Dissertation · Bac Sciences Économiques et Sociales Polynésie 2024 (jour 1)
Thème : Mutations du travail et de l'emploi · Tiré du sujet Jour 1 (2024)
Énoncé
Dissertation s'appuyant sur un dossier documentaire
Il est demandé au candidat:
de répondre à la question posée par le sujet;
de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer;
de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier;
de rédiger, en utilisant le vocabulaire économique et social spécifique approprié à la question et en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties.
Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.
SUJET
Ce sujet comporte quatre documents.
Le travail est-il toujours facteur d'intégration sociale ?
DOCUMENT 1
« Tomber à 500 € par mois quand on a travaillé toute sa vie et été habitué à un salaire, mentalement, ça met un coup », reconnaît Monsieur M. À 48 ans, cet Argentanais a connu une longue période de chômage. Trois ans durant, l'ancien ouvrier a enchaîné les ateliers et formations proposés par Pôle emploi. En vain. Ce n'est qu'en octobre 2021 qu'il a enfin retrouvé le chemin de la vie active.
Le parcours du quadragénaire débute avec [une] « mauvaise orientation ». Pour quitter rapidement les rangs de l'école, l'adolescent d'alors choisit de devenir couvreur, un métier qui finalement ne lui plaît pas. Revenu de son service militaire, il décide d'en changer et intègre l'usine d'Amcor flexibles Speed, à Argentan. Après dix ans de CDI, il quitte l'entreprise, l'envie de faire autre chose lui trotte dans la tête.
Sans trop de difficulté, il décroche un nouveau CDI, chez Agrial. Cariste, magasinier, réceptionniste ou contrôleur, en cinq ans, il fait le tour des métiers de la logistique. Mais cette nouvelle carrière s'arrête net en 2015, quand le quadragénaire est victime d'un accident du travail.
« Une palette est tombée sur mon petit doigt », montre-t-il. Six mois d'arrêt, une opération, des dizaines de séances de kiné plus loin, il ne parvient pas à récupérer totalement l'usage de ce doigt. « La préparation de commandes, tout ça, c'était terminé pour moi puisque je ne peux plus lever de charges lourdes à longueur de journée. » Son employeur lui aménage un poste de contrôleur, qui le lasse rapidement. Il quitte ce job en 2018 et entame une inattendue traversée du désert. […]
Du côté des finances, le quotidien devient difficile. Arrivé en fin de droits, après un sursis de quelques mois accordé par l'État à cause de l'épidémie de Covid, il commence à toucher les 500 € mensuels de l'ASS (Allocation de solidarité spécifique). « Ça n'était plus qu'une bouée de sauvetage, mais je l'ai pris comme une motivation supplémentaire pour m'en sortir, dit-il, et puis finalement c'est à ce moment-là que j'ai eu un gros coup de bol. » Un poste de gardien est créé chez Ysco. Pour Pôle emploi, Renaud est le candidat idéal: il a un « bon contact », la tâche ne requiert pas d'utiliser sa main blessée et il peut se rendre au boulot à vélo.
Depuis cinq mois, l'ancien chômeur s'épanouit: « Je me vois bien y rester, pourquoi pas jusqu'à la retraite, mais on verra bien », souffle le quadragénaire.
Source: d'après Tiphaine LE BERRE, « À 48 ans et après trois ans de chômage, cet Ornais retrouve enfin un emploi stable », Ouest France, 21 février 2022.
DOCUMENT 2
Parts de CDD ou d'intérim, d'indépendants et de temps partiel dans l'emploi depuis 1982 (en %)
Source: d'après INSEE, 21 mars 2023.
1: Temps partiel: les effectifs considérés concernent tous les types de contrats dont les personnes en apprentissage et CDI qui ne sont pas représentés ici.
DOCUMENT 3
DOCUMENT 4
Variation des emplois par fonction et qualification en Île-de-France entre 1982 et 2014
· Emplois qualifiés · Emplois intermédiaires · Employés non qualifiés · Ouvriers non qualifiés · Total
Ensemble des fonctions · 946 800 · - 22 100 · 214 500 · - 156 100 · 983 100
Fonctions d'intermédiation · 44 100 · 40 900 · 0 · - 4 700 · 80 300
Productions matérielles · 63 300 · - 274 900 · - 19 400 · - 156 600 · -387 600
Commerces et services de proximité · 110 400 · 78 300 · 219 100 · 5 300 · 413 100
Administration et santé · 166 600 · 277 300 · 24 300 · 0 · 468 200
Fonctions intellectuelles supérieures · 562 300 · -143 800 · -9 500 · 0 · 409 000
Source: « Près d'un million d'emplois qualifiés supplémentaires depuis 1982 », INSEE Analyses Île-de-France, N°72, 16 novembre 2017.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Le travail est-il toujours facteur d'intégration sociale ?
