Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Nouvelle-Calédonie session normale 2023

Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2023)

Énoncé

1- Commentaire de texte (20 points)

Objet d'étude: La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Texte: Marceline Desbordes-Valmore, « À Monsieur A. L. », Pauvres Fleurs, 1839.

En 1834, les canuts, ouvriers lyonnais, se révoltent. Cette insurrection est réprimée dans le sang.

Quand le sang inondait cette ville éperdue,

Quand la bombe et le plomb 1 balayant chaque rue,

Excitaient les sanglots des tocsins 2 effrayés,

Quand le rouge incendie aux longs bras déployés,

5 Étreignait dans ses nœuds les enfants et les pères,

Refoulés sous leurs toits par les feux militaires,

J'étais là ! quand brisant les caveaux 3 ébranlés,

Pressant d'un pied cruel les combles 4 écroulés,

La mort disciplinée et savante au carnage,

10 Étouffait lâchement le vieillard, le jeune âge,

Et la mère en douleurs près d'un vierge berceau,

Dont les flancs refermés se changeaient en tombeau,

J'étais là ! j'écoutais mourir la ville en flammes;

J'assistais vive et morte au départ de ces âmes,

15 Que le plomb déchirait et séparait des corps,

Fête affreuse où tintaient les funèbres accords:

Les clochers haletants, les tambours et les balles;

Les derniers cris du sang répandu sur les dalles;

C'était hideux à voir: et toutefois mes yeux

20 Se collaient à la vitre et cherchaient par les cieux,

Si quelque âme visible en quittant sa demeure,

Planait sanglante encor sur ce monde qui pleure;

J'écoutais si mon nom, vibrant dans quelque adieu,

N'excitait point ma vie à se sauver vers Dieu:

25 Mais le nid qui pleurait ! mais le soldat farouche,

Ilote 5, outrepassant son horrible devoir,

Tuant jusqu'à l'enfant qui regardait sans voir,

Et rougissant le lait encor chaud dans sa bouche...

Oh ! devinez pourquoi dans ces jours étouffants,

30 J'ai retenu mon vol aux cris de mes enfants:

Devinez ! devinez dans cette horreur suprême,

Pourquoi, libre de fuir sous le brûlant baptême,

Mon âme qui pliait dans mon corps à genoux,

Brava toutes ces morts qu'on inventait pour nous !

35 Savez-vous que c'est grand tout un peuple qui crie !

Savez-vous que c'est triste une ville meurtrie,

Appelant de ses sœurs la lointaine pitié,

Et cousant au linceul 6 sa livide moitié,

Écrasée au galop de la guerre civile !

40 Savez-vous que c'est froid le linceul d'une ville !

1 Les munitions des armes à feu étaient composées de plomb.

2 Tocsins: sonneries de cloche pour donner l'alerte en cas d'alerte, de catastrophe ou d'incendie.

3 Caveaux: fosses destinées à recueillir les cercueils.

4 Combles: partie d'un bâtiment située sous les toits.

5 Ilote: personne réduite à l'état de dépendance et de misère.

6 Linceul: pièce de toile servant à recouvrir un mort.

Vous ferez le commentaire du texte de Marceline Desbordes-Valmore en vous aidant des pistes suivantes:

1. Le spectacle saisissant d'une ville martyrisée

2. Le témoignage bouleversant d'une poétesse engagée.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Nouvelle-Calédonie session normale 2023

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez le commentaire du texte de Marceline Desbordes-Valmore en vous aidant des pistes suivantes : 1. Le spectacle saisissant d'une ville martyrisée ; 2. Le témoignage bouleversant d'une poétesse engagée.

Réponse : Introduction : Marceline Desbordes-Valmore, poétesse romantique, écrit en 1839 « À Monsieur A. L. » après la répression sanglante de l'insurrection des canuts lyonnais de 1834. Le poème, à la première personne, mêle témoignage historique et lyrisme pour dénoncer la violence d'État. Problématique : comment ce texte transforme-t-il le témoignage d'une émeute réprimée en un cri poétique dénonçant la barbarie et engageant la responsabilité collective ? I. Le spectacle saisissant d'une ville martyrisée 1. Une scène d'apocalypse urbaine : champ lexical du feu et de la destruction (« le rouge incendie », « brûlant baptême », « brisant les caveaux ébranlés »), personnification de la ville (« mourir la ville en flammes », « une ville meurtrie »). 2. La violence de la répression militaire : accumulation et gradation (« Étouffait lâchement le vieillard, le jeune âge »), antithèse entre l'innocence (l'enfant, le berceau) et la cruauté du soldat (« Tuant jusqu'à l'enfant qui regardait sans voir »). 3. Une image funèbre et sonore : métaphore filée du linceul (vers 38-40), oxymore et antithèses sonores (« Fête affreuse où tintaient les funèbres accords »), rythme heurté par les nombreuses exclamations, les enjambements (v. 25-28) et les points de suspension (v. 28) qui miment le chaos. II. Le témoignage bouleversant d'une poétesse engagée 1. Une locutrice-témoin oculaire : anaphore de « J'étais là ! » qui ancre le poème dans le vécu et légitime la parole poétique face à l'Histoire. 2. Une posture morale et un dilemme intérieur : l'hésitation entre fuir et rester (« Mon âme qui pliait dans mon corps à genoux / Brava toutes ces morts »), le choix de rester par devoir maternel et humain (« J'ai retenu mon vol aux cris de mes enfants »). 3. Une adresse directe et une dénonciation universelle : l'apostrophe insistante « Devinez ! » et « Savez-vous » interpelle le lecteur/destinataire et l'implique dans la mémoire du massacre ; le dernier vers, en forme de sentence (« Savez-vous que c'est froid le linceul d'une ville ! »), donne au poème une portée engagée et intemporelle contre toute violence d'État. Conclusion : Par une écriture à la fois visuelle et intime, Desbordes-Valmore fait du massacre des canuts une tragédie universelle et transforme le témoignage en acte d'engagement poétique, annonçant la poésie sociale de Hugo ou de Rimbaud.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

Exercice 1 - Commentaire de texte · Nouvelle-Calédonie session normale 2022 ›

Plus d’exercices de Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle