Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Amérique du Nord 2021 (jour 1)

Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Jour 1 (2021)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

OBJET D'ÉTUDE: La poésie du XIX e siècle au XXI e siècle

Louis ARAGON [1897-1982], Le Crève-cœur, 1946, « Les lilas et les roses ».

Ce poème a été écrit en juin 1940 au lendemain de la défaite française et de la capitulation face à l'armée allemande.

LES LILAS ET LES ROSES 1

Ô mois des floraisons mois des métamorphoses

Mai qui fut sans nuage et Juin poignardé

Je n’oublierai jamais les lilas ni les roses

Ni ceux que le printemps dans ses plis a gardés

5 Je n’oublierai jamais l’illusion tragique

Le cortège les cris la foule et le soleil

Les chars chargés d’amour les dons de la Belgique

L’air qui tremble et la route à ce bourdon d’abeilles

Le triomphe imprudent qui prime la querelle 2

10 Le sang que préfigure en carmin 3 le baiser

Et ceux qui vont mourir debout dans les tourelles 4

Entourés de lilas par un peuple grisé

Je n’oublierai jamais les jardins de la France

Semblables aux missels 5 des siècles disparus

15 Ni le trouble des soirs l’énigme du silence

Les roses tout le long du chemin parcouru

Le démenti des fleurs au vent de la panique

Aux soldats qui passaient sur l’aile de la peur

Aux vélos délirants aux canons ironiques

20 Au pitoyable accoutrement des faux campeurs

Mais je ne sais pourquoi ce tourbillon d’images

Me ramène toujours au même point d’arrêt

À Sainte-Marthe 6 Un général De noirs ramages 7

Une villa normande au bord de la forêt

25 Tout se tait L’ennemi dans l’ombre se repose

On nous a dit ce soir que Paris s’est rendu

Je n’oublierai jamais les lilas ni les roses

Et ni les deux amours 8 que nous avons perdus

Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres 9

30 Douceur de l’ombre dont la mort farde les joues

Et vous bouquets de la retraite 10 roses tendres

Couleur de l’incendie au loin roses d’Anjou 11

1 Le titre fait allusion à une chanson populaire du XVIII e siècle.

2 qui prime la querelle: qui précède la guerre.

3 carmin: rouge vif.

4 tourelles: petites tours de garde et de tir.

5 missels: livres de messe.

6 Sainte-Marthe: commune de Normandie où des combats ont eu lieu en 1940.

7 ramages: ce terme peut désigner des branchages ou le chant des oiseaux dans les arbres.

8 les deux amours: « J’ai deux amours, mon pays et Paris » est le refrain d’une chanson très connue à l’époque.

9 Flandres: région s’étendant du nord de la France à l’ouest de la Belgique où des combats ont eu lieu.

10 retraite: mouvement de repli des troupes armées.

11 Anjou: région de l’ouest de la France.

Vous ferez le commentaire du poème de Louis Aragon, « Les lilas et les roses ».

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Amérique du Nord 2021 (jour 1)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez le commentaire du poème de Louis Aragon, « Les lilas et les roses ».

Réponse : ### Proposition de corrigé : Commentaire composé #### Introduction - Accroche et contexte : En mai-juin 1940, la France subit une défaite foudroyante face à l'Allemagne nazie. Suivent l'exode des civils, la chute de Paris (14 juin) puis l'armistice. Mobilisé, Louis Aragon compose alors les poèmes du *Crève-cœur* (Gallimard, 1941), dont est extrait « Les lilas et les roses ». - Présentation du texte : Poème lyrique de 32 alexandrins à rimes croisées, sans ponctuation. Il est composé d'un quatrain, de trois huitains et d'un quatrain final. Il évoque la campagne de 1940, de l'enthousiasme de mai à la débâcle de juin, à travers deux fleurs symboliques. Le titre reprend une chanson populaire du XVIIIe siècle. - Problématique : Comment Aragon fait-il de l'évocation florale du printemps 1940 à la fois le tombeau d'une nation vaincue et l'acte d'une mémoire qui refuse l'oubli ? - Plan : 1. Le récit lyrique d'une tragédie historique. 2. Une poétique du contraste entre beauté et désastre. 3. Un chant de mémoire et de deuil, prélude à la poésie de la Résistance. --- #### I. Le récit lyrique d'une tragédie historique 1. L'illusion de mai (v. 1-12) : - Antithèse initiale : « Mai qui fut sans nuage et Juin poignardé ». La personnification et la violence du participe annoncent la tragédie. - Énumération sans ponctuation de l'accueil des troupes en Belgique : « Le cortège les cris la foule et le soleil ». S'y ajoutent l'allitération et la paronomase « chars chargés d'amour » et la métaphore du « bourdon d'abeilles ». - L'oxymore « illusion tragique » et l'adjectif « imprudent » soulignent l'aveuglement. La prolepse « ceux qui vont mourir debout dans les tourelles » dit l'héroïsme sacrifié d'un « peuple grisé ». 2. La débâcle et l'exode (v. 13-20) : - La France est idéalisée en « jardins » comparés aux « missels des siècles disparus » : une beauté sacrée, déjà révolue. - Une anaphore en « Aux » rythme la fuite : « Aux soldats… Aux vélos délirants aux canons ironiques ». Ces hypallages expriment le chaos et l'absurdité. - Le registre pathétique se teinte d'ironie amère avec « pitoyable accoutrement des faux campeurs », pour les civils jetés sur les routes. 3. Le point d'arrêt (v. 21-28) : - La conjonction « Mais » marque une rupture. Le « tourbillon d'images » se fige en un lieu précis : « À Sainte-Marthe », « une villa normande ». - Les phrases deviennent nominales et elliptiques : « Un général De noirs ramages ». Silence funèbre : « Tout se tait ». - Le constat est sobre, presque journalistique : « On nous a dit ce soir que Paris s'est rendu ». Il reprend la chanson « J'ai deux amours, mon pays et Paris » : ces « deux amours » sont perdus. --- #### II. Une poétique du contraste : la splendeur du monde face au désastre 1. La dualité des lilas et des roses : - Les lilas représentent mai, le Nord (« lilas des Flandres ») et les « bouquets du premier jour » offerts aux soldats : l'espoir et le départ. - Les roses représentent juin, la « retraite » vers l'Ouest (« roses d'Anjou ») et le feu (« couleur de l'incendie »), donc la défaite. - Les deux fleurs structurent le poème et la chronologie, du premier au dernier vers. 2. L'union paradoxale de la vie et de la mort : - Le « démenti des fleurs au vent de la panique » montre l'indifférence ironique de la nature au malheur humain. - Le baiser préfigure le sang (« en carmin ») : l'amour annonce la mort. - « Douceur de l'ombre dont la mort farde les joues » : la mort se maquille de douceur. - Les « roses tendres » ont la « couleur de l'incendie ». 3. Une écriture du souvenir fragmenté : - L'absence de ponctuation, les énumérations et les juxtapositions reproduisent le flux désordonné de la mémoire. - Cette modernité formelle coexiste avec la tradition de l'alexandrin rimé. --- #### III. Un chant de mémoire et de deuil 1. Le refrain de la fidélité : - L'anaphore « Je n'oublierai jamais » (v. 3, 5, 13, 27) fonctionne comme un serment. Le futur et l'adverbe « jamais » engagent le poète. - La reprise exacte du vers 3 au vers 27 donne au poème une structure circulaire, celle d'une chanson. 2. Un lyrisme collectif : - On passe du « je » au « nous » (« On nous a dit », « nous avons perdus ») : le poète parle au nom de la communauté nationale. - Hommage aux morts : « ceux que le printemps dans ses plis a gardés ». 3. Une poésie de circonstance et de résistance : - Le dernier quatrain prend la forme d'une apostrophe (« Et vous bouquets… ») : un ultime bouquet funèbre déposé sur le tombeau de la France. - En sauvant la mémoire de la défaite par la beauté d'une forme traditionnelle et populaire, Aragon refuse la résignation. Il annonce la poésie de la Résistance. --- #### Conclusion - Bilan : « Les lilas et les roses » transforme la débâcle de 1940 en élégie : le contraste entre la splendeur du printemps et l'horreur de la défaite donne au deuil national une forme durable. - Ouverture : Ce poème inaugure la poésie engagée d'Aragon, prolongée par *Les Yeux d'Elsa* ou *La Diane française*. On peut le rapprocher de « Liberté » d'Éluard.

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