Réponse : Introduction Le travail occupe une place centrale dans les sociétés contemporaines. Il procure un revenu, un statut social, des droits sociaux et des liens sociaux : c'est un pilier de l'intégration sociale, au sens de Durkheim (solidarité organique fondée sur l'interdépendance des fonctions). Mais les mutations du marché du travail interrogent sa capacité à intégrer tous les individus de la même manière : précarisation des contrats, montée du temps partiel, polarisation des qualifications, chômage de longue durée. On peut donc se demander si le travail reste toujours un facteur d'intégration sociale, ou si certaines formes d'emploi, voire son absence, fragilisent au contraire les liens qui rattachent l'individu à la société. Nous montrerons d'abord que le travail demeure un puissant vecteur d'intégration sociale (I). Nous verrons ensuite que cette fonction intégratrice est aujourd'hui fragilisée (II). I. Le travail reste un puissant facteur d'intégration sociale A. Le travail procure un revenu, un statut, des droits et une reconnaissance sociale Le travail fournit un revenu qui permet de participer à la société de consommation. Le passage à 500 € d'ASS « met un coup » à Monsieur M. (document 1), ce qui montre a contrario le rôle du salaire. L'emploi, surtout en CDI, donne aussi accès à la protection sociale (assurance chômage, retraite, indemnisation de l'accident du travail). Il ouvre l'accès au logement et au crédit, et confère un statut reconnu (société salariale de R. Castel). B. Le travail crée du lien social, une identité et reste une valeur centrale Le travail est un lieu de socialisation secondaire et de sociabilité (collègues, collectifs de travail, syndicats). Il construit une identité professionnelle (Dubar, Sainsaulieu). Retrouver un emploi de gardien permet à Monsieur M. de « s'épanouir » et de se projeter jusqu'à la retraite (document 1). Le document 3 montre que le travail est jugé « très important » par une large majorité des Français : 63 % des actifs à plein temps, 72 % des actifs à temps partiel et des indépendants. Ce jugement est partagé par ceux qui n'ont pas d'emploi : 75 % des chômeurs et 74 % des retraités. C'est la preuve que le travail reste une norme et un repère identitaire forts. II. Mais la fonction intégratrice du travail est aujourd'hui fragilisée A. La précarisation des formes d'emploi affaiblit l'intégration Le document 2 montre que la part des CDD et de l'intérim dans l'emploi est passée d'environ 3,5 % en 1982 à près de 11 % en 2017, puis environ 10 % en 2022. La part du temps partiel a progressé d'environ 10 % à 19 % en 2017, puis environ 17 % en 2022. La part des indépendants a d'abord reculé, de 18,5 % à environ 11 % en 2007. Elle remonte légèrement depuis, jusqu'à environ 13 % en 2022, notamment avec le développement de la micro-entreprise et des plateformes. Ces formes d'emploi, souvent subies, se traduisent par des revenus faibles ou instables et des droits sociaux réduits. Elles rendent les projets plus difficiles et font craindre une « intégration disqualifiante » (S. Paugam : satisfaction au travail mais emploi instable, ou l'inverse). Selon le document 3, les salariés à temps partiel accordent pourtant beaucoup d'importance au travail (72 %). L'attachement à la norme d'emploi demeure donc, même lorsque l'emploi intègre mal. B. Le chômage et la polarisation des emplois peuvent conduire à la désaffiliation La perte d'emploi peut enclencher un processus de disqualification sociale (Paugam) ou de désaffiliation (Castel). Le document 1 l'illustre : après un accident du travail, Monsieur M. connaît une « traversée du désert » de trois ans, des formations « en vain », la fin de droits et la baisse de revenu. Par ailleurs, les mutations de l'emploi écartent les moins qualifiés. En Île-de-France, entre 1982 et 2014, les emplois qualifiés ont augmenté de 946 800 (document 4). Dans le même temps, les emplois intermédiaires ont diminué de 22 100 et les ouvriers non qualifiés de 156 100. Les productions matérielles ont perdu 387 600 emplois au total. Les employés non qualifiés ont en revanche progressé de 214 500, surtout dans les commerces et services de proximité (+219 100). Cette polarisation fragilise l'intégration des travailleurs peu qualifiés : soit ils sont exclus de l'emploi industriel, soit ils sont cantonnés à des emplois de service souvent peu rémunérés, à temps partiel et peu valorisés. Enfin, des conditions de travail dégradées (accidents, pénibilité, intensification) peuvent elles-mêmes affaiblir le lien social. Conclusion Le travail reste un vecteur majeur d'intégration sociale. Il apporte un revenu, des droits, une identité et des liens sociaux, et il demeure une valeur partagée, y compris par ceux qui en sont privés. Toutefois, il n'intègre plus toujours, ni de la même manière. La précarisation des formes d'emploi, le chômage de longue durée et la polarisation des qualifications fragilisent l'intégration de certains travailleurs et peuvent même conduire à la désaffiliation. Le rôle des politiques de l'emploi et de la protection sociale est donc essentiel pour que le travail continue de jouer pleinement son rôle intégrateur.
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