Exercice Première partie · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Amérique du Nord 2024 (jour 1)
Thème : Les expressions de la sensibilité · Tiré du sujet Jour 1 (2024)
Énoncé
Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains.
5 Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace.
Sentir dans son cœur vif l'air, le feu et le sang
10 Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre:
— S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.
Comme du pourpre (1) soir aux couleurs de cerise
Laisser du cœur vermeil (2) couler la flamme et l'eau,
15 Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...
Anna DE NOAILLES, Le cœur innombrable, « La vie profonde » (1901)
(1) pourpre et (2) vermeil: adjectifs de couleur à connotation méliorative désignant deux nuances de rouge.
Première partie: interprétation littéraire
En quoi ce poème exprime-t-il une présence sensible au monde ?

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
En quoi ce poème exprime-t-il une présence sensible au monde ?
Réponse : Une interprétation littéraire complète et organisée montrant comment Anna de Noailles dépeint une communion charnelle, sensorielle et cosmique avec le monde : 1. Une immersion sensorielle totale et charnelle dans la nature : - Métaphore filée végétale dès le premier vers (« Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain ») : l'être humain s'enracine et s'épanouit (« profond feuillage », « sève universelle »). - Sollicitation vive de tous les sens : le toucher (« rayons du soleil sur la face », « La sève universelle affluer dans ses mains »), le goût (« Boire le sel ardent », « goûter chaudement »), la vue et les couleurs éclatantes (« pourpre », « vermeil », « cerise », « aube claire »). 2. L'accueil de la totalité de l'existence : joie, douleur et pulsation cosmique : - Refus de la tiédeur et acceptation des contrastes : union des contraires par antithèses et parallélismes (« par la nuit paisible et par l'orage », « la joie et la douleur », « le jour qui monte et l'ombre qui descend »). - Le souffle et l'effervescence des éléments qui habitent le corps (« Sentir dans son cœur vif l'air, le feu et le sang / Tourbillonner »), créant une « buée humaine » intégrée à l'espace cosmique. 3. De la sensation physique à l'élévation spirituelle et poétique : - Dépassement de la seule sensation matérielle vers la transcendance (« S'élever au réel et pencher au mystère »). - La posture finale contemplative et rêveuse (« Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise... ») : la sensibilité devient conscience poétique du monde.
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