Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie jour 1 - Remplacement 2023
Thème : Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités dans l'espace et les océans · Tiré du sujet Jour 1 - Remplacement (2023)
Énoncé
Étude critique de documents
L'enjeu de la connaissance: le renseignement et la Guerre froide.
En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, décrivez les formes du renseignement étatsunien et soviétique ainsi que leurs enjeux durant la Guerre froide.
Document 1
D'après Sophie Dullin, Stanislas Jeannesson, Atlas de la guerre froide: 1947-1990, un conflit global et multiforme, Paris, Autrement, 2017, p. 38.
Document 2
Le 7 février 1958, à peine quelques mois après la mise sur orbite du satellite Spoutnik par les Soviétiques, le président Eisenhower entérinait le programme CORONA de la CIA, qui visait à élaborer un satellite de reconnaissance [...]. Le 18 août 1960, tandis que s'ouvrait à Moscou le procès de Gary Powers 1, le premier satellite du programme CORONA était placé sur orbite avec une caméra embarquée [...]. Afin de coordonner ce programme de reconnaissance par satellites interposés conduit par la CIA et des projets similaires de l'armée de l'air, les autorités américaines établirent en septembre 1961 une nouvelle agence, le National Reconnaissance Office (NRO). La mise en place de cette agence se fit dans le plus grand secret puisque ce n'est qu'en 1992 que les autorités américaines reconnurent publiquement l'existence du NRO.
Malgré la création du NRO et le passage du « renseignement aérien » au « renseignement aérospatial », les avions de surveillance ne furent pas jetés au rebut, car, en dépit de la sophistication toujours plus grande des satellites, les avions conservent l'avantage de la mobilité et peuvent donc aller au plus près de la cible envisagée. Ainsi, le 14 octobre 1962, lors d'une sortie d'un U-2 au-dessus de Cuba, les photographies qui furent prises à cette occasion démontrèrent sans ambiguïté que les Soviétiques avaient installé des missiles balistiques SS-4 de moyenne portée sur l'île. Ces photographies vinrent opportunément rétablir en partie la réputation de la CIA, passablement ternie par le fiasco de la baie des Cochons 2 l'année précédente [...].
Des ballons d'observation aux satellites de surveillance, en passant par les avions et autres drones, le renseignement d'origine image permet une véritable révolution du renseignement, qui fut complétée par les avancées du renseignement d'origine électromagnétique (ROEM) [...]. En 1962, alors que le U-2 triomphait, un avion d'un nouveau type entrait discrètement en scène, le P-3 Orion de la firme Lockheed dont la mission, contrairement à celle du U-2, n'était pas la prise de photographies mais la reconnaissance des signaux électromagnétiques. Outre les avions, les satellites furent également mis à contribution pour intercepter les renseignements d'origine électromagnétique. Le domaine d'action du renseignement d'origine électromagnétique ne se limitait pas aux seules sphères célestes mais incluait également l'exploration des voies souterraines, lieux de nombreuses communications discrètes. Ainsi, en 1953, les services américains et britanniques creusèrent un tunnel sous la zone de Berlin occupée par les Soviétiques afin de mettre sur écoute leur terminal téléphonique. Jamais, peut-être, espions n'avaient autant mérité le qualificatif de taupes ! [...]
Si le renseignement technique, d'origine image ou électromagnétique, et la cryptographie 3 ont connu dans la seconde moitié du vingtième siècle un tel développement, c'est non seulement en raison de progrès technologiques spectaculaires mais également à cause des insuffisances du renseignement humain.
Gildas Le Voguer, Le renseignement américain entre secret et transparence, 1947-2013, Rennes, PUR, 2014, pp. 44-48.
1. Gary Powers: aviateur américain (1929-1977) recruté pendant la Guerre froide par la CIA afin de piloter un avion de reconnaissance U-2. Il est capturé et condamné par les Soviétiques après que son avion eut été abattu au-dessus de l'URSS le 1er mai 1960.
2. Baie des Cochons (opération): opération préparée par la CIA afin de faire débarquer des exilés cubains et de renverser le régime de Fidel Castro. L'opération menée le 17 avril 1961 fut un échec complet.
3. Cryptographie (étymologiquement: « écriture secrète »): désigne l'ensemble des techniques permettant de chiffrer des messages afin de les rendre inintelligibles sans une action spécifique.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, décrivez les formes du renseignement étatsunien et soviétique ainsi que leurs enjeux durant la Guerre froide.
Réponse : Une bonne réponse doit s'organiser autour de deux axes : les formes du renseignement, puis leurs enjeux, en croisant systématiquement les deux documents et les connaissances personnelles. I. Des formes de renseignement multiples et complémentaires - *Le renseignement humain (HUMINT)* : espionnage classique, réseaux d'agents, transfuges ; le document 1 montre les expulsions massives d'agents soviétiques (1946, 1979, 1988) et les zones de concentration de chalutiers espions soviétiques, preuve d'une intense activité humaine et navale de renseignement. - *Le renseignement d'origine image (avions et satellites)* : le document 2 détaille le programme CORONA (1958-1960) et la création du NRO en 1961, ainsi que le rôle décisif des avions U-2, dont les photos ont révélé les missiles soviétiques à Cuba en octobre 1962. - *Le renseignement d'origine électromagnétique (ROEM)* : interception des communications par avions (P-3 Orion), satellites, et opérations souterraines comme le tunnel de Berlin (1953) pour mettre sur écoute les lignes soviétiques. - *Les actions clandestines* : le document 1 recense les opérations de la CIA (soutien financier/militaire à des groupes armés, déstabilisations et coups d'État en Amérique latine, Afrique, Asie) et du KGB (soutien à des mouvements d'opposition), montrant que le renseignement dépasse la collecte d'informations pour devenir un outil d'action politique directe. II. Des enjeux stratégiques, technologiques et idéologiques - *Prévenir la surprise stratégique* : anticiper les capacités militaires adverses (crise des missiles de Cuba, 1962) est l'enjeu majeur de la guerre froide, où l'équilibre de la terreur nucléaire exige une connaissance précise des arsenaux ennemis. - *Un enjeu technologique et une course à l'innovation* : la rivalité spatiale (Spoutnik en 1957 déclenche le programme CORONA) illustre comment le renseignement s'inscrit dans la compétition technologique globale entre les deux blocs. - *Un enjeu géopolitique d'influence* : les actions de déstabilisation et de soutien à des groupes armés (visibles sur la carte dans le tiers-monde, en Amérique latine et en Afrique) visent à étendre ou contenir l'influence de chaque bloc, en particulier dans le cadre de la doctrine du containment côté américain. - *Un enjeu de légitimité et de propagande* : le fiasco de la baie des Cochons (1961) ternit la réputation de la CIA, tandis que les photos du U-2 sur Cuba la restaurent ; le secret entourant des agences comme le NRO (révélé seulement en 1992) montre que le renseignement est aussi un enjeu de crédibilité et de maîtrise de l'information publique. Une conclusion peut souligner que la guerre froide, conflit indirect évitant l'affrontement militaire direct entre les deux superpuissances, a fait du renseignement un front à part entière, mobilisant des moyens humains, technologiques et clandestins considérables, dont l'ampleur planétaire est bien illustrée par la carte du document 1.
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