Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques La Réunion 2023 (jour 2)
Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 2 (2023)
Énoncé
Étude critique de documents
Le candidat traitera l'étude critique de documents suivante:
Étude critique de documents: Permanences et mutations des guerres contemporaines.
En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous mettrez en évidence les permanences et les mutations des guerres depuis le XIX e siècle.
Document 1
Le président des États-Unis Georges W. Bush (2001-2009) annonce le succès de l'opération militaire en Irak (« Opération Liberté irakienne »), le 1 er mai 2003 sur le porte-avion nucléaire USS Abraham Lincoln, de retour du golfe arabo-persique.
Document 2
Les attentats terroristes de janvier et novembre 2015 à Paris confirment le pire: désormais attisées par le vent de la barbarie, les braises se répandent et les départs de feu touchent le cœur même de notre territoire. [...] La guerre est probable. Refuser de le comprendre ne l'empêchera pas de venir s'occuper de nous; au contraire. Et cette guerre probable ne sera pas la guerre dont nous rêvons, celle que nous préférons, la guerre des arsenaux contre les arsenaux, cette guerre pour laquelle sont construites nos armées occidentales modelées, de fait, pour affronter en rase campagne des armées qui leur ressembleraient. L'autre, celui que nos soldats devront combattre pour préserver notre liberté et les modes de vie que nous aimons, l'autre sera à la fois semblable et différent de nous.
Semblable parce que, intelligent comme nous, il agira en stratège et cherchera à contourner notre force, militaire en particulier. Il attaquera nos faiblesses, voire nos lâchetés, au cœur même de nos sociétés. Il jouera de nos peurs et de nos inhibitions, s'infiltrera dans nos contradictions, fera de nos valeurs le levier même de son action. Différent parce qu'il ne mettra aucune limite à ses agissements, ni légale ni morale. Il fascinera par la violence et s'appuiera sur la terreur, autant pour attirer que pour détruire. [...]
Si la guerre n'a pas changé de nature, elle a changé de visage [...]. Nous sommes passés du « paradigme 1 napoléonien » (centralité de la bataille, culte de l'offensive, destruction de l'ennemi, victoire intégrale) au « paradigme de la paix ». Plus que jamais, l'horizon de la bataille, c'est la paix qui la suit et, par conséquent, les dimensions culturelles, sociales, économiques, politiques de la guerre redeviennent essentielles. [...]
Quels que soient les progrès technologiques, les prouesses du Big Data, la guerre demeurera toujours le domaine du hasard et de l'imprévu. Demain pas plus qu'hier, les plans ne se dérouleront comme nous les avions imaginés. Les plans dérailleront toujours car la guerre est le royaume de la « friction » 2, ce phénomène mis en évidence par Clausewitz qui distingue la « guerre réelle » de la « guerre sur le papier ». Et jamais le « brouillard de la guerre », autre concept clausewitzien, ne se lèvera sur les champs de bataille, celle-ci restant toujours profondément marquée par l'incertitude. [...]
Toujours davantage, la guerre sera une guerre « multi-espaces » et « multi-dimensions » car elle se saisit de toutes les conquêtes de l'homme et ne lâche jamais un espace qu'elle a colonisé: terre, mer, ciel, espace, cyber et ainsi de suite. [...]
Ce qui est sûr c'est que, contrairement aux croyances volontairement répandues, la guerre de demain ne sera pas une guerre de robots. Elle commencera bien par une guerre de robots, mais une fois que les robots se seront mutuellement détruits, les hommes reprendront les armes et les vraies guerres commenceront [...]. Quel plus bel exemple que celui de la deuxième guerre du Golfe: une fois que les Américains, très rapidement d'ailleurs, eurent détruit les chars de Saddam Hussein au début du mois d'avril 2003, la vraie guerre a commencé et elle se poursuit aujourd'hui de manière atroce: elle porte le visage de Daesh !
Général Vincent Desportes, « Préparer la guerre », Le Débat, n°190, p. 44-48 (2016/3).
