Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie 2023 (jour 2)

Thème : Le défi de la construction de la paix : traités de Westphalie et sécurité collective · Tiré du sujet Jour 2 (2023)

Énoncé

Étude critique de documents: Les défis de la construction de la paix

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous soulignerez les continuités et les ruptures entre le système westphalien et les tentatives de maintien de la paix de l'ONU sous les mandats de Kofi Annan (1997-2006).

DOCUMENT 1

La guerre de Trente Ans et les traités de Westphalie qui la concluent donnent naissance à une nouvelle pensée politique [...]. Le temps des guerres de religion laisse place à celui des monarchies absolues. Le différend confessionnel¹ est peu à peu remplacé par l'idée du règlement civil des crises avec la recherche d'un statu quo entre les États [...].

5 La guerre de Trente Ans marque aussi largement les esprits par sa violence débridée et l'avènement d'une crise morale et spirituelle. La souffrance des populations civiles va de pair avec des pertes démographiques importantes [...]: entre 1618 et 1648, l'Empire² perd [plus d'un] tiers de sa population totale (de 17 millions en 1618 à 10 millions en 1650) [...].

La guerre de Trente Ans transforme donc les relations internationales en imposant deux éléments clés: l'équilibre des puissances et la négociation diplomatique. Cette pensée

10 s'articule autour de l'importance donnée au droit, à commencer par le droit des gens qui conditionne les relations entre les individus et l'État [...]. Le choix de l'équilibre, de la mesure, se retrouve aussi sur l'échiquier européen où s'élabore un système juridique original qui définit la souveraineté nationale. Maîtres chez eux et à l'intérieur de leurs

15 frontières, les États doivent en revanche accepter une forme d'égalité dans les relations qu'ils entretiennent les uns envers les autres. La norme qui s'établit invente une première forme de droit international. Paradoxalement, cela inaugure le règne des coalitions contre le plus puissant afin d'empêcher toute hégémonie trop prononcée.

Guillaume Lasconjarias, « Guerre de Trente Ans: vers l'équilibre des puissances », Sciences Humaines, novembre-décembre 2018, pp. 64-67, extrait cité pp. 66-67.

¹ « Différend confessionnel »: conflit religieux.

² Empire: il s'agit du Saint empire romain germanique.

DOCUMENT 2

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En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous soulignerez les continuités et les ruptures entre le système westphalien et les tentatives de maintien de la paix de l'ONU sous les mandats de Kofi Annan (1997-2006).

