Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Métropole remplacement 2022

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2022)

Énoncé

C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte d'après Bernard Jolibert, La Révolution française et le droit des femmes à l'instruction, 2007.

Texte d'après Bernard Jolibert, La Révolution française et le droit des femmes à l'instruction, 2007.

Si on compare globalement le dix-huitième siècle au dix-neuvième siècle, on voit immédiatement que le premier apparaît comme plus favorable à l'amélioration de la condition des femmes, voire parfois plus féministe que le second, « le plus féministe de notre histoire » peut-être, au dire de Jean Larnac, un historien de la littérature.

5 On pouvait alors espérer que les révolutionnaires de 1789 réaliseraient, sinon une entière égalité de droit et de fait, du moins un net progrès dans l'affirmation des droits des femmes à l'éducation, à la liberté civile et à la participation politique. Le mouvement des idées durant le dix-septième siècle et surtout, comme on va le voir, durant tout le dix-huitième siècle, paraissait en effet annoncer cette libération comme imminente. Pour Montesquieu, Diderot, 10 Helvétius, Condorcet surtout, Voltaire même, quoique de manière plus prudente, il ne fait plus de doute que l'égalité et la liberté sont des droits légitimes pour l'ensemble des femmes et que la réalisation de ces droits passe par une meilleure éducation, laquelle comprend l'instruction comme un de ses composants essentiels. La prétendue infériorité de la nature féminine comparée à la nature masculine est une illusion. La raison, l'intelligence, l'aptitude 15 à penser, autrement dit le « bon sens » au sens précis où l'entendait Descartes, ne sont-ils pas les choses du monde « les mieux partagées » ? Les capacités intellectuelles et morales sont les mêmes chez l'homme et chez la femme; le cerveau féminin n'est-il pas identique de structure au cerveau masculin, laissant présager d'égales aptitudes dans tous les domaines, y compris dans le champ de l'imagination et de la sensibilité ?

20 Comment, dès lors, justifier l'assujettissement 1 de la moitié du genre humain à l'autre moitié ? Pour la plus grande partie des philosophes des Lumières, l'origine essentielle de la dépendance dont souffrent les femmes est aisément repérable: leur assujettissement vient d'une mauvaise éducation, laquelle est elle-même le produit d'un assujettissement dont de nombreuses femmes sont les premières complices, produisant en retour une éducation pro- 25 prement imbécile. Le cercle est bouclé: les femmes sont sottes parce qu'elles sont mal éduquées et cette même sottise sert d'alibi au fait de ne pas les instruire. Quelques connaissances domestiques indispensables à la tenue du futur ménage, une discipline morale vertueuse et une obéissance religieuse stricte sont largement suffisantes pour ce qui est de l'éducation des femmes. Tout ce qui pourrait éveiller leur esprit critique est proscrit 2 car 30 perçu comme une menace pour l'ordre social.

Il faut attendre le siècle de Louis XIV pour voir défendue avec force par des hommes, dont bon nombre sont hommes d'Église, l'idée que l'éducation des jeunes filles ne doit pas se cantonner à la formation de bonnes ménagères, chrétiennes certes, sensibles et soumises, mais qu'il est urgent de les initier aux mêmes disciplines intellectuelles que les gar- 35 çons. La bonne instruction est d'autant plus nécessaire qu'en France « les femmes ne sont point en tutelle et peuvent avoir de grands biens dont elles peuvent devenir maîtresses absolues », comme le dit Claude Fleury dans son Traité du choix de la méthode des études en 1686. Lire, composer, rédiger des lettres, maîtriser la langue, posséder des notions de droit, de gestion et de culture générale, précisément tout ce que Sylvain Maréchal, dans son 40 Projet de loi contre l'apprentissage de la lecture aux filles, en 1801, va leur refuser avec énergie, est déjà posé comme un bagage intellectuel indispensable au milieu du Grand Siècle.

Certes Claude Fleury craint « les femmes savantes » et cantonne le sexe féminin à un rôle domestique et privé, l'homme se réservant le rôle social et public. Pourtant l'éducation 45 qu'il leur destine n'a rien d'une éducation au rabais. Il est urgent de ne plus les condamner « au catéchisme, à la couture » et à « divers petits ouvrages » sans consistance: le projet de rendre les femmes moins superficielles ne peut passer que par l'étude instruite des lettres, des sciences et des arts.

L'ensemble du dix-huitième siècle verra le développement intense de cette exigence 50 d'instruire les femmes. L'accès des plus favorisées d'entre elles au savoir et au pouvoir devient tel que Jean Larnac a pu qualifier cette époque de celle du « règne des femmes ». Encore ne faut-il pas perdre de vue qu'entre les intentions libératrices de certains philosophes et l'opinion générale majoritaire, il y a un gouffre de résistances que les habitudes conservatrices maintiennent fermement. Pour l'immense majorité des femmes, la soumis- 55 sion absolue reste le lot quotidien.

773 mots

1 Assujettissement: dépendance, soumission.

2 Proscrit: interdit.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 193 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 174 mots et au plus 212 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Énoncé: Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Métropole remplacement 2022

Corrigé

Corrigé établi d’après les éléments de correction officiels

Contraction de texte : résumer le texte en 193 mots (+/- 10%, soit entre 174 et 212 mots).

Réponse : Le XVIIIe siècle a permis, selon les historiens, plus de progrès pour les femmes que le XIXe siècle. La Révolution Française pouvait laisser présager une avancée majeure pour les droits féminins, à défaut d’une totale égalité. Le XVIIe et le XVIIIe siècles semblaient avoir préparé cette émancipation : nombre // de philosophes revendiquent la légitimité des droits des femmes et leur accès à l’éducation, condition sine qua non de liberté et d’égalité. Les femmes possédant les mêmes capacités intellectuelles innées que les hommes, comment expliquer leur soumission ? par leur manque d’instruction qu’elles-mêmes acceptent et perpétuent. Leur // ignorance, résultat d’une éducation déficiente, justifie qu’on les cantonne aux tâches domestiques et à l’exercice des vertus religieuses, peu susceptibles de développer chez elles une pensée critique potentiellement subversive. C’est au XVIIe siècle que des voix masculines s’élèvent pour préconiser une éducation des filles similaire à celle des // garçons. Si elles restent destinées à évoluer dans la seule sphère privée, les femmes doivent désormais bénéficier d’une solide instruction. Le XVIIIe siècle mettra en œuvre ce programme d’éducation, mais pour une minorité de privilégiées seulement ; la plupart des femmes, victimes du conformisme social, en sont privées et restent // assujetties au pouvoir des hommes. (210 mots)

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