Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Métropole 2021 (sujet 1)

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Métropole France 1 (2021)

Énoncé

C – Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.

Texte d'Antoine Lilti, « Lumières. Peut-on éduquer le peuple ? », L'Histoire, n° 463, septembre 2019.

C – Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.

Texte d'Antoine Lilti, « Lumières. Peut-on éduquer le peuple ? », L'Histoire, n°463, septembre 2019.

1 On peut estimer que l'unité des Lumières réside dans la conviction qu'une large diffusion du savoir permettra une amélioration collective des conditions de vie. […] C'est là que réside l'universalisme des Lumières: en théorie, chacun est capable de penser de façon autonome, et le savoir doit donc être destiné à tous, à travers 5 l'éducation et grâce à l'imprimé. […]

Pour l'essentiel, et malgré des divergences sur la façon d'y parvenir, les écrivains des Lumières partageaient le souci de diffuser les connaissances et de s'adresser à un large public. Leur objectif n'est pas tant de convaincre le public le plus large que de lui donner les outils de la critique, c'est-à-dire de contribuer à l'émancipation 10 individuelle et collective. Ce désir d'émancipation, que l'on associe à juste titre aux Lumières, passe donc par le savoir, par la connaissance: celle-ci est un préalable à toute émancipation politique future. Mais une difficulté surgit aussitôt. Si cet accès à l'autonomie est fondamentalement individuel au sens où il implique la capacité de chacun à penser librement, à discerner l'erreur de la vérité, il est aussi nécessairement 15 collectif. C'est un point qu'Emmanuel Kant a bien mis en évidence. Après avoir défini l' Aufklärung (« les Lumières » en allemand) comme la « sortie de l'homme hors de l'état de minorité », il précise que cette émancipation intellectuelle est presque impossible pour chaque homme pris séparément, à cause de la force des préjugés. En revanche, « le public », pris comme un ensemble de lecteurs, peut s'éclairer grâce 20 au rôle actif du petit nombre de ceux qui ont su « rejeter le joug² » de la tradition et qui pourront, grâce à la liberté d'expression, propager autour d'eux le principe de l'indépendance et de la raison.

Autant dire que les « Lumières » ne se propagent pas spontanément. L' Aufklärung est un phénomène social, collectif, historique, qui implique que certaines personnes 25 puissent éclairer les autres, leur montrer la voie, dissiper le prestige des fausses croyances. Ce rôle essentiel des intellectuels (les « philosophes » en France, les Aufklärer en Allemagne) est au cœur du projet émancipateur des Lumières. Mais comment s'assurer que ces philosophes réussiraient à diffuser leur sens critique, c'est-à-dire les connaissances nécessaires pour juger raisonnablement ?

30 On pense habituellement que le problème des écrivains des Lumières est qu'ils devaient braver le pouvoir de la censure monarchique et des autorités ecclésiastiques. De fait, Diderot fut emprisonné pendant quelques mois à Vincennes en 1749 et en sortit durablement traumatisé. Rousseau passa dix ans de sa vie à fuir à travers l'Europe, après la condamnation de L'Émile et du Contrat social en 1762. Mais il était 35 aussi possible, à condition d'être prudent, de publier des ouvrages vigoureusement hétérodoxes³ tout en jouissant d'une paisible tranquillité, comme le fit le baron d'Holbach, dont les traités d'athéisme étaient publiés anonymement et furent des succès de librairie, sans que lui-même fût jamais menacé.

Plus inquiétant que la censure était le public lui-même. Dès lors que les écrivains 40 ont eu recours à l'imprimé ils sont entrés dans un nouvel espace de communication qu'ils étaient loin de maîtriser et qui s'est révélé bien différent du monde des salons ou de celui des manuscrits clandestins auxquels ils étaient habitués. Le XVIII ème siècle a été marqué par une hausse rapide de l'alphabétisation, du moins dans les villes, une multiplication des livres, des libelles⁴ et des journaux, une véritable révolution des 45 usages et des pratiques de la lecture. Or, les écrivains des Lumières n'entretenaient pas une vision idéalisée de l'opinion publique. Certes, beaucoup d'entre eux croyaient fermement aux vertus de l'imprimerie et de la publicité (à entendre ici dans son sens du XVIII ème siècle, c'est-à-dire le fait d'être public, connu de tous). […]

En vérité, les philosophes portaient souvent un jugement plus nuancé, parfois 50 même explicitement pessimiste, sur la formation de l'opinion publique. Si l'essor de l'imprimé leur permettait de diffuser leurs idées, il favorisait aussi l'imitation, l'enthousiasme, voire la crédulité. L'espace public qui prenait forme sous leurs yeux était bien différent de l'espace savant de la République des lettres régulé par le jugement des pairs. Comment s'assurer que les lecteurs lisent les bons livres, qu'ils 55 ne soient pas la proie des charlatans et des démagogues ? Pourraient-ils se repérer dans le flot de livres qui s'efforçaient plus de flatter les goûts du public que de l'éclairer ? « La multitude des livres nouveaux qui ne nous apprennent rien, nous surcharge et nous dégoûte », se plaignait Voltaire dans une lettre à Diderot du 8 septembre 1776.

793 mots

1. Émancipation: libération, action de s'affranchir d'un état de dépendance.

2. Joug: ici, domination, tyrannie.

3. Hétérodoxes: qui ne se conforment pas aux idées, aux opinions traditionnellement admises.

4. Libelle: écrit court dénonçant une personne ou un groupe de personnes.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 198 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 178 mots et au plus 218 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Énoncé: Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Métropole 2021 (sujet 1)

Corrigé

Corrigé établi d’après les éléments de correction officiels

Contraction de texte : résumer le texte en 198 mots (+/- 10 %, soit 178 à 218 mots)

Réponse : Les philosophes des Lumières partagent la conviction que la connaissance permettra d'améliorer la vie des Hommes, et qu'il faut par conséquent favoriser l'éducation du peuple et l'accès au savoir grâce à l'essor de l'édition. / Mais il leur paraît surtout indispensable de développer l'esprit critique et // [50 mots] l'autonomie de la pensée, seuls aptes à libérer les masses de toute forme d'asservissement. Si la libération intellectuelle de chaque individu est en soi irréalisable, la libération collective est envisageable. Ensemble, les hommes pourront s'émanciper en dépassant leurs idées préconçues, guidés par l'engagement clairvoyant de quelques-uns. // [100 mots] / Ce rôle d'éclaireurs est dévolu aux philosophes. Deux obstacles s'opposaient toutefois à ce projet : la censure politique et religieuse, qui valut l'emprisonnement à certains intellectuels ; et, plus préoccupante, l'attitude du lecteur lui-même. Les progrès technologiques avaient accru la diffusion des livres et élargi leur lectorat. Si la // [150 mots] plupart des philosophes étaient convaincus des bienfaits de cette expansion de l'écrit, ils doutaient en revanche de la capacité de tous les lecteurs à faire preuve de discernement. La multiplication des publications menaçait en effet de conforter les opinions erronées, d'encourager la crédulité, de noyer l'esprit des Lumières sous un // [200 mots] flot d'ouvrages cherchant plus à séduire qu'à instruire. (218 mots)

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