Réponse : Une proposition de réponse structurée doit comporter : Introduction - Accroche / Contexte : La quête de la paix internationale oscille entre concertation interétatique et sécurité collective. Les traités de Westphalie (1648) ont fondé l'ordre géopolitique moderne centré sur l'État souverain, tandis que l'ONU a tenté, notamment sous les mandats de Kofi Annan (1997-2006), d'instaurer une paix durable et multilatérale. - Présentation des documents : Le document 1 est un texte de l'historien Guillaume Lasconjarias (2018) analysant la rupture opérée par les traités de Westphalie après la guerre de Trente Ans. Le document 2 est une caricature de Plantu parue à la Une du journal *Le Monde* le 29 janvier 2003, illustrant la crise irakienne et les tensions entre l'administration américaine de George W. Bush et les inspecteurs en désarmement de l'ONU (Hans Blix). - Problématique : Dans quelle mesure les tentatives de maintien de la paix sous Kofi Annan prolongent-elles l'héritage westphalien tout en tentant d'en dépasser les limites, et à quelles résistances cet ordre onusien se heurte-t-il ? - Annonce du plan : I. Des continuités structurelles : la centralité des États, du droit et de la négociation diplomatique. II. Les ruptures introduites par l'ONU sous Kofi Annan : de la sécurité d'équilibre à la sécurité collective et la responsabilité de protéger. III. Les limites et le retour des logiques de puissance : l'unilatéralisme et la contestation de la légitimité onusienne (l'exemple de la guerre d'Irak de 2003). Développement I. Les continuités : le maintien des principes westphaliens fondamentaux - La souveraineté des États et l'égalité juridique : Le texte rappelle que les traités de 1648 définissent la souveraineté nationale (« maîtres chez eux et à l'intérieur de leurs frontières ») et instaurent « une forme d'égalité » juridique entre États. La Charte de l'ONU (article 2) réaffirme ce principe d'égalité souveraine de tous ses membres. - La diplomatie et la primauté de la règle de droit : Westphalie inaugure le droit des gens et la négociation diplomatique face au déchaînement de la violence. De même, l'ONU fournit une tribune et des procédures (résolutions du Conseil de sécurité, inspections de désarmement comme celle montrée sur le dessin de Plantu avec la mallette de l'ONU) pour privilégier la voie pacifique et le droit international. - La logique d'équilibre et les coalitions : Le document 1 souligne que Westphalie vise à « empêcher toute hégémonie trop prononcée » par le jeu des coalitions. Face aux prétentions unilatérales des États-Unis en 2003, une coalition d'États (notamment la France menée par Dominique de Villepin, l'Allemagne et la Russie) s'est opposée au Conseil de sécurité pour faire contrepoids à l'hégémonie américaine. II. Les ruptures sous Kofi Annan : dépasser le cadre westphalien strict - De la paix négative d'équilibre à la sécurité collective universelle : Le système de 1648 cherchait un simple *statu quo* entre puissances pour limiter les conflits interétatiques. L'ONU sous Kofi Annan promeut une « paix positive », globale, intégrant les droits humains, la démocratie et le développement. - La responsabilité de protéger et l'ingérence légitime : Le principe de non-ingérence absolue hérité de Westphalie (« maîtres chez eux ») est remis en cause après les génocides des années 1990 (Rwanda, Srebrenica). Kofi Annan défend le concept de « responsabilité de protéger » (adopté au sommet de 2005) : la souveraineté d'un État ne peut servir de bouclier contre les crimes de masse envers sa propre population civile. - L'institutionnalisation supranationale : Contrairement aux congrès diplomatiques ponctuels du XVIIe siècle, l'ONU dispose d'organes permanents, de missions de maintien de la paix (casques bleus) et d'agences d'inspection technique mandatées pour vérifier le désarmement (comme l'UNMOVIC dirigée par Hans Blix en Irak, évoquée par le dessin). III. L'épreuve des faits : la crise irakienne de 2003 et la réaffirmation brutale de la puissance - L'affrontement entre multilatéralisme et unilatéralisme : Le dessin de Plantu met en scène un président américain martial, agressif, écrasant la table de son bureau sous les drapeaux et les armes (« Je te dis que j'ai des preuves ! »), face à un représentant de l'ONU médusé et relégué dans un fauteuil (« Mais... on en revient ! »). Cela illustre le rejet de l'expertise onusienne par Washington. - La faillite des garde-fous onusiens : Malgré l'absence de mandat du Conseil de sécurité (échec de la seconde résolution) et les conclusions des inspecteurs concluant à l'absence d'armes de destruction massive, les États-Unis déclenchent l'invasion de l'Irak en mars 2003 à la tête d'une coalition ad hoc, démontrant l'impuissance de l'ONU à empêcher une guerre illégale. - Les intérêts géopolitiques sous-jacents : Le derrick de pétrole en arrière-plan du dessin rappelle les motivations économiques et stratégiques des grandes puissances, qui l'emportent sur la recherche du bien commun mondial. Conclusion - Bilan : Si l'ONU sous Kofi Annan a tenté d'adapter les relations internationales aux exigences éthiques et humanitaires du monde contemporain (responsabilité de protéger, multilatéralisme renforcé), la crise irakienne de 2003 a révélé la persistance des rapports de force traditionnels et la fragilité du droit international face à une hyperpuissance déterminée à agir en dehors du cadre concerté.

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