Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Amérique du Nord session normale 2026

Thème : Commentaire – La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)

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OBJET D'ÉTUDE: La poésie du XIX e siècle au XXI e siècle

1 - Commentaire (20 points)

Vous ferez le commentaire du texte suivant:

Charles Marie René Leconte de Lisle, dit Leconte de Lisle [1818-1894], Poèmes barbares, « Le Cœur de Hialmar 1 », 1862

Une nuit claire, un vent glacé. La neige est rouge.

Mille braves sont là qui dorment sans tombeaux,

L'épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge.

Au-dessus tourne et crie un vol de noirs corbeaux.

5 La lune froide verse au loin sa pâle flamme.

Hialmar se soulève entre les morts sanglants,

Appuyé des deux mains au tronçon de sa lame.

La pourpre du combat ruisselle de ses flancs.

— Holà ! Quelqu'un a-t-il encore un peu d'haleine,

10 Parmi tant de joyeux et robustes garçons

Qui, ce matin, riaient et chantaient à voix pleine

Comme des merles dans l'épaisseur des buissons ?

Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure

Est trouée, et la hache a fait sauter ses clous.

15 Mes yeux saignent. J'entends un immense murmure

Pareil aux hurlements de la mer ou des loups.

Viens par ici, Corbeau, mon brave mangeur d'hommes !

Ouvre-moi la poitrine avec ton bec de fer.

Tu nous retrouveras demain tels que nous sommes;

20 Porte mon cœur tout chaud à la fille d'Ylmer 1.

Dans Upsal 2, où les Jarls 3 boivent la bonne bière,

Et chantent, en heurtant les cruches d'or, en chœur,

À tire d'aile vole, ô rôdeur de bruyère !

Cherche ma fiancée et porte-lui mon cœur.

25 Au sommet de la tour que hantent les corneilles

Tu la verras debout, blanche, aux longs cheveux noirs;

Deux anneaux d'argent fin lui pendent aux oreilles,

Et ses yeux sont plus clairs que l'astre des beaux soirs.

Va, sombre messager, dis-lui bien que je l'aime,

30 Et que voici mon cœur. Elle reconnaîtra

Qu'il est rouge et solide et non tremblant et blême;

Et la fille d'Ylmer, Corbeau, te sourira !

Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.

J'ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil.

35 Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,

Je vais m'asseoir parmi les Dieux, dans le soleil !

1 Hialmar, Ylmer: guerriers de la mythologie nordique (scandinave).

2 Upsal: ville de Scandinavie.

3 Jarls: chef de clan et de guerre dans l'ancienne Scandinavie.

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Commentaire composé sur le poème « Le Cœur de Hialmar » de Leconte de Lisle (Poèmes barbares, 1862).

Réponse : Proposition d'axes de lecture et plan détaillé : Introduction : - Accroche : Chef de file du Parnasse, Leconte de Lisle prône une poésie impersonnelle, sculpturale et nourrie de mythes antiques et barbares, en réaction au lyrisme romantique épanché. - Présentation du texte : Extrait des *Poèmes barbares* (1862), « Le Cœur de Hialmar » s'inspire d'une légende scandinave. Il met en scène les derniers instants d'un guerrier viking mourant sur un champ de bataille enneigé, qui charge un corbeau de porter son cœur à sa fiancée. - Problématique : Comment Leconte de Lisle parvient-il, à travers l'agonie sublime de Hialmar, à concilier l'esthétique parnassienne de la beauté plastique avec un héroïsme tragique et passionné ? - Annonce du plan : 1. Un tableau saisissant et tragique du champ de bataille (esthétique picturale et épique). 2. Le testament amoureux : un lyrisme viril et transfiguré. 3. L'apothéose héroïque : une mort victorieuse dans la tradition nordique. Axe I. La dramaturgie du champ de bataille : une esthétique picturale et tragique 1. *Un décor visuel contrasté et sculptural :* - Contrastes de couleurs nets, chers aux Parnassiens : la blancheur (« neige », « lune froide », « pâle flamme ») s'oppose à la pourpre sanglante (« rouge », « sanglants », « ruisselle ») et au noir (« nuit », « noirs corbeaux »). - Phrases nominales initiales percutantes, qui marquent une immobilité minérale et funèbre (« Une nuit claire, un vent glacé. La neige est rouge. »). - Vision épique par l'hyperbole (« Mille braves ») et par les détails macabres (« les yeux hagards », « sans tombeaux »). 2. *Le silence de la mort opposé à la ferveur passée :* - Phrase brève et tranchante : « Tous sont muets ». Elle rompt avec l'allégresse matinale, rappelée par la comparaison champêtre (« riaient et chantaient [...] comme des merles »). - Hialmar se dresse seul comme une statue brisée (« Appuyé des deux mains au tronçon de sa lame »). - Énumération des blessures et de l'armure détruite (« casque rompu », « armure trouée », « Mes yeux saignent ») : un réalisme cru. Axe II. Le testament d'un amant héroïque : un lyrisme sans faiblesse 1. *Le dialogue macabre et paradoxal avec le charognard :* - Apostrophe singulière au corbeau (« Corbeau, mon brave mangeur d'hommes ! »). L'oiseau funeste devient un fidèle messager (« À tire d'aile vole, ô rôdeur de bruyère ! »). - Les impératifs scandent la mission (« Viens », « Ouvre-moi », « Porte », « Cherche », « Va »). - Invocation sacrificielle crue : « Ouvre-moi la poitrine avec ton bec de fer ». Le cœur matériel devient la preuve d'un amour indomptable. 2. *Le portrait idéalisé de la fiancée :* - Description plastique de la jeune fille à la tour d'Upsal, qui contraste avec l'horreur du charnier : « blanche, aux longs cheveux noirs », « anneaux d'argent fin », yeux « plus clairs que l'astre des beaux soirs ». - Évocation d'Upsal festive (bière, « cruches d'or », chants), autre monde de vie et de lumière. - Caractérisation du cœur : « rouge et solide et non tremblant et blême ». Le poème refuse toute lâcheté sentimentale : l'amour est à la hauteur de la bravoure martiale, et la fiancée « sourira ». Axe III. L'apothéose païenne : le triomphe sur la mort 1. *L'acceptation sereine du destin :* - Formules stoïques et lapidaires : « Moi, je meurs », « J'ai fait mon temps ». - Offrande finale du corps aux loups (« Buvez, ô loups, mon sang vermeil ») et dispersion de l'esprit (« coule par vingt blessures »), signe d'une communion avec la nature sauvage. La mort n'a rien de pathétique. 2. *Une mort glorieuse et lumineuse :* - Gradation de l'énumération « Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures » : le héros meurt dans sa pureté. - Dernier vers d'ascension : « Je vais m'asseoir parmi les Dieux, dans le soleil ! » Il fait allusion au Walhalla nordique. La lumière solaire s'oppose à la nuit et à la lune froide du début, et le poème passe de l'ombre à la lumière. - L'exclamation finale exprime l'exaltation d'une mort victorieuse. Conclusion : - Bilan : Le poème allie la précision plastique et la distance parnassiennes (tableau coloré, mythe barbare, refus de l'épanchement) à une intensité épique et amoureuse. Il fait de l'agonie de Hialmar une apothéose. - Ouverture : On peut le rapprocher de « La Mort du loup » de Vigny, autre éloge du stoïcisme face à la mort, ou des tableaux épiques de *La Légende des siècles* de Hugo.

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