Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Métropole remplacement 2023

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2023)

Énoncé

B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte d'après Antony Soron, « Portraits en tous genres... littéraires », Nouvelle Revue Pédagogique n°99, juin 2022.

Il n'y a pas de texte sans portrait, pas d'histoire sans représentation d'un personnage. Étant donné que le portrait est susceptible de saisir ou surprendre le lecteur, il apparaît au premier chef comme une clef de voûte 1 d'un récit même improvisé. Pour qu'un lecteur/auditeur s'accroche, ne serait-ce qu'à une anecdote, encore faut-il que l'énonciateur éveille suffisamment sa capacité imaginative pour lui permettre de se représenter le personnage évoqué.

Nous comprenons, par conséquent, qu'un énonciateur a tout intérêt à faire des portraits. Cette nécessité, les moralistes du XVII e siècle, de La Bruyère à Saint-Simon, l'avaient d'ailleurs parfaitement comprise. L'influence des salons mondains et de la société précieuse n'y était pas pour rien. Le portrait littéraire demeure alors à la mode et il se décline sous toutes ses formes, au point que Madame de Sévigné en use subtilement quand elle écrit à sa fille pour lui chroniquer les « événements » de la cour.

Il convient par ailleurs de faire remarquer que le travail des écrivains se trouve notablement bouleversé à partir du moment où l'art pictural 2 devient plus « grand public », et, plus encore, quand la photographie fait son apparition. En effet, la photographie s'apparente à l'art du portrait notamment lorsque l'on pense par exemple au travail de Nadar, grand portraitiste des années 1850, à qui nous devons, entre autres, plusieurs portraits de Baudelaire. Saisir par le portrait la personnalité d'un individu, surtout s'il est célèbre, lui donne pour ainsi dire une « figure ». En ce sens, nous pouvons nous rappeler que la mode du portrait s'inscrit dans toute une tradition issue du monde de la cour des temps royaux. Ici encore, La Princesse de Clèves n'en donne-t-il pas un précieux témoignage ? « La reine Dauphine faisait faire des portraits en petit de toutes les belles personnes de la cour, pour les envoyer à la reine sa mère. »

Plus globalement, nous conviendrons que le portrait possède une vertu multifonctionnelle, pouvant avoir, comme chez La Bruyère, un enjeu argumentatif ou un rôle plus narratif dans un roman. Le portrait, au même titre que la description, apparaît aussi très instructif sur la personnalité d'un personnage.

Le portrait que l'on retrouve à toutes les sauces littéraires relève nécessairement d'un exercice de style ayant des fins spécifiques; tantôt à valeur documentaire, comme dans les nouvelles réalistes de Maupassant; tantôt, pour en rester au même écrivain, à valeur imaginaire et poétique, quand il s'agit de focaliser l'attention dans le cadre d'une écriture plus fantastique sur un personnage étrange, absent, mort ou rêvé.

Le portrait peut évidemment pencher des deux côtés, péjoratif ou laudatif; de même il peut être, comme indiqué précédemment, représentatif ou allusif. Cependant, il faut bien convenir que certains portraits restent en mémoire plus que d'autres du fait de leur effet grossissant. C'est notoirement le cas du portrait dit « à charge » que l'on retrouve aussi bien dans des articles journalistiques que dans des sketchs comiques. Nous pourrions citer à ce titre, parmi les exemples les plus récents, Lison Daniel, autrice comique des « Caractères » en référence à ceux de La Bruyère.

À partir du moment où il y a expression satirique, il y a nécessairement « portrait ». C'est d'ailleurs toute la force des moralistes du Grand Siècle, dont La Bruyère au premier chef, d'avoir mené l'exercice de style à son plus haut niveau de perfection. Il suffit de relire l'entrée en matière des « Biens de Fortune » ( Les Caractères) pour s'en convaincre. Le riche « Giton » « a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l'œil fixe et assuré »; le pauvre « Phédon » a quant à lui « les yeux creux, le teint échauffé, le corps sec et le visage maigre ». Dans la mesure où, quelle que soit l'époque, l'homme n'aime rien tant que rire d'autrui, il reste assez payant de proposer de malignes caricatures de contemporains célèbres. On peut d'ailleurs craindre, comme en son temps Barbey d'Aurevilly, que le « portrait » devienne moins un « genre » à part entière qu'une forme littéraire envahissante, présupposant la nécessité de sur-focaliser le point de vue sur un personnage concentrant des traits tellement saillants qu'il en devient d'autant plus aisé de les caricaturer.

Il n'en reste pas moins que le portrait littéraire, surtout à visée « bouffonne », semble avoir de belles heures devant lui.

749 mots

1 Clef de voûte: ici, élément essentiel de la construction d'un récit.

2 L'art pictural: la peinture.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 187 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 168 mots et au plus 206 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Énoncé: Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Métropole remplacement 2023

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Contraction de texte : résumer le texte en 187 mots (+/- 10 %, soit entre 168 et 206 mots).

Réponse : Indispensable à tout récit, le portrait captive le destinataire en stimulant son imagination. Les moralistes du XVIIe siècle l'avaient compris : sous l'influence des salons mondains, ce genre très en vogue se déclinait alors sous toutes ses formes, jusque dans les lettres. Par la suite, la diffusion de la / [50] peinture puis l'apparition de la photographie ont profondément bouleversé l'écriture, en associant une figure à une personnalité, dans le sillage d'une tradition héritée de la cour royale. Le portrait remplit des fonctions variées, argumentative, narrative ou informative. Exercice de style aux fins spécifiques, il peut avoir une / [100] valeur documentaire ou bien imaginaire et poétique. Laudatif ou péjoratif, représentatif ou allusif, il marque surtout les esprits quand il grossit les traits : ainsi la charge, présente dans la presse comme dans les sketchs actuels. Toute satire implique en effet un portrait, art que La Bruyère a porté à sa / [150] perfection en opposant le riche et le pauvre par leur physique. Puisque l'homme aime rire d'autrui, caricaturer des célébrités reste payant. Certes, on peut redouter que ce genre devienne une forme envahissante, forçant les traits jusqu'à la caricature ; le portrait bouffon n'en semble pas moins promis à un bel avenir. [202 mots]

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