Sujet de dissertation 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie 2024 (jour 1)
Thème : Histoire et mémoire : notions, enjeux et acteurs de la construction des mémoires · Tiré du sujet Jour 1 (2024)
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Sujet de dissertation 2
Les enjeux (économiques, politiques, sociaux, géopolitiques) du processus de patrimonialisation depuis le 20 e siècle.

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Les enjeux (économiques, politiques, sociaux, géopolitiques) du processus de patrimonialisation depuis le 20e siècle.
Réponse : ### Proposition de corrigé et plan détaillé Introduction - Accroche : Longtemps restreint aux monuments historiques et aux chefs-d'œuvre occidentaux, le patrimoine s'élargit considérablement au XXe siècle : patrimoine industriel, naturel, immatériel, mémoriel. - Définitions : - *Patrimonialisation* : processus collectif ou institutionnel par lequel un bien matériel ou immatériel est identifié, protégé, valorisé et transmis en raison de la valeur qui lui est reconnue. - *Enjeux* : ce que l'on peut gagner ou perdre. Ils sont économiques (tourisme, développement), politiques et sociaux (identité, cohésion, mémoire) et géopolitiques (rayonnement, soft power, conflits). - Problématique : Comment la patrimonialisation est-elle passée d'une logique de conservation à un instrument identitaire, économique et géopolitique, à toutes les échelles ? - Plan : I. Enjeux politiques et sociaux ; II. Enjeux économiques ; III. Enjeux géopolitiques. --- I. Des enjeux politiques et sociaux : forger des identités, négocier les mémoires - A. Le patrimoine au service de la nation - Rôle de l'État : loi de 1913 sur les monuments historiques, ministère Malraux (1959), loi de 1962 sur les secteurs sauvegardés. - Usage politique pour légitimer un régime : Mussolini et la Rome antique ; patrimoine et affirmation des États issus de la décolonisation. - B. L'élargissement social du patrimoine - Patrimoine ouvrier et industriel : Ironbridge, bassin minier du Nord-Pas-de-Calais (UNESCO, 2012). - Patrimoine immatériel : convention UNESCO de 2003 (repas gastronomique des Français, 2010). - Reconnaissance des minorités et des peuples autochtones. - C. Tensions mémorielles et conflits d'usage - Mémoires douloureuses : Auschwitz (1979), île de Gorée, Hiroshima. - Contestation de statues coloniales (*Rhodes Must Fall*, 2015). - Débats sur la restitution des biens culturels (rapport Sarr-Savoy, 2018 ; trésors d'Abomey rendus au Bénin en 2021). II. Des enjeux économiques : développement et risques de prédation - A. Un levier d'attractivité et de croissance - Tourisme patrimonial : Venise, Rome, Paris, Kyoto, Angkor ; emplois directs et indirects. - « Effet label UNESCO » sur la fréquentation. - B. Reconversion et revitalisation des territoires - Reconversion de friches industrielles : Ruhr (Zollverein), Bilbao et l'« effet Guggenheim », Louvre-Lens. - Patrimoine comme outil de marketing territorial, de « gentrification » et de développement local (parcs naturels, labels). - C. Les dérives : surtourisme et marchandisation - Surfréquentation : Venise et ses mesures de régulation, Dubrovnik, Machu Picchu. - Muséification des centres, hausse des loyers, éviction des habitants. - Coût d'entretien élevé et inégalités entre les territoires. III. Des enjeux géopolitiques : soft power, gouvernance mondiale et conflits - A. Une gouvernance mondiale du patrimoine - Création de l'UNESCO (1945) ; campagne de sauvetage d'Abou Simbel (1960) ; convention de 1972 sur le patrimoine mondial culturel et naturel. - Notion de « patrimoine de l'humanité ». Elle se heurte au déséquilibre de la Liste en faveur de l'Europe et aux critiques d'eurocentrisme. - B. Un instrument de soft power et de rivalités - Course aux inscriptions : Chine, Italie, France. - Diplomatie culturelle : Louvre Abu Dhabi (2017). - Rivalités et appropriations : temple de Preah Vihear entre Thaïlande et Cambodge, Jérusalem et le départ des États-Unis de l'UNESCO, sites de Corée et du Japon. - C. Le patrimoine, cible et enjeu des conflits - Destructions ciblées : pont de Mostar (1993), bouddhas de Bamiyan (2001), mausolées de Tombouctou (2012), Palmyre (2015). - Réponses internationales : convention de La Haye (1954), condamnation d'Al Mahdi par la CPI (2016), fondation ALIPH. - Reconstruction comme acte politique : Mostar, Mossoul (« Faire revivre l'esprit de Mossoul »). --- Conclusion - Bilan : Depuis le XXe siècle, la patrimonialisation s'est élargie, démocratisée et mondialisée. Elle est devenue un enjeu identitaire, une ressource économique et un instrument de puissance, mais aussi une source de tensions : conflits mémoriels, surtourisme, rivalités entre États. - Ouverture : Le changement climatique menace les sites (Venise, patrimoine côtier) et le numérique ouvre de nouvelles pratiques (numérisation, reconstitutions 3D). Ces deux évolutions posent la question d'une gestion du patrimoine plus durable et plus partagée.
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