1. Paradigme: ici dans le sens de modèle, de vision cohérente et organisée.
2. Friction: ensemble des circonstances qui bouleversent les plans préétablis.
Réponse enregistrée. Consultez la solution proposée pour comparer votre analyse.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous mettrez en évidence les permanences et les mutations des guerres depuis le XIXe siècle.
Réponse : Introduction Présentation des documents : le document 1 est une photographie de presse (J. Scott Applewhite, Associated Press). Elle montre le président américain George W. Bush le 1er mai 2003 sur le porte-avion nucléaire USS Abraham Lincoln, sous la banderole « Mission Accomplished », proclamant le succès de l'invasion de l'Irak (« Opération Liberté irakienne »). Le document 2 est un extrait d'un article du général Vincent Desportes, « Préparer la guerre », publié en 2016 dans la revue Le Débat après les attentats de Paris de 2015 ; il réfléchit aux transformations de la guerre. Problématique : en quoi la confrontation de ces deux documents montre-t-elle que la guerre demeure dans sa nature profonde (violence, incertitude, instrument politique), alors que ses formes, ses acteurs et ses espaces se sont profondément transformés depuis le XIXe siècle ? Nous verrons d'abord les permanences, puis les mutations de la guerre. I. Des permanences dans la nature de la guerre - La guerre reste un affrontement de volontés et de forces. Le document 1 illustre une guerre interétatique classique : la deuxième guerre du Golfe (2003), intervention militaire américaine contre l'Irak de Saddam Hussein. Elle rappelle le « paradigme napoléonien » évoqué par Desportes : centralité de la bataille, destruction de l'ennemi, victoire proclamée, avec une puissance militaire symbolisée par le porte-avion. - Desportes affirme que « la guerre n'a pas changé de nature ». Elle reste marquée par l'incertitude, la « friction » et le « brouillard de la guerre » théorisés par Clausewitz (De la guerre, 1832), ainsi que par la violence et la terreur, quels que soient les progrès technologiques (Big Data, robots). - La mise en scène politique de la victoire (« Mission Accomplished ») illustre une autre permanence : selon la formule de Clausewitz, la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. Comme aux XIXe et XXe siècles, les dirigeants cherchent à légitimer son issue devant l'opinion publique. II. Des mutations profondes dans les formes de la guerre - Un décalage sépare l'annonce de Bush (2003) de la réalité qui a suivi : guérilla, insurrection, guerre civile, puis émergence de Daesh. Il illustre la mutation majeure soulignée par Desportes : le passage du « paradigme napoléonien » au « paradigme de la paix ». La victoire militaire ne clôt plus le conflit ; il faut gagner la paix, dans ses dimensions politiques, sociales, culturelles et économiques. - Les acteurs changent. À la guerre entre armées régulières succèdent des guerres asymétriques contre des acteurs non étatiques (insurgés, groupes terroristes comme Daesh). L'ennemi y contourne la force militaire et frappe les sociétés en leur cœur, comme lors des attentats de 2015, sans limite légale ni morale. - Les espaces de conflictualité s'élargissent. La guerre devient « multi-espaces » et « multi-dimensions » : terre, mer, ciel, espace extra-atmosphérique et cyberespace, bien au-delà du théâtre classique incarné par le porte-avion. - Les nouvelles technologies (Big Data, robots) transforment les moyens de la guerre. Elles n'en suppriment pourtant ni l'incertitude ni le retour du combat humain, comme le montre l'exemple irakien cité par Desportes. Conclusion La confrontation des deux documents montre que la guerre garde une nature invariante : violence, incertitude, instrument au service de fins politiques. Son visage a cependant profondément changé depuis le XIXe siècle. La victoire proclamée en 2003 par Bush, conçue selon le modèle de la bataille décisive, a été démentie par une guerre asymétrique, longue et multiforme. Cela confirme l'analyse de Desportes : aujourd'hui, gagner la guerre suppose avant tout de gagner la paix. On peut s'interroger sur la capacité des armées occidentales, conçues pour affronter des armées qui leur ressemblent, à s'adapter à ces nouvelles formes de conflictualité.
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