Sujet 3 · Bac STMG Philosophie Polynésie remplacement 2022

Thème : La vérité · Tiré du sujet Remplacement (2022)

Énoncé

Sujet 3

Expliquer le texte suivant:

Je crois que nous pouvons espérer avec autant de fondement de voir par les yeux d'autrui, que de connaître les choses par l'entendement 1 des autres hommes. Plus nous connaissons la vérité et la raison par nous-mêmes, plus nos connaissances sont réelles et véritables. Pour les opinions des autres hommes, si elles viennent à rouler et flotter, pour ainsi dire, dans notre esprit, elles ne contribuent en rien à nous rendre intelligents, quoi que par ailleurs elles soient conformes à la vérité. Tandis que nous n'adoptons ces opinions que par respect pour le nom de leurs auteurs, et que nous n'employons point notre raison, comme eux, à comprendre ces vérités, dont la connaissance les a rendus si illustres dans le monde, ce qui en eux était véritable science, n'est en nous que pur entêtement. Aristote 2 était sans doute un très habile homme, mais personne ne s'est encore avisé de le juger tel parce qu'il adoptait aveuglément et soutenait avec confiance les opinions d'autrui. Et s'il n'est pas devenu philosophe en recevant sans examen les principes des savants qui l'on précédé, je ne vois pas comment personne puisse le devenir par ce moyen-là. Dans les sciences, chacun n'est riche que de ses connaissances réelles, celles dont il comprend lui-même les fondements. C'est là son véritable trésor, le fonds qui lui appartient en propre, et dont il se peut dire le maître. Pour ce qui est des choses qu'il croit, et reçoit simplement sur la foi d'autrui, elles ne sauraient entrer en ligne de compte. Ce ne sont que des lambeaux, entièrement inutiles à ceux qui les ramassent, quoi qu'ils vaillent leur prix étant joints au vêtement d'où ils ont été détachés: monnaie d'emprunt, toute pareille à ces pièces enchantées qui paraissent de l'or entre les mains de celui dont on les reçoit, mais qui deviennent des feuilles, ou de la poussière, dès qu'on vient à s'en servir.

John Locke, Essai sur l'entendement humain (1689).

1 « l'entendement »: l'esprit.

2 « Aristote »: illustre philosophe de l'Antiquité.

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l'explication de texte. Il peut: soit répondre dans l'ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.

Questions de l'option n°1 (à titre indicatif, si vous choisissez cette présentation)

A. Éléments d'analyse

1. Expliquez en quoi consiste la prétention à « connaître les choses par l'entendement des autres hommes ». Donnez-en des exemples.

2. Pourquoi, d'après l'auteur, adopter les opinions d'autrui ne saurait-il constituer une « véritable science » ?

3. Expliquez: « dans les sciences, chacun n'est riche que de ses connaissances réelles, celles dont il comprend lui-même les fondements. »

B. Éléments de synthèse

1. Quelle est la question à laquelle l'auteur tente ici de répondre ?

2. Dégagez les différents moments de l'argumentation.

3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l'idée principale du texte.

C. Commentaire

1. D'après ce texte, quelle valeur faut-il accorder, dans le domaine de la connaissance, à l'autorité d'autrui ?

2. À partir de ce texte, vous vous demanderez ce qui fait la différence entre une opinion vraie et une véritable connaissance.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Expliquer le texte suivant (John Locke, Essai sur l'entendement humain, 1689).

Réponse : Une explication de texte réussie doit : (1) dégager la question à laquelle Locke répond — peut-on véritablement connaître en s'en remettant à l'autorité d'autrui ? — et montrer que le texte s'organise en trois moments : la distinction entre connaître par soi-même et connaître par les opinions d'autrui, qui ne rendent pas « intelligent » même si elles sont vraies ; l'exemple d'Aristote, qui montre que même un grand philosophe ne serait pas devenu philosophe en adoptant aveuglément les opinions des savants qui l'ont précédé ; puis la conclusion développée à travers les images de la « monnaie d'emprunt » et des « pièces enchantées », qui deviennent « feuilles » ou « poussière » dès qu'on veut s'en servir, pour dire que les croyances reçues sans examen sont stériles et ne peuvent servir de véritable savoir. (2) Analyser les notions clés : opinion (ce qu'on adopte sans l'avoir soi-même vérifié), croyance par autorité (fondée sur le respect du nom de l'auteur et non sur la raison), connaissance/science véritable (ce dont on comprend soi-même les fondements). (3) Construire un commentaire critique qui interroge la thèse : Locke valorise l'autonomie du jugement contre l'argument d'autorité ; on peut nuancer en soulignant que la transmission du savoir (enseignement, tradition scientifique) suppose bien une part de confiance dans la parole d'autrui, et que la différence entre opinion vraie et connaissance tient à la possibilité, pour le sujet, de justifier rationnellement ce qu'il tient pour vrai (en comprendre les raisons, pouvoir le redémontrer), et non seulement à l'adéquation de fait entre l'opinion et la réalité.

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