Exercice Première partie · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Nouvelle-Calédonie 2025 (jour 1)
Thème : Éducation, transmission, émancipation · Tiré du sujet Jour 1 (2025)
Énoncé
Jeunes maîtres, pensez, je vous prie, à cet exemple, et souvenez-vous qu'en toute
chose vos leçons doivent être plus en actions qu'en discours; car les enfants oublient
aisément ce qu'ils ont dit et ce qu'on leur a dit, mais non pas ce qu'ils ont fait et ce qu'on
leur a fait.
5 De pareilles instructions se doivent donner, comme je l'ai dit, plus tôt ou plus tard,
selon que le naturel paisible ou turbulent de l'élève en accélère ou retarde le besoin; leur
usage est d'une évidence qui saute aux yeux; mais, pour ne rien omettre d'important dans
les choses difficiles, donnons encore un exemple.
Votre enfant dyscole 1 gâte tout ce qu'il touche: ne vous fâchez point; mettez hors de
10 sa portée ce qu'il peut gâter. Il brise les meubles dont il se sert; ne vous hâtez point de lui
en donner d'autres: laissez-lui sentir le préjudice de la privation. Il casse les fenêtres de sa
chambre; laissez le vent souffler sur lui nuit et jour sans vous soucier des rhumes; car il
vaut mieux qu'il soit enrhumé que fou. Ne vous plaignez jamais des incommodités qu'il vous
cause, mais faites qu'il les sente le premier. A la fin vous faites raccommoder les vitres,
15 toujours sans rien dire. Il les casse encore ? changez alors de méthode; dites-lui
sèchement, mais sans colère: Les fenêtres sont à moi; elles ont été mises là par mes
soins; je veux les garantir. Puis vous l'enfermerez à l'obscurité dans un lieu sans fenêtre.
A ce procédé si nouveau il commence par crier, tempêter; personne ne l'écoute. Bientôt il
se lasse et change de ton; il se plaint, il gémit: un domestique se présente, le mutin 2 le prie
20 de le délivrer. Sans chercher de prétexte pour n'en rien faire, le domestique répond: j'ai
aussi des vitres à conserver, et s'en va. Enfin, après que l'enfant aura demeuré là plusieurs
heures, assez longtemps pour s'y ennuyer et s'en souvenir, quelqu'un lui suggérera de vous
proposer un accord au moyen duquel vous lui rendriez la liberté, et il ne casserait plus de
vitres. Il ne demandera pas mieux. Il vous fera prier de le venir voir: vous viendrez; il vous
25 fera sa proposition, et vous l'accepterez à l'instant en lui disant: C'est très bien pensé; nous
y gagnerons tous deux: que n'avez-vous eu plus tôt cette bonne idée ! Et puis, sans lui
demander ni protestation ni confirmation de sa promesse, vous l'embrasserez avec joie et
l'emmènerez sur-le-champ dans sa chambre, regardant cet accord comme sacré et
inviolable autant que si le serment y avait passé.
Jean-Jacques ROUSSEAU, Emile ou de l'éducation, Livre II, 1762.
1 Dyscole: dont le comportement est difficile à vivre, qui est de tempérament morose.
2 Mutin: personne qui se révolte.
Première partie: interprétation philosophique
Quelle part, selon Rousseau, l'enfant prend-il dans sa propre éducation ?

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Quelle part, selon Rousseau, l'enfant prend-il dans sa propre éducation ?
Réponse : Selon Rousseau, l'enfant prend une part active à son éducation. Il apprend par l'expérience directe des conséquences de ses actes (privation, froid, enfermement) plutôt que par des discours, et c'est lui qui finit par proposer l'accord par lequel il s'engage à ne plus casser de vitres. Cette activité reste toutefois encadrée et mise en scène par l'éducateur : celui-ci organise les situations et fait suggérer l'accord à l'enfant. Il le ratifie ensuite comme un engagement « sacré et inviolable ». L'enfant découvre ainsi par lui-même l'utilité de l'engagement réciproque, mais au sein d'une liberté bien réglée par le maître.
L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium
Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.
Exercice Deuxième partie · Nouvelle-Calédonie 2025 (jour 1) ›