Exercice Deuxième partie · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Liban 2023 (jour 2)
Thème : Les métamorphoses du moi · Tiré du sujet Jour 2 (2023)
Énoncé
Le texte suivant est extrait d'un récit autobiographique qui relate le séjour que l'auteur a passé dans une cabane, pendant plus de deux ans, au milieu d'une forêt des États-Unis d'Amérique.
À chaque homme incombe la tâche de rendre sa vie, jusqu'au moindre détail, digne d'être contemplée à son heure la plus élevée et la plus critique. Si nous refusions, ou plutôt épuisions, les informations dérisoires que nous pouvons obtenir, les oracles (1) nous indiqueraient clairement la marche à suivre.
Je suis parti dans les bois parce que je désirais vivre de manière réfléchie, affronter seulement les faits essentiels de la vie, voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu'elle avait à m'enseigner, et non pas découvrir à l'heure de ma mort que je n'avais pas vécu. Je ne désirais pas vivre ce qui n'était pas une vie, car la vie est très précieuse; je ne désirais pas davantage cultiver la résignation, à moins que ce ne fût absolument nécessaire. Je désirais vivre à fond, sucer toute la moelle de la vie, vivre avec tant de résolution spartiate (2) que tout ce qui n'était pas la vie serait mis en déroute, couper un large andain (3) et tondre ras, acculer (4) la vie dans un coin et la réduire à ses composants les plus élémentaires, et si jamais elle devait se montrer mesquine, eh bien alors en tirer toute l'authentique mesquinerie, et avertir le monde entier de cette mesquinerie; ou si elle devait se révéler sublime, la connaître par l'expérience et réussir à en établir un rapport fidèle lors de mon excursion suivante.
THOREAU, Walden ou La Vie dans les bois (1854)
(traduction B. Matthieussent)
(1) Oracles: réponses qu'une divinité donne à la personne qui la consulte.
(2) Spartiate: ce qui rappelle les mœurs rudes et austères des habitants de Sparte, dans la Grèce antique.
(3) Andain: rangée d'herbes fauchées.
(4) Acculer: pousser dans un endroit où tout recul est impossible.
Deuxième partie: essai littéraire
Écrire sur soi permet-il de se connaître ?

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Écrire sur soi permet-il de se connaître ?
Réponse : Une réflexion organisée et argumentée peut aborder les pistes suivantes : I. L'écriture de soi comme instrument privilégié de connaissance et d'élucidation - L'écriture impose une distance critique face au flux des émotions et des événements : elle permet d'ordonner le chaos du vécu (Montaigne dans les *Essais* qui se prend lui-même pour « matière »). - Le journal intime ou le récit d'expérience (comme chez Thoreau dans *Walden*) constitue une enquête empirique, un laboratoire où l'auteur examine ses mobiles profonds et ses valeurs. - La mise en récit révèle une continuité et donne un sens rétrospectif à l'existence (Rousseau, *Les Confessions*). II. Les limites et écueils de l'auto-investigation littéraire - La tentation de la complaisance, de la justification ou de l'embellissement : écrire sur soi, c'est aussi se mettre en scène et construire un personnage. - Les défaillances et reconstructions de la mémoire : la vérité psychologique se heurte à la fiction inhérente au récit. - La formule de Rimbaud « Je est un autre » : le moi qui écrit observe un moi passé ou éclaté, sans jamais coïncider parfaitement avec lui. III. Dépasser l'illusion de la transparence : l'écriture comme création de soi - Se connaître par l'écriture ne relève pas d'une simple découverte de vérités préexistantes, mais d'une formation de soi (l'écriture comme exercice spirituel et éthique). - En atteignant la singularité la plus intime, l'auteur touche à l'universel humain et permet également au lecteur de mieux se comprendre.
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