Exercice Étude critique de document 1 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Nord 2021 (jour 2)

Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 2 (2021)

Énoncé

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, relevez et présentez les différentes formes de guerre que l'auteur distingue et expliquez, avec des exemples, les logiques de ces affrontements armés.

Document: Elie Barnavi s'interroge sur les guerres d'hier et d'aujourd'hui

« Clausewitz a été témoin et acteur du début d'une nouvelle ère guerrière, inaugurée par la Révolution française. Conséquence logique de la souveraineté populaire, la levée en masse marque le passage d'un ordre militaire à la nation en armes – et bouleverse le champ de bataille. On ne se bat plus pour le roi, mais pour la nation, idée abstraite qui permet à l'État, un État entendu comme la chose de tous, de mobiliser toutes les ressources humaines et matérielles du territoire qu'il contrôle. Clausewitz comprend cela. Il voit bien pourquoi les armées professionnelles d'Ancien Régime étaient incapables de « monter aux extrêmes » et comment la massification des armées nationales permettait désormais de mener une guerre « absolue » autrement dit libérée de toute entrave et bénéficiant d'une mobilisation sans précédent des ressources humaines et matérielles de la nation. Ce qu'il perçoit moins bien, c'est la capacité de la guerre nouvelle à se muer d'outil de la politique en politique – à absorber la politique elle-même.

En effet, sous les yeux étonnés de l'Europe monarchique, la guerre vient de changer de nature. […] Elle sera, elle aussi, « totale », et visera moins à établir un nouvel équilibre des puissances qu'à asseoir une domination définitive, ou du moins durable.

Elle supposera la fusion entre le peuple et son armée. Et elle s'habillera désormais des oripeaux 1 de l'idéologie: nation, classe ou race.

La démocratie naît armée. La lutte contre le tyran n'a plus rien à voir avec l'affrontement des princes pour un bout de territoire ou une affaire de succession, la Liberté et la Nation sont des divinités autrement plus exigeantes que la raison d'État. […]

Il est malaisé d'assigner un terminus ad quem 2 à cette période. Pour l'Europe, c'est évidemment la Seconde Guerre mondiale. Elle s'est poursuivie ailleurs […]. Cette période semble désormais plus ou moins close. La guerre conventionnelle entre États a virtuellement disparu.

Dans un monde qui se cherche un nouvel ordre international, sont apparus ce que l'on appelle dans le jargon des politologues des « guerres asymétriques ». Là encore, c'est une réalité ancienne – après tout, le vocable « guérilla » a été inventé pour désigner la tactique des insurgés espagnols contre l'occupation napoléonienne –, mais une réalité dont l'ampleur et l'omniprésence en font un phénomène caractéristique de notre temps.

La guerre asymétrique est un affrontement entre une puissance militaire et des organisations armées non étatiques. Les guerres coloniales, les guerres postcoloniales comme au Vietnam ou en Tchétchénie, la guerre globale américaine contre le terrorisme, notamment en Afghanistan et en Irak, les guerres d'Israël contre le Hezbollah et surtout, contre les Palestiniens, sont autant d'exemples de guerres asymétriques. […]

La guerre a changé de nature. Guerre sans front, à l'adversaire difficilement repérable – qu'est-ce qui distingue, vu du ciel, un civil Afghan d'un taliban ? -aux codes illisibles, à la fin improbable, la guerre asymétrique est une impasse intellectuelle et opérationnelle. Car rien, en définitive, ne réussit face à des insurgés qui se trouvent au sein de la population « comme un poisson dans l'eau » (Mao Zedong 3) […]

C'est que le but de guerre d'un conflit asymétrique n'a que faire des mentions classiques de victoire ou de défaite […]. Pour les insurgés, le but n'est pas de vaincre sur le champ de bataille, cela est hors de leur portée, mais dans l'opinion publique locale, internationale, et surtout, celle de l'ennemi. Militairement, le terrorisme n'est rien; comme moyen de propagande, il est suprêmement efficace. Enfin et pour toutes ces raisons, le dénouement de la guerre reste indécis. […] Le champ de bataille est ici secondaire; ce qui compte, c'est l'arène politique. »

Source: Elie Barnavi, Dix thèses sur la guerre, Paris, Flammarion, Café Voltaire, 2014, pp. 26-32. Elie Barnavi est un historien et diplomate israélien, ambassadeur d'Israël en France de 2000 à 2002.

1. Des vieux habits. — 2. Une date après laquelle un fait n'a pu se produire. — 3. Mao Zedong: dirigeant de la République populaire de Chine entre 1949 et 1976.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, relevez et présentez les différentes formes de guerre que l'auteur distingue et expliquez, avec des exemples, les logiques de ces affrontements armés.

Réponse : Barnavi distingue deux grandes formes de guerre. 1) La « guerre totale » née avec la Révolution française : la levée en masse transforme l'armée professionnelle d'Ancien Régime en nation en armes, mobilisant toutes les ressources humaines et matérielles de l'État-nation ; elle se radicalise avec les idéologies (nation, classe, race) et culmine dans les deux guerres mondiales, avec pour but une domination durable et non plus un simple rééquilibrage des puissances (exemples : guerres napoléoniennes, Première et Seconde Guerres mondiales, guerre totale nazie). 2) La « guerre asymétrique » contemporaine, qui oppose une puissance militaire étatique à des organisations armées non étatiques (guérillas, insurgés, groupes terroristes) : sans front identifiable, sans adversaire clairement repérable, son issue militaire reste indécise car l'objectif n'est pas la victoire sur le champ de bataille mais la conquête de l'opinion publique, locale, internationale et celle de l'ennemi, le terrorisme servant d'arme de propagande (exemples cités par l'auteur : guerres coloniales et postcoloniales comme le Vietnam ou la Tchétchénie, guerre globale contre le terrorisme en Afghanistan et en Irak, conflit israélo-palestinien et guerre Israël-Hezbollah).

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