Dissertation · Bac Sciences Économiques et Sociales Nouvelle-Calédonie 2023 (jour 2)
Thème : Caractéristiques et facteurs de la mobilité sociale · Tiré du sujet Jour 2 (2023)
Énoncé
Dissertation s'appuyant sur un dossier documentaire
Il est demandé au candidat:
de répondre à la question posée par le sujet;
de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer;
de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier;
de rédiger, en utilisant le vocabulaire économique et social spécifique approprié à la question et en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties.
Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.
SUJET
L'évolution de la structure socioprofessionnelle suffit-elle à expliquer la mobilité sociale ?
DOCUMENT 1
Mme R. « regrette beaucoup » de ne pas avoir pu poursuivre davantage ses études. Pour elle, l'école est un atout particulièrement important pour avoir une « situation ». Elle attribue leur condition modeste à un niveau de scolarisation trop faible: « C'est important parce que l'on sait que nous, les parents, on mène la vie dure, et on croit que c'est parce qu'on n'a pas été assez loin à l'école et qu'on n'est pas assez instruit. On n'a pas appris assez et c'est pour ça qu'on est dans cette vie. » Elle et son mari répètent souvent aux enfants: « Il faut qu'tu apprennes bien à l'école pour que tu t'en sors mieux plus tard. »
C'est toujours la mère qui suit la scolarité de Christian et fait même partie du conseil de classe de l'école. « ça m'apprend c'qu'i s'passe à l'école », dit-elle. Cela lui permet aussi de juger des performances de son fils en fonction de ce qu'elle entend à propos des autres élèves. Elle estime que cela va bien en mathématiques pour Christian, mais qu'il a des difficultés en orthographe car il veut aller trop vite: « Il ne réfléchit pas assez en copiant. » Elle regarde régulièrement ses notes et, quand elles sont mauvaises, le « dispute ».
Christian aime souvent écrire des histoires inventées à la maison et sa mère lui fait corriger ses fautes: « Alors je dis: "Je sais pas, tu écris comme tu l'entends, tu réfléchis un p'tit peu, après je viendrai, je corrigerai". De même, en période estivale, elle lui achète des cahiers de vacances et sa fille aînée donne parfois à Christian, sous forme de jeu, des dictées à faire.
Source: Bernard LAHIRE, Tableaux de famille. Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires, 1995.
Note: Les extraits d'entretien sont retranscrits tels quels.
DOCUMENT 2: Décomposition de la mobilité sociale observée des hommes par rapport à leur père, en %
1977
1985
1993
2003
2015
Immobilité sociale
36,2
33,8
32,6
33,6
34,8
Mobilité sociale observée
63,8
66,2
67,4
66,4
65,2
- Dont mobilité ascendante
23,5
26,6
30,3
30,8
27,6
- Dont mobilité descendante
7,2
7,7
9,7
10,9
15,0
Part de la mobilité structurelle dans la mobilité sociale observée
39,6
35,5
32,8
33,4
24,2
Lecture: en 2015, 65,2 % des hommes français âgés de 35 à 59 ans, actifs ayant un emploi ou anciens actifs occupés, relèvent d'une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur père. 24,2 % de cette mobilité observée est liée à l'évolution structurelle des emplois entre la génération des hommes et celle de leur père. Par rapport à leur père, 27,6 % des hommes ont connu une trajectoire de mobilité sociale ascendante et 15 % une trajectoire de mobilité descendante.
Champ: France métropolitaine, hommes français actifs occupés ou anciens actifs occupés, âgés de 35 à 59 ans au 31 décembre de l'année d'enquête.
Source: d'après Marc COLLET, Emilie PENICAUD, « En 40 ans, la mobilité sociale des femmes a progressé, celle des hommes est restée quasi stable », INSEE première, février 2019.
DOCUMENT 3: Évolution de la structure des emplois des hommes entre 1977 et 2015 en %
1977
1993
2015
Pères
Fils
Pères
Fils
Pères
Fils
Agriculteurs exploitants
25,4
10,3
15,8
4,7
8,3
2,8
Artisans, commerçants et chefs d'entreprise
16,0
11,5
13,1
10,5
13,0
9,1
Cadres et professions intellectuelles supérieures
5,0
10,6
8,2
18,0
13,9
9,1
Professions intermédiaires
7,5
20,2
11,4
23,6
15,9
25,3
Employés et ouvriers qualifiés
26,0
33,0
34,1
34,3
35,6
32,4
Employés et ouvriers non qualifiés
20,0
14,3
17,4
8,9
13,1
10,1
Ensemble
100,0
100,0
100,0
100,0
100,0
100,00
Lecture: en 2015, 2,8 % des hommes et 8,3 % de leurs pères sont agriculteurs exploitants; en 1977, ils étaient respectivement 10,3 % et 25,4 % à exercer cette profession.
Champ: France métropolitaine, hommes français actifs occupés ou anciens actifs occupés, âgés de 35 à 59 ans au 31 décembre de l'année d'enquête.
Source: INSEE, « Enquête Formation et Qualification Professionnelle 1977, 1993 et 2014-2015 », 2019.
DOCUMENT 4: Niveau de diplôme des catégories socioprofessionnelles (en %)
Champ: France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire, de 15 ans ou plus.
Source: d'après INSEE, Enquête Emploi, 2020.
Note: Un logement ordinaire se définit par opposition à un logement en résidence offrant des services spécifiques (résidences pour personnes âgées, pour étudiants, de tourisme, à vocation sociale...).

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
L'évolution de la structure socioprofessionnelle suffit-elle à expliquer la mobilité sociale ?
Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de réponse : Introduction : - Accroche : Selon l'INSEE, en 2015, 65,2 % des hommes de 35 à 59 ans appartiennent à une PCS différente de celle de leur père (Doc. 2). - Définitions : La mobilité sociale intergénérationnelle est le changement de position sociale d'un individu par rapport à ses parents. La mobilité observée (absolue) se décompose en deux éléments : - la mobilité structurelle, imposée par l'évolution de la structure des emplois entre générations ; - la mobilité nette (fluidité sociale), c'est-à-dire l'égalité relative des chances, hors effets de structure. - Problématique : Dans quelle mesure les transformations de la structure socioprofessionnelle expliquent-elles la mobilité sociale, et quels autres facteurs (école, famille) faut-il mobiliser ? - Annonce du plan : - I. L'évolution de la structure socioprofessionnelle est un moteur important de la mobilité. - II. Elle ne suffit pas : la mobilité dépend aussi de la fluidité sociale, du diplôme et des ressources familiales. I. L'évolution de la structure socioprofessionnelle, un moteur majeur de la mobilité (mobilité structurelle) A. Les mutations économiques transforment la structure des emplois entre pères et fils - Déclin des agriculteurs : 25,4 % des pères contre 10,3 % des fils en 1977 ; 8,3 % des pères contre 2,8 % des fils en 2015 (Doc. 3). Beaucoup de fils d'agriculteurs sont contraints de changer de PCS. - Recul des indépendants : les artisans, commerçants et chefs d'entreprise passent de 16 % des pères à 11,5 % des fils en 1977. - Recul des emplois non qualifiés : 20 % des pères contre 14,3 % des fils en 1977 ; 17,4 % contre 8,9 % en 1993. - Tertiarisation, salarisation et élévation des qualifications : - professions intermédiaires : 7,5 % des pères contre 20,2 % des fils en 1977 ; 15,9 % contre 25,3 % en 2015 ; - cadres : 5 % des pères contre 10,6 % des fils en 1977 ; 8,2 % contre 18 % en 1993. B. Cette évolution a nourri une mobilité surtout ascendante - Poids de la mobilité structurelle : elle représente 39,6 % de la mobilité observée en 1977, puis encore 32,8 % en 1993 (Doc. 2). - Ascension sociale : la mobilité ascendante passe de 23,5 % en 1977 à plus de 30 % en 1993 et 2003. La multiplication des places qualifiées « aspire » mécaniquement des individus d'origine modeste, sans hausse nécessaire de l'égalité des chances. II. Une explication insuffisante : fluidité sociale, école et famille A. Le poids de la structure recule alors que la mobilité observée reste stable - Recul de la part structurelle : elle tombe à 24,2 % en 2015. Pourtant, la mobilité observée reste élevée (65,2 %). - Une mobilité devenue majoritairement nette : environ 3/4 de cette mobilité ne s'explique plus par l'évolution des emplois. - Hausse du déclassement : la mobilité descendante double, de 7,2 % en 1977 à 15 % en 2015. Ce déclassement ne découle pas de la structure, qui continue de se qualifier. - Persistance de la reproduction : l'immobilité reste autour d'un tiers (34,8 % en 2015). La fluidité sociale progresse peu : les inégalités de chances relatives persistent (travaux de Vallet sur les odds ratios). B. Le rôle de l'école et du diplôme - Le diplôme conditionne l'accès aux positions sociales (Doc. 4) : - 73,8 % des cadres ont un diplôme supérieur à bac+2, contre 2,9 % des ouvriers ; - 30,7 % des ouvriers n'ont aucun diplôme, contre 2,3 % des cadres. - L'école peut favoriser la méritocratie, mais elle reproduit aussi les inégalités : - Bourdieu : le capital culturel est inégalement transmis, l'école légitime la reproduction ; - Boudon : les stratégies d'orientation diffèrent selon les coûts et bénéfices anticipés par chaque milieu. - Paradoxe d'Anderson : avoir un diplôme plus élevé que son père ne garantit pas une position plus élevée, à cause de l'inflation scolaire. On retrouve ici le déclassement. C. Le rôle de la famille et des configurations familiales - Transmission des ressources : la famille transmet des capitaux économique, culturel et social, ainsi que des aspirations. - Doc. 1 (Lahire) : une famille populaire peut mobiliser fortement l'école. La mère suit la scolarité, corrige les fautes, achète des cahiers de vacances ; la sœur donne des dictées. Ces configurations singulières peuvent permettre une réussite « improbable » et une ascension sociale. - Autres facteurs : la taille de la famille, le genre, les réseaux sociaux et le marché matrimonial jouent aussi. Conclusion : - Bilan : l'évolution de la structure socioprofessionnelle explique une part importante, mais décroissante, de la mobilité (39,6 % en 1977 contre 24,2 % en 2015). Elle ne suffit donc pas. - Réponse au sujet : la mobilité dépend aussi de la fluidité sociale, qui reste limitée. Elle dépend encore de l'école, dont le rôle est ambivalent, et des ressources et stratégies familiales. - Ouverture : la mobilité des femmes, qui a davantage progressé, ou les politiques de démocratisation scolaire.
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