formes d'emploi brouille la frontière entre emploi stable et emploi précaire. On verra ensuite que les transitions fréquentes entre emploi, chômage et inactivité remettent en cause l'idée de statuts figés. Enfin, on montrera que le halo du chômage et le sous-emploi illustrent la porosité croissante de ces frontières. I. La diversification des formes d'emploi brouille la frontière entre emploi stable et emploi précaire Le Document 1 montre une forte progression des formes particulières d'emploi entre 1982 et 2019. Le temps partiel passe d'environ 9,5 % à environ 18 % de l'emploi (19 % vers 2014). Les CDD et l'intérim passent d'environ 4,5 % à près de 12 %. La part des indépendants recule (de 18 % à environ 11 %) puis se stabilise et remonte légèrement à la fin de la période, avec l'essor du statut d'auto/micro-entrepreneur. Ces formes d'emploi s'éloignent de la norme du CDI à temps plein. Un salarié à temps partiel subi, un intérimaire entre deux missions ou un micro-entrepreneur aux revenus très faibles est compté en emploi au sens du BIT, mais sa situation se rapproche de celle d'un chômeur. Il en va de même pour un « faux indépendant » de plateforme, à la frontière entre salariat et indépendance. II. Les transitions fréquentes entre emploi, chômage et inactivité remettent en cause l'idée de statuts figés Le Document 2 montre qu'en 2018, d'un trimestre à l'autre, 1,9 % des personnes en emploi se retrouvent au chômage et 2,2 % deviennent inactives. Parmi les chômeurs, 22,8 % retrouvent un emploi, pour plus des deux tiers à durée limitée, et 20,7 % deviennent inactifs. Les emplois à durée limitée sont bien plus exposés : 9,5 % de leurs titulaires deviennent chômeurs en trois mois, contre 1,9 % en moyenne. Un an plus tard, seuls 76,9 % d'entre eux sont encore en emploi, contre 92,1 % pour l'ensemble des personnes en emploi. Les jeunes de 15-24 ans, très concernés par ces contrats, alternent davantage : 5,8 % passent de l'emploi au chômage et 28,1 % du chômage à l'emploi en trois mois. Les ouvriers non qualifiés sont aussi plus touchés que les cadres (5,5 % contre 0,9 % de risque de perte d'emploi). Les formes précaires d'emploi multiplient ainsi les allers-retours entre emploi, chômage et inactivité. La frontière devient un lieu de passage plutôt qu'une limite stable. III. Le halo du chômage et le sous-emploi illustrent l'existence de situations intermédiaires entre les catégories Le halo autour du chômage regroupe des inactifs au sens du BIT dont la situation est proche du chômage. Ce sont des personnes qui souhaitent travailler mais ne cherchent pas, ou qui cherchent mais ne sont pas disponibles. Selon le Document 3, il passe de 1 277 000 personnes en 2003 à 1 628 000 en 2019, soit environ +27 %. Le nombre de personnes qui recherchent un emploi sans être disponibles fait plus que doubler (de 146 000 à 350 000). Le Document 2 confirme la proximité de ce halo avec le chômage : 22,5 % de ses membres sont au chômage un an après et 25,9 % en emploi, contre 5,9 % et 10,6 % pour l'ensemble des inactifs. Le sous-emploi désigne des personnes en emploi qui souhaitent travailler davantage : temps partiel subi et chômage technique ou partiel. Il concerne 1 270 000 personnes en 2003 et culmine à 1 778 000 en 2015. Le temps partiel subi en représente l'essentiel : 1 123 000 personnes ne recherchent pas d'emploi et 265 000 en recherchent un en 2019. Le chômage technique bondit à 200 000 personnes en 2009, avec la crise. Ces personnes sont à la frontière entre emploi et chômage. Leur nombre lié au développement du temps partiel montre que les nouvelles formes d'emploi produisent des situations qui échappent aux catégories classiques. Conclusion La diversification des formes d'emploi rend les frontières entre emploi, chômage et inactivité plus floues. Le temps partiel, les CDD, l'intérim et les nouvelles formes d'indépendance créent des emplois instables et parfois insuffisants. Ils multiplient les transitions entre statuts. Ils alimentent aussi des situations intermédiaires comme le halo du chômage et le sous-emploi. Le seul taux de chômage au sens du BIT ne suffit donc plus à décrire la sous-utilisation de la main-d'œuvre, d'où le recours croissant à des indicateurs complémentaires